VÉGÉTER

ACADÉMIE 1762

VÉGÉTER. v. n. Terme didactique. Croître, pousser par un principe intérieur & par le moyen de racines. Les plantes végettent toujours jusqu’à ce qu’elles meurent.

On dit d’un homme qui n’a presque plus de raisonnement ni de sentiment, qu’il ne fait plus que végéter.

LITTRÉ

VÉGÉTER 1° En parlant des arbres et des plantes, se nourrir et croître.

2° Fig. Vivre dans l’inaction ou dans une situation gênée.

Ne faire plus que végéter, n’avoir presque plus l’usage de ses facultés intellectuelles. Il est bien âgé, il ne fait que végéter.

3° Fig. Vivre sans intérêt, sans mouvement, sans émotions. Je ne tiens plus à rien ; il ne me reste plus qu’à végéter, Mme DU DEFFANT. Lettres à Horace Walpole, t. II, p. 174. On ne vit qu’à Paris et l’on végète ailleurs, GRESSET, Le Méchant, III, 9. Si on a des passions vives, on s’égare ; si l’on n’en a point, on végète, GENLIS, Veillées du château p. 80.

- Rétif emploie à plusieurs reprises ce terme, parfois associé au mot AUTOMATE. Dans Monsieur Nicolas, il caractérise souvent par l’utilisation du verbe "végéter" une époque où son activité émotionnelle est nulle, plus encore que son activité intellectuelle. C’est bien là un des signes forts de l’influence de la philosophie sensualiste dans la représentation que les hommes du XVIIIe siècle ont de leur être : l’activité de la sensibilité prime sur toutes les autres facultés humaines. En plagiant Descartes, on pourrait leur faire écrire : "Je sens, donc je suis". On aboutit donc chez Rétif à une valorisation extrême des passions comme seule trace tangible de la vivacité de l’être.

"Le soir, à l’heure du souper, j’étais dans l’ivresse... (Ah ! quel sort digne d’envie !... Ne me plaignez pas, automates qui n’avez jamais rien senti ! ne vous avisez pas de me plaindre, parce que j’ai ensuite été malheureux et coupable ! parce que je languis infortuné, à soixante ans, privé de tout, sans espoir, sans consolation ! parce que tout mon bonheur était faux ! Il est vrai en ce moment, quoiqu’il ne doive pas s’accomplir... Ah ! j’aime cent mille fois mieux l’avoir senti, et l’avoir perdu, que d’avoir végété comme vous ! Automates, ne me plaignez pas ! Vous blasphémeriez le bonheur !...)" MN I, 638

"Je trouve ici dans mes cahiers, au commencement de 1762 : "Je n’ai rien à dire de ces années de mort..." (en parlant de deux qui venaient de s’écouler). En effet, j’étais courbé sous le poids de la misère, également malheureux par le caractère d’Agnès Lebègue, qui était la dissipation, et par le mien, qui était l’économie. Je végétais dans l’Imprimerie royale, travaillant faiblement, faute de forces, ayant la face hâve, l’air malpropre ; avili, méprisé, mis par Duperron bien au-dessous des animaux d’agrément... je ne trouvais de plaisir qu’à la lecture." MN II, 116

(à l’annonce de la mort de Mme Parangon)

"Plus je m’attendrissais, plus je pleurais, et plus le danger pour ma vie paraissais diminuer ; mais le vide horrible de mon coeur augmentait à chaque instant d’une manière effrayante !... Je n’avais plus d’âme, plus d’appui. Celle dont je désirais l’estime, dont je redoutais le mépris plus que la mort, dont j’adorais la personne, dont j’aspirais la présence, comme celle de sa mère, comme un tendre époux celle d’une épouse chérie, comme un agneau la brebis qui l’allaite, elle n’était plus !... Et avec elle disparaissaient toutes les espérances qui m’avait enorgueilli... J’étais désormais un homme nul, condamné à végéter toute ma vie compagnon imprimeur..." MN I, 947

"Je ne songeais pas à être auteur. Cette idée me vint à l’occasion de l’aventure la moins suivie, et la plus importante de ma vie, celle qui montre, peut-être mieux que toutes les autres, à quel point j’adorais les femmes. On sait que j’étais au sein de la misère, de l’avilissement, du découragement en travaillant à l’Imprimerie royale. J’avais perdu là toute ma vertu ; je ne sentais plus cette déification du sexe, environné que j’étais de femmes méchantes ou méprisables[...] Et c’est à ce moment que je vais me relever avec plus d’énergie que jamais [...]. Oui, je le répète, c’est ici l’événement le plus étonnant et le plus extraordianaire de ma vie. j’étais mort à l’honneur, à la vertu, aux sentiments ; je végétais en brute : je vis la belle Rose Bourgeois, et j’eus une âme ! ... cette âme sensible qui avait aimé, adoré, respecté Mme Parangon... Ne désespérons jamais des êtres actifs, fussent-ils vicieux ; ils ont de l’étoffe ; l’être nul et sans passions est le seul qui ne soit bon à rien." MN II, 150