L’image de Rétif, hier et aujourd’hui

    Comment se représenter Rétif…

Comment se représenter les écrivains d'autrefois, alors que ni la photographie, ni le cinéma, n'avaient pu en fixer les traits ?

Dans son œuvre, Rétif revient sur son aspect physique à plusieurs reprises : leste, agile, bon danseur et rapide à la course dans sa jeunesse, il avait en outre « des couleurs vives, le nez aquilin, les yeux grands, beaux, mais si vifs, quand ils étaient animés par le plaisir, qu’ils en paraissaient libertins… ». Et il ajoute plus loin : « je me tenais bien alors, c’est-à-dire que je ne marchais pas la tête affaissée dans les épaules, comme aujourd’hui ; j’étais bien fait, carré ; ma jambe et mon pied étaient d’une belle forme ; j’étais léger surtout, jusqu’au prodige, ce qui ne contrastait pas mal avec mon air pensé… » (Monsieur Nicolas, 4e Époque). Que l’on compare avec Jean-Jacques Rousseau, qui se revoit lui aussi dans sa jeunesse : « J’étais au milieu de ma seizième année. Sans être ce qu’on appelle un beau garçon, j’étais bien mis dans ma petite taille ; j’avais un joli pied, la jambe fine, l’air dégagé, la physionomie animée, la bouche mignonne, les sourcils et les cheveux noirs, les yeux petits et même enfoncés, mais qui lançaient avec force le feu dont mon sang était embrasé (Les Confessions, Livre second). Même légèreté de la démarche et même vivacité du regard chez les deux auteurs, et même constat chez tous deux des ravages du temps.

Cependant, selon une lettre de Rétif aux époux Fontaine de Grenoble, datée du 4 Frimaire an 8 [25 novembre 1799] Monsieur Nicolas a gardé une apparence de jeunesse assez longtemps :

« On m’avait peint au Cn Restif comme vieux, cassé, courbé : il a été tout surpris de me voir droit et leste » (cité par Pierre Bourguet dans les Études rétiviennes n° 1 novembre 1985, p. 28).

La vieillesse ne lui ôte pas non plus la chaleur du regard, selon Wilhelm von Humboldt qui passe une soirée avec lui en 1799 : « Il est de petite taille, mais solidement bâti. Sa figure est frappante […] sa physionomie n’a rien de dur ni de farouche ; elle montre au contraire beaucoup de franchise, d’enjouement, une loyauté empreinte de bonté, un feu indescriptible » (trad. Hermann Hofer, Études rétiviennes n° 7 décembre 1987, p. 113-114).

L’utilisation de l’illustration au service de l’autobiographie.

Rétif l’imprimeur met toute sa science au service de son œuvre ; la typographie en est travaillée, l’autobiographie écrite se double de la représentation iconographique : l’image de Rétif est multipliée par la gravure, dessinée le plus souvent par Louis Binet. De plus, deux tableaux anonymes et un portrait gravé de Binet nous mettent à même de mesurer l’évolution de son visage et de le comparer aux gravures des volumes illustrés.

Ainsi nous pouvons nous faire une idée assez bien documentée de l’apparence de Nicolas Rétif en son temps – Nicolas à la fois l’auteur et le héros de ses écrits.

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