Les Contemporaines, volume 1

 

Rétif de La Bretonne, Les Contemporaines ou aventures des plus jolies femmes de l’âge présent, tome 1 (nouvelles 1-27), édité par Pierre Testud, Paris, Honoré Champion, collection « Âge des Lumières », 624 p. – ISBN : 9782745329080 – 85 €

 

Vient de paraître le premier tome de l’édition moderne et intégrale des Contemporaines,  chez Slatkine / Honoré Champion. Neuf tomes vont suivre, le deuxième en décembre 2014 (nouvelles 28 à 54), le dernier en fin d’année 2016. Il revenait à Pierre Testud de s’engager hardiment dans cette extraordinaire aventure éditoriale : 272 nouvelles en 444 histoires, somme romanesque publiée en 42 volumes de 1780 à 1785 pour la 1re édition, chaque nouvelle étant illustrée d’une gravure. C’est ici la 2e édition qui est présentée, revue, corrigée et enrichie par Rétif ; les variantes indiquées à la fin de chaque nouvelle donnent la mesure de l’important travail accompli par l’auteur pour sa nouvelle édition.

Dans son introduction, Pierre Testud situe ces Contemporaines en leur temps, en précise la genèse et en analyse la structure et l’ambition. L’annotation, lexicale et historique, éclaire tout ce qui pourrait aujourd’hui gêner la lecture.

Cette édition, la première intégrale depuis le XVIIIe siècle, va permettre de (re)découvrir l’importance de ce vaste recueil, qui connut en son temps un grand succès. Il ne s’agissait pas seulement en effet pour Rétif d’écouler commodément, à la faveur d’une mode initiée par Marmontel et Baculard d’Arnaud, les récits brefs pour lesquels il ressentait une prédilection croissante, ni de juxtaposer des histoires, mais bel et bien de composer une véritable totalité narrative. Annonçant l’ambition systématique de Balzac, Rétif met déjà en œuvre le retour des personnages et la connexion des intrigues pour forger « une histoire complète des professions communes de la capitale », « l’histoire du temps » présent et « toutes les nuances des passions ». Observation avisée de la société de la fin de l’Ancien Régime au prisme d’un imaginaire ô combien singulier, Les Contemporaines apparaissent comme une merveilleuse façon d’entrer dans les mécanismes et l’univers de la création rétivienne.

Françoise Le Borgne