NONVÉRITÉ, NONVRAI

Nonvérité : s. f. néologisme qui s'applique au théâtre. C'est la nature même de l'espace théâtral de ne pas être ce qu'il représente ; et c'est à l'auteur de parvenir à nous y faire croire.

"D'un autre côté, l'illusion est détruite, dès que le spectateur sent s'élever cette pensée, qu'on ne s'échapperait pas ainsi, sans être vu, d'un salon ou telle autre pièce d'un véritable appartement : ce défaut ne résulte pas de la maladresse des acteurs, ou seulement de la mauvaise disposition du théâtre, il vient de l'auteur : il est surtout sensible dans les drames des auteurs-comédiens, qui paraissent ne se défier jamais assez de la nonvérité de la scène" (La Mimographe, éd. M. de Rougemont, Paris/Genève, Slatkine reprints, 1980, p. 109).

La nonvérité, comme le  nonvrai se distinguent donc du mensonge ou de la fausseté et de toutes ces catégories morales qui justifiaient les attaques de l'Église contre le théâtre. Ils ont néanmoins pour antonymes vrai et vérité que Rétif estime  plus ou moins nécessaires selon les genres ; ainsi, le drame, qui devrait reconstituer le monde réel, doit-il s'appuyer sur des "objets d'imitation non seulement honnêtes (ce qui est indispensable) mais dans qui l'on voye un degré de vérité, qui les rende intéressants [...]. Sans la vérité, point de drame : une tragédie lyrique peut être nonvraie ; lorsque ses acteurs font oublier le fond par les accessoires, qu'ils sacrifient, comme les Italiens, la vérité à la beauté du chant, qu'ils s'amusent, dans la passion, à perler des cadences, on ferme les yeux sur tout cela ; mais une pièce de déclamation doit avoir la vérité des mœurs, soit passées, soit actuelles [...]. Que l'auteur ne donne donc jamais à nos acteurs que des imitemens* naturels, honnêtes et utiles tout-à-la fois, s'il veut produire, avec l'illusion, le plaisir solide qui résulte de l'instruction, jointe à l'utilité retirée" (ibid., p. 181-182).

* Voir ce mot.