FOURRAGER

Encyclopédie de Diderot et d’Alembert :

“FOURRAGE, dans l’art militaire, est tout ce qui sert à la nourriture des chevaux des cavaliers & des officiers de l’armée, soit en garnison, soit en campagne. Fourrager ou aller au fourrage, c’est lorsque les armées sont en campagne, aller chercher dans les champs & dans les villages le grain & les herbes propres à la nourriture des chevaux. Lorsque des troupes sont commandées pour cette opération, on dit qu’elles vont au fourrage, & l’on dit aussi qu’un champ, une plaine ou un pays ont été fourragés, lorsque les troupes ont enlevé ou consommé tout le fourrage qu’il contenoit. Ceux qui travaillent à couper le fourrage ou à l’enlever des granges & autres lieux où il est renfermé, sont appellés fourrageurs.”

Dictionnaire de Furetière :

“FOURRAGER. v. act. en termes de Guerre, signifie, Aller chercher du fourrage. On a fourragé aujourd’huy ce canton, demain on fourragera cet autre-là. FOURRAGER, signifie aussi, Ravager, désoler, piller, ruiner un pays, y mettre tout en desordre. Les Suédois ont plusieurs fois fourragé toute l’Allemagne. FOURRAGER, se dit aussi des bêtes fauves qui viennent gâter les blés, les jardins. Ces cerfs, ces sangliers ont fourragé tous les blés des villages voisins de la forêt. Les lapins de cette garenne sont venus tout fourrager mon jardin. FOURRAGER, signifie figurément, Brouiller, mettre en désordre une chambre, un cabinet. Cet homme est entré chez moi, il a brouillé, il a tout fourragé mes papiers, mes livres.”

Rétif dans la Première Epoque de Monsieur Nicolas évoque le "jeu du loup", sorte de colin-maillard auquel se livrent les adolescents dans l’obscurité. Le loup (toujours un garçon), les yeux bandés, doit reconnaître à qui appartiennent des vêtements qu’on lui lance et éventuellement attraper l’un de ses compagnons de jeu. Le sens figuré et un peu libertin que donne Rétif à ce mot n’est pas attesté par les dictionnaires de l’époque.

« Si le loup saisissait un garçon personnellement, il le rossait ; si c’était une fille, il la mangeait ; c’est-à-dire qu’il la fourrageait assez librement. Ce jeu était assez innocent entre des enfants tels que j’étais, malgré mon aventure avec Nanette ; mais quelquefois les garçons de quinze à vingt ans s’en mêlaient, et alors il se passait des choses peu décentes. »