Casanova et Rétif de La Bretonne : lectures croisées

Faculté des Lettres de Sorbonne Université – 1er et 2 avril 2021

Colloque organisé par Séverine Denieul, Jean-Christophe Igalens et Françoise Le Borgne avec le soutien du CELLF (UMR 8599 du CNRS et de Sorbonne Université), du CELIS (EA 4280) de l’Université Clermont-Auvergne et de la Société Rétif de La Bretonne.

Comité scientifique : Jean-Christophe Abramovici, Michel Delon, Erik Leborgne, Florence Lotterie, Pierre Testud.

Dans La Nuit de Varennes (1982), Ettore Scola met en scène Casanova et Rétif de La Bretonne sous l’aspect de deux vieillards complices, regrettant les plaisirs de leur jeunesse et témoins de la fin d’un monde, celui de l’Ancien Régime. Bien que cette rencontre n’ait pas eu lieu dans la réalité, elle fait sens à plus d’un titre. Casanova et Rétif ont beaucoup de choses en commun : tous deux polygraphes, ils ont transfiguré par le récit de soi leur trajectoire sociale et leurs aventures amoureuses tout en portant une attention originale à la peinture de certains milieux.

Comment ces deux œuvres contemporaines, toutes deux écrites dans le sillage des Confessions, s’éclairent-elles mutuellement ? L’ampleur des deux œuvres défie la comparaison, mais, à l’image de la démarche proposée par les journées « Casanova-Rousseau : lectures croisées » (juin 2016, Jean-Christophe Igalens et Erik Leborgne dir.), dont les actes viennent de paraître aux Presses Sorbonne Nouvelle, leur mise en regard permettra de faire émerger plusieurs enjeux qui intéressent l’étude socio-poétique et anthropologique des récits de soi, l’histoire des idées et des formes, la réflexion sur le tournant des Lumières. Ce colloque sera l’occasion de rassembler des spécialistes des deux auteurs dans le cadre de lectures croisées qui pourront interroger les points de jonction entre leurs pratiques littéraires et leurs stratégies respectives (polygraphie, opportunisme et/ou rapport conflictuel aux normes esthétiques et morales, valeur polémique et/ou compensatoire de la fiction, prise de positions par rapport aux Lumières…). Dans cette perspective, la comparaison de La Découverte australe (1781) de Rétif de La Bretonne et de l’Icosameron (1788) de Casanova, par exemple, serait tout à fait intéressante. Révélatrice du positionnement et des trajectoire de chacun des deux écrivains dans la République des lettres au tournant des Lumières, la pratique autobiographique dont témoignent Monsieur Nicolas (1797) et l’Histoire de ma vie (à laquelle Casanova travaille jusqu’à sa mort en 1798), appelle un questionnement spécifique portant notamment sur la construction d’un éthos auctorial, la légitimation de l’écriture de soi, l’articulation de l’ambition morale et de la confidence licencieuse, la composition du récit autobiographique et – au-delà du rapport au grand modèle que constitue Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau – les références qui permettent de penser et d’écrire l’histoire de sa vie au tournant des Lumières. Quelle relation Casanova et Rétif entretiennent-ils avec la vérité et comment la comprennent-il ? Qu’est-ce qui se joue, pour chacun d’eux, dans la recréation de soi et le rapport au lecteur ? 

Les propositions de communications sont à adresser avant le 4 septembre 2020 à Séverine Denieul (severine.denieul@univ-poitiers.fr), Jean-Christophe Igalens (jean-christophe.igalens@sorbonne-universite.fr) ou Françoise Le Borgne (francoise.le_borgne@uca.fr).