Le Paris de Rétif de la Bretonne

Colloque sur Le Paris de Rétif de la Bretonne
Paris, 15-17 mai 2009

La Société Rétif de la Bretonne, avec le concours de l’Université de Poitiers, du CELLF, de l’Ecole Normale Supérieure, du CNL et de la Mairie de Paris a tenu, du 15 au 17 mai, dans la grande salle de l’École Normale du Bd Jourdan un colloque international sur Le Paris de Rétif de la Bretonne.
Il s’agissait de son dixième colloque depuis 1985. De l’avis de tous, il fut une réussite, à la fois par l’importance de l’auditoire et par la qualité des communications, fruit d’une recherche et d’une réflexion approfondies sur un sujet central pour la connaissance de la vie et de l’œuvre de Rétif. Presque la moitié des intervenants étaient venus de l’étranger (6 sur 14).
Sous la rubrique « Lieux », la première matinée regroupa les exposés de Branko Aleksić (Paris), sur un petit guide parisien publié par Rétif en 1790, « Avis aux confédérés des LXXXIII départements sur les avantages et les dangers du séjour à Paris », où Paris est célébré comme la capitale des Lumières et de l’Europe ; de Pierre Testud (Poitiers), sur l’importance de l’île Saint-Louis et la signification de l’insularité ; de Daniel Droixhe (Univ. de Liège), sur « la syntaxe des rues dans Les Nuits de Paris chemins de perdition et refoulement, des Halles au Marais », communication où Rétif est suivi dans ses déambulations, à partir de quelques nouvelles des Nuits, et où est posée la question de la signification des énumérations de noms de rues ; de Claude Jaëcklé-Plunian (Paris), sur les théâtres et le rôle de Rétif comme critique dramatique ; de Francis Kay (Univ. de Lausanne), sur « les cafés des Nuits de Paris : des « lieux abusifs » ? ».
L’après-midi du vendredi fut centrée sur la notion d’anthropologie. Daniel Acke (Vrije Univ. Brussel) montra comment Rétif, par rapport à la tradition, a élargi le spectre des types urbains et fait de la psychologie sociale ; Claude Klein (Strasbourg) traita de « l’image fragmentée de Paris dans le cycle du Paysan perverti », dans une étude fondée sur la sémiotique et la linguistique pragmatique ; Françoise Le Borgne, sous le titre : « Le Paris d’un pornographe » mit en lumière l’importance dans l’œuvre de Rétif du problème de la prostitution ; Fabrizio Martino (Poitiers) analysa Les Nuits de Paris comme le lieu où se conjuguent l’explicite et le non-dit : « Le spectacle nocturne : mécanismes et déguisements de l’aveu chez Rétif de la Bretonne »).
La séance du samedi matin fut celle des « Écritures ». Jean-Jacques Tatin (Tours) s’attacha à la présence de Paris dans Monsieur Nicolas, mettant en valeur les approches et les parcours de la capitale dans les 2e et 5e Époques de l’autobiographie ; Gisèle Berkman (Paris) montra l’écrivain et le peintre dans Les Nuits de Paris, et comment dans « une marquetterie narrative », Rétif passe du réalisme au fantasme ; Azma Guezmir (Univ. de Tunis) s’attacha à l’aspect langagier de cette nouvelle façon d’être au monde, pour un paysan transplanté dans la capitale ; Philippe Barr (Univ. de Caroline du Nord), dans « Le clair-obscur des Nuits de Paris » étudia le rapport entre écriture et idée du tableau, en se fondant sur la notion de sublime ; Sophie Le Ménahèze (Orléans) traita de Paris comme lieu d’inscription, Rétif reprenant quelques principes de l’épigraphie et les transgressant.
Le samedi après-midi (séance intitulée « Regards »), nous entendîmes d’abord Nicole Masson (Poitiers) parler de « l’espace de la boutique », avec ses décors, ses personnages, son dehors et son dedans, espace où se mêlent le social et le symbolique, le réel et le fantasme. Puis Istvan Cseppentö (Univ. de Budapest), sur « le Paris romanesque de Rétif », dans un exposé éclairant la complexité des voix dans les romans épistolaires du Paysan-Paysanne pervertis.
Si Les Nuits de Paris furent logiquement l’œuvre de Rétif la plus sollicitée, le Paysan et Monsieur Nicolas eurent leur place, et au total, les communications se révélèrent tout à fait complémentaires. Elles ont mis au premier plan la figure d’un écrivain, certes paysan et bourguignon d’origine, mais devenu dès sa 21e année un parisien séduit par les charmes de la capitale et bientôt convaincu que là seulement pouvait s’épanouir sa création littéraire.

Le dimanche matin l’assistance se déplaça sur le terrain : Philippe Havard de la Montagne guida les rétiviens, sur la trace des domiciles parisiens de l’écrivain, au bas de la rue Saint-Jacques, face à la fontaine Saint-Séverin, rue de la Bûcherie, rue du Fouarre , rue de Bièvre, rue des Bernardins, enrichissant cette promenade littéraire d’explications et de commentaires.

Les participants à ce colloque retrouvèrent au moment des pauses et des repas la convivialité habituelle, et si appréciée, des manifestations organisées par la Société Rétif de la Bretonne.
Il convient de rendre hommage, pour cette réussite, à Nicole (Masson), Claude (Jaëcklé-Plunian) et Françoise (Le Borgne), trio actif et efficace dans le Bureau de la Société. Les difficultés furent nombreuses, mais le résultat fut la juste récompense de leurs efforts.

Les Actes de ce colloque seront publiés dans le n° 41 des Études rétiviennes, à paraître fin novembre 2009, avec les illustrations adéquates et le texte de Philippe Havard de la Montagne : « Dans les pas de Rétif de la Bretonne ».