NIAISER

LITTRÉ

NIAISER v. n. S’amuser à des choses niaises.

Il est fâcheux de s’arrêter à ces bagatelles [sophismes sur l’indivisibilité], mais il y a des temps de niaiser, PASCAL. Esp. géom. I.

Avant qu’il ait niaisé tout son soûl dans un fauteuil et à sa toilette, BARON, L’Homme à bonnes fortunes. I, 5. Il se conjugue avec l’auxiliaire avoir.

HISTORIQUE. XVIe s. Si philosopher, c’est doubter, comme ils disent, à plus forte raison niaiser et fantastiquer comme je foys, doit estre doubter, MONTAIGNE. II, 23.

Dans son Journal, à la date du 1er octobre 1789, Rétif note :

« matin, niaisé à mes jardins »

(c’est par l’expression « mes jardins » que Rétif désigne les pots posés sur le rebord de sa fenêtre).

Journal (1785-1789), édité par Pierre Testud, Editions Manucius, Littéra, 2006, p. 713.

Le petit Enfer de la Bibliothèque municipale de Lisieux

Le Petit enfer bien convenable de la Bibliothèque municipale de Lisieux


Saisie du texte : Sylvie Pestel pour la collection électronique de la Bibliothèque municipale de Lisieux (21.06.1995). ADRESSE : Bibliothèque municipale – B.P. 216 – F 14107 Lisieux cedex.


Il y a peu, on trouvait encore dans une des réserves de livres anciens de la Bibliothèque municipale, bien rangés sur une tablette haute, une soixantaine de livres que rien ne distinguait de leurs voisins si ce n’est leur titre et surtout leur sujet que nos prédécesseurs bibliothécaires avaient jugés susceptibles de faire courir un grand danger moral aux paisibles lecteurs de l’établissement.

Cet enfer, bien modeste par comparaison avec celui de la Bibliothèque Nationale (1730 titres) et ceux d’autres grandes bibliothèques municipales, se composait de 44 volumes répertoriés dans un cahier ad hoc ouvert en 1945. Par la suite, 15 autres volumes jugés eux aussi contraires aux bonnes moeurs furent mis à l’index sur le rayon fatal mais non enregistrés dans le cahier spécial. Bien sûr aucun de ces ouvrages n’était décrit dans le catalogue général de la Bibliothèque.

On trouvera la description des volumes encore présents à ce jour.


Quelques titres de Rétif y figurent.

http://www.bmlisieux.com/normandie/enfer.htm

Château d’Oron

Le château d’Oron, sur la ligne de train Lausanne-Berne, en Suisse, abrite une bibliothèque ouverte aux chercheurs. Les chercheurs souhaitant consulter ou faire reproduire des livres peuvent s’adresser à


l’Association pour la Conservation du Château d’Oron.
Case postale 6
CH- 1608 Oron-le-Châtel
chateau.oron@bluewin.ch
Téléphone ++41 21 907 90 51 ou 021 907 90 51
Fax ++41 21 907 90 65 ou 021 907 90 65
Heures d’ouverture du secrétariat :
lundi et mardi 9h à 14h
mercredi, jeudi et vendredi 9h à 18h


La consultation est uniquement possible dans la salle des manuscrits et livres anciens de la Bibliothèque Cantonale et Universitaire (BCU) de Lausanne, à Dorigny, « Unithèque », ouverte le lundi de 13 à 17h et du mardi au vendredi de 10h à 17h.


La bibliothèque a été installée dans l’ancienne salle des chevaliers.

Le site Internet du château d’Oron donne beaucoup de précisions sur l’origine des livres de la remarquable bibliothèque. C’est l’origine des renseignements qui suivent. Une jeune polonaise Hélène Masalska, nièce de l’archevêque de Vilna, a reçu une éducation à la française en 1750 à Paris, à l’Abbaye au Bois. Elle a épousé le fils aîné du prince de Ligne, un des princes les plus considérables d’Europe. Hélène Masalska a appris au cours de ses études à aimer les livres et elle en a acheté de plus en plus. Le prince de Ligne voyageait beaucoup et Hélène l’accompagnait. A Vienne, elle rencontre un prince polonais Vincent Potocky, dont elle tombe éperdument amoureuse. Elle quitte son mari et suit le prince Potocky en Pologne, ils ne peuvent pas se marier, car ils sont mariés chacun de son côté. Ils cherchent à annuler leur mariage. Les malheurs de la guerre font que le prince de Ligne est tué en 1792 dans une bataille, ce qui fait qu’Hélène est alors libre. Vincent Potocky obtient alors l’annulation de son mariage après avoir vaincu toutes les oppositions familiales.

Hélène de Ligne devient alors Hélène Potocka et ils vont mener une existence fastueuse, mais peu à peu le prince s’absente et Hélène se retrouve souvent à Paris, au milieu de ses livres. En 1815, elle meurt et dans l’inventaire de son appartement, on trouve 20 000 romans et 20 000 ouvrages précieux.

Avant sa mort, elle a cherché un rapprochement avec la famille de Ligne et se réconcilie avec cette famille et sa fille Sidonie, qu’elle réussit à faire épouser par François, le fils de son mari Vincent Potocky. Ces enfants héritent de la fortune de leurs parents. Les livres du château portent presque tous l’ex-libris de François Potocky.

Vers 1825, on ne sait pas très bien ce qui s’est passé, mais les Potocky ont dû quitter Paris assez précipitamment. Ils ont rejoint un de leurs châteaux en Pologne, le château de Brody, actuellement en Ukraine, avec toute la bibliothèque.

Vers 1860 – 1880 la famille Potocky met en vente l’une de ses bibliothèques. Et c’est là qu’entre en scène le dernier châtelain d’Oron, M. Gaiffe. M. Gaiffe s’intéressait essentiellement aux livres de chasse et il savait que dans la bibliothèque des Potocky, il y en avait plusieurs. La bibliothèque est mise en vente, et M. Gaiffe se rend à Brody avec le prince de Sagan pour y acheter quelques livres.

Chacun rentre chez lui, M. Gaiffe à Oron et M. Sagan à Paris. Vers 1883, c’est-à-dire, 3 ans après la vente, le chef de gare de la station d’Oron vient frapper à la porte du château et annoncer à M. Gaiffe que ses livres sont là. M. Gaiffe lui dit alors « Merci, veuillez les poser dans le vestibule », le chef de gare répondit alors « Je veux bien, mais il y en a un wagon plein ». Il semble bien que sans s’en rendre compte le prince de Sagan et M. Gaiffe se soient rendus acquéreurs de l’ensemble de la bibliothèque.

A son tour, la famille Gaiffe a aussi eu des difficultés financières et M. Gaiffe s’est mis à vendre les livres précieux : collections originales, etc. On peut estimer qu’il a vendu 10 000 livres précieux.

En 1936, cette bibliothèque n’intéressait personne. Puis au cours des années, suite au classement complet, elle a révélé ses richesses. On y découvre une très grande quantité de romans du XVIIIe siècle, romans uniques pour certains et forts rares pour d’autres. A côté de ces romans on trouve des livres de sciences, des récits de voyages, de médecine, des encyclopédies (par exemple : l’Encyclopédie de Diderot), des dictionnaires, etc.

Cette bibliothèque est entièrement classée par matières et par auteurs. Elle est ouverte aux chercheurs qui se consacrent essentiellement aux romans du XVIIIe siècle.


Le catalogue est consultable par Internet.
http://dbserv1-bcu.unil.ch/oron/oronrech.php ?Arg=Retif

Pour ce qui concerne Rétif, la consultation donne les résultats suivants :

La Confidence nécessaire ou Lettres de mylord Austin de Norfolk à mylord Humfrey de Dorset 1769

La Femme dans les trois états de fille, d’épouse et de mère. Histoire morale, comique et véritable 1773

La Fille naturelle 1776

Le Nouvel Abelard ou Lettres de deux amans qui ne se sont jamais vus. 1778

Le Paysan perverti ou les Dangers de la ville 1776

Le Pied de Fanchette ou l’Orpheline française 1769

Le Quadragénaire ou l’Age de renoncer aux passions. -Histoire utile à plus d’un lecteur 1777

L’Innocence en danger ou les Evénemens extraordinaires 1779

Monsieur Nicolas ou le Coeur himain dévoilé. Mémoires intimes par Retif de la Bretonne 1883

Ingénue Sancour ou la Femme séparée. Histoire écrite par elle-même 1789

La Famille vertueuse. Lettres supposées trad. de l’anglais par M. de la Bretonne 1767

La Femme infidelle par Maribert-Courtenay 1786-1788

La Malédiction paternelle. Lettres sincères et véritables de N.**** à ses parens, ses amis et ses maîtresses, avec les réponses. Recueillies et publ. par Thimothée Joly, son exécuteur testamentaire. T. 1-3 1780

La Prévention nationale. Action adaptée à la scène, avec deux variantes et les faits qui lui servent de base 1784

Les Françaises ou XXXIV exemples choisis dans les moeurs actuelles, propres à diriger les filles, les femmes, les épouses et les mères. Vol. 3 : les épouses. Vol. 4 . les Mères 1786

Les Nouveaux mémoires d’un homme de qualité. Par M. le M… de Br… 1774

Lettres d’une fille à son père, ou Adèle de Comminges * 1772

Lucile ou les Progrès de la vertu. Par un mousquetaire 1769

La Fille naturelle 1769

Le Ménage parisien ou Déliée et Sotentout 1773

Le Palais- Royal 1790

Les Nuits de Paris ou le Spectateur nocturne 1788-1789

Les Provinciales ou Histoire des filles et femmes des provinces de France, dont les aventures sont propres à fournir des sujets dramatiques de tous les genres. Janvier à décembre

La Dernière avanture d’un homme de quarante cinq ans. Nouvelle utile à plus d’un lecteur. 1783

Les Contemporaines du commun, ou Avantures des belles marchandes, ouvrières etc., de l’âge présent. Recueillies par N.-E. R**-D*-L*-B***. 1782

Les Contemporaines ou Avantures des plus jolies femmes de l’âge présent. Recueillies par N.-E. R**-D*- L*-B*** et publ. par Timothée Joly. 1781

Vente de Drouot 4 novembre 2003

http://www.bibliorare.com/cat-vent_drouot4-11-20032.htm
RESULTATS MARDI 4 NOVEMBRE 2003

DROUOT RICHELIEU – PARIS.

PIERRE BERGÉ & ASSOCIÉS

TRES BEAUX LIVRES ANCIENS & MODERNES

121. RESTIF DE LA BRETONNE (Nicolas). L’Ecole des pères. Paris, Duchêne, Humblot… ; Delalain ; Esprit ; Mérigot, 1776. 3 volumes in-8, veau écaille, tranches marbrées (Rel. de l’époque).
EDITION ORIGINALE.
Rarissime exemplaire contenant les « Entretiens du curé de Saci », lesquels, selon Rétif lui-même, n’ont été conservés que dans 100 exemplaires (Monsieur Nicolas, T. X, p.40-42).
L’exemplaire a appartenu à deux grands amateurs de Restif : Charles Balaresque, qui y a inscrit des notes bibliographiques (catalogue de vente établi par Labitte en 1881)), puis Bordes de Fortage (1927, n° 3888), avec une note de sa main datée du 12 février 1880 en fin du premier volume.
Petits accidents aux coiffes et coins. Pièces de titre des deux premiers volumes passés.
Est : 15.000 € Résultat : 1 300

122. RESTIF DE LA BRETONNE (Nicolas). Les Filles du Palais-Royal. Paris, Palais-Royal… Partout, Même ches Guillot, 1790. 3 parties en un volume in-12, demi-basane ornée de triples filets, tranches rouges (Rel. de l’époque).
EDITION ORIGINALE DE CET OUVRAGE RARE sur la prostitution à Paris à la fin du XVIIIe siècle. Elle est illustrée de 3 planches dépliantes dans le goût de Binet.
Reliure frottée, quelques manques.
Est : 600 € Résultat : 1 500

123. RESTIF DE LA BRETONNE (Nicolas). Histoire des compagnes de Maria, ou Episodes de la vie d’une jolie femme. Paris, Guillaume, 1811. 3 volumes in-12, demi-maroquin bleu, tête dorée (Rel. postérieure).
EDITION ORIGINALE, posthume, de ce roman basé sur la vie de Fanny de Beauharnais que connaissait bien l’auteur, publiée par Cubières-Palmezeau. Elle contient en tête une intéressante biographie de Restif.
De la bibliothèque Bordes de Fortage (1927, n° 3937).
Quelques piqûres.
Est : 750 € Résultat : 1 200

124. RESTIF DE LA BRETONNE (Nicolas). Le Marquis de T***, ou L’Ecole de la jeunesse. Londres ; Paris, Humblot, 1771. 4 tomes en 2 volumes in-12, maroquin rouge, triple filet, dos orné, tranches dorées (Chambolle-Duru).
EDITION ORIGINALE.
TRES BEL EXEMPLAIRE provenant de la bibliothèque Bordes de Fortage (1927, n° 3872). Ce collectionneur indique dans son catalogue qu’il en attribue la provenance au libraire Fontaine qui avait fait relier un ensemble complet des ouvrages de Restif en maroquin rouge par Chambolle.
Est : 2.500 € Résultat : 3 800

125. RESTIF DE LA BRETONNE (Nicolas). Monsieur Nicolas. Imprimé à la maison et de trouve à Paris, 1794-1797. 12 tomes en 8 volumes in-8, demi-veau vert (Rel. vers 1840).
TRES RARE EDITION ORIGINALE DES MEMOIRES DE RESTIF DE LA BRETONNE, l’un des plus intéressants tableaux anecdotiques et amoraux qui nous soient parvenus du crépuscule de l’ancien régime et de la Révolution.
(…)
Imprimées par lui-même, le plus souvent composées sur le marbre sans manuscrit, à l’aide de caractères typographiques variant en taille selon l’importance donnée par Restif au passage, ces mémoires sont « un des ouvrages les plus extraordinaires qui existent dans la littérature du monde » (Rives-Childs).
Le tirage s’éleva à 450 exemplaires seulement pour les huit premiers tomes, et à 225 seulement pour les huit derniers.
Les frontispices et gravures annoncées au titre n’ont jamais paru.
EXEMPLAIRE A TOUTES MARGES LATERALES. Il porte une inscription manuscrite fièrement tracée au travers de chacun des titres : Lu.
Il provient de la bibliothèque Bordes de Fortage (1927, n° 3930).
Coiffes légèrement frottées.
Est : 25.000 € Résultat : 20 000

126. RESTIF DE LA BRETONNE (Nicolas). Le Paysan et la paysane pervertis, ou Les Dangers de la ville. La Haye, 1784. 4 volumes in-12, demi-basane fauve dos plat orné, tranches jaunes (Rel. de l’époque).
EDITION ORIGINALE contenant la cinquième édition du Paysan et la seconde de la Paysanne, remaniés, augmentés, formant un tout de 462 lettres.
Rarement complète de toutes les ravissants dessins conçus pour elle par Binet, elle est néanmoins toujours abondemment illustrée ; ici un total de 119 (sur 120) gravures hors texte (la planche [33, classement Rives-Childs] Edmond banquetant, est en double ; la planche [35] Edmond introduit, est en premier état. Quelques planches sont mal placées.
La première partie est bien complète des pages supplémentaires 13 et 14 bis. Exemplaire bien complet malgré des erreurs de pagination.
Charnières et coiffes frottées.
Est : 1.200 € Résultat : 900

127. RESTIF DE LA BRETONNE (Nicolas). La Paysane pervertie, ou Les Dangers de la Ville. La Haye pour Paris, Veuve Duchesne, 1784. 4 volumes in-12, basane fauve racinée, dos teinté, orné, tranches marbrées (Rel. de l’époque).
EDITION ORIGINALE.
Exemplaire sans les figures, au nombre de 36 (et non de 116 comme l’annoncent les titres).
Un mors fendu.
Est : 400 € Résultat : 300

128. RESTIF DE LA BRETONNE (Nicolas). Les Posthumes ; Lettres reçues après la mort du Mari, par sa Femme, qui le croit à Florence. Par feu Cazotte. Imprimé à Paris à la Maison ; se vend chés Duchêne, 1802. 4 volumes in-12, demi-veau havane clair, pièces noires (Rel. légèrement postérieure).
EDITION ORIGINALE.
Exemplaire bien complet des pages 117 à 122 qui manquent selon Bordes de Fortage à la plupart des tomes I de l’édition, éliminées lors de la saisie de l’ouvrage par la police l’année de sa parution.
Quelques mouillures. Minimes accrocs aux coiffes.
Est : 1.500 € Résultat : 600

129. RESTIF DE LA BRETONNE (Nicolas). La Vie de mon père. Neufchatel, Veuve Duchesne, 1788-1779 (sic). 2 volumes in-12, demi-basane fauve avec coins, dos orné, tranches rouges (Rel. du XXe siècle).
Première édition du tome II. Troisième édition du tome I.
La première et la troisième édition furent illustrées des mêmes gravures ; on trouve donc ici les 14 gravures de ces éditions, hors texte, non signées.
Mouillures et brunissures au tome II. Le frontispice provient d’un autre exemplaire.
Est : 450 € Résultat : 350

Rétif en vente à la Librairie Christophe Marcia

RESTIF DE LA BRETONNE, Nicolas Edme (1734-1806) – La Derniere Avanture d’un homme de quarante-cinq ans [E.O.] Nouvelle utile à plus d’un lecteur. Avec 3 figures dessinées par Binet. 1783. A Genève, et se trouve à Paris, chés Regnault, 1783, 2 vols in-12°, reliés en un (pagination continue) ; 528pp., 2ff. (sur 4)

Demi-Basane blonde moderne en Très bon état ; dos lisse orné, tranches mouchetées. 3 figures (sur 4) de Louis Binet. Les deux premières remontées (la deuxième sans la lettre). *** Petit ouvrage très utile dans son genre.. On y voit combien l’Amour est dangereus, lorsqu’on a passé l’âge de plaire. Les exemples pareils à celui qu’il renferme, ne sauraient être trop-multipliés. (Extrait du catalogue de l’éditeur en fin d’ouvrage). La première partie renferme une pièce de théatre intitulée : l’Amour et la Folie, commençant à la page 138 et finissant à la page 172, qui est de Sara Debee, le sujet du roman. A la fin de la Vie de mon père (3e éd., 1788), nous lisons que la Dernière Avanture fut composée en 1782, d’après l’histoire de Sara D*** (Debee). Ce petit ouvrage a eu quelque succès, à cause de sa vérité, et de la chaleur de certaines situations. Restif composait l’histoire à mesure que les faits arrivaient. C’est ce qui lui donne l’air d’un journal. J’étais profondément affecté, en l’écrivant et je regardais son impression comme le complément de mon existence : c’est ainsi que je considère aujourd’hui, celle de Monsieur Nicolas dévoilé. (Mes Ouvrages, pp.152-153). Restif était si pénétré des souvenirs de cet épisode de sa vie que, quinze ans plus tard, il replaçait dans la douzième partie de Monsieur Nicolas, un abrégé de la Dernière Avanture, en substituant aux noms déguisés du roman les noms véritables des personnages. Au reste l’Avanture occupe une grande place dans mes inscripcions et Restif y retourne encore dans plusieurs nouvelles (La Fille de mon hôtesse, les Deux Cinquantenaires). – LE BIBLIOPHILE JACOB CONSIDÈRE LE LIVRE COMME UN CHEF-D’OEUVRE ET LE PLACE AU-DESSUS DE MANON LESCAUT. – Cet ouvrage est orné de 4 figures dessinées par Binet, gravées par Giraud Pouquet, et qui sont des plus jolies et dignes de rivaliser avec les estampes du Paysan et de la Paysanne pervertis. (Morgand III, 10013). – Rives Childs (p.282) XXV, 1 ; Lacroix n°XXVI ; Picot, Livres du Baron J. de Rothschild p.393, n°17 [ Le Bibliophile Jacob et Picot n’indiquent que 2 frontispices ].. F, Couverture rigide, Très bon

Euro 1,250.00 |

RESTIF DE LA BRETONNE, Nicolas Edme (1734-1806) – Lettres de lord Austin de N**, à lord Humphrey de Dorset son ami. [E.O.] La Confidence nécessaire. Lettres anglaises. A Francfort, chez van Durren, et se trouve à Paris, chez Gaugry., A Cambridge (sur vol.2), 1769, 2 vols in-12°, reliés en un ; xvj, 248pp. ; 215pp.

Veau marbré, dos long orné, guirlandes sur les chasses, tranches marbrées. Manque la coiffe de tête, dos craquelé, ors un peu passés. *** Restif faisait toujours mention de cet ouvrage sous son faux titre, La Confidence nécessaire. Il fut commencé à Sacy, puis continué dans les derniers mois de 1767 et les premiers de 1768 mais abandonné plusieurs fois. Achevé à Paris en 1768. La Confidence nécessaire est une peinture de la situation de mon coeur, lorsque, dans ma première jeunesse, j’aimais plusieurs filles à la fois ; ce n’est pas une histoire véritable, mais c’est une situation vraie et un tableau fidèle. Cette production érotique eut du malheur ; elle fut refusée du censeur, l’abbé Simon.. Il n’était pas possible qu’un abbé approuvât un roman aussi gaillard. (Monsieur Nicolas, t. X, p.12). – EDITION ORIGINALE RARE D’UN DES TOUT PREMIERS LIVRES DE RESTIF. – Rives Childs (p.205) IV, 1 ; Lacroix n°IV.. F, Couverture rigide, Assez bon

Euro 1,650.00 |

Librairie Christophe Garcia

http://livres-anciens-rares.com/recherche.php ?recherche=Restif&x=13&y=11

« Actricisme » en image

Une histoire de l’actricisme [1] en image au XVIIIe siècle : plongée dans quelques estampes des ouvrages de Rétif de la Bretonne

par Claude Jaëcklé-Plunian, auteur de A propos des écrits sur le théâtre au dix-huitième siècle, SVEC 373 (1999), Voltaire Foundation, p.1-231.

Vous trouverez à l’adresse signalée à la fin de cet article une communication passionnante de Claude Jaëcklé-Plunian sur une série d’estampes de Louis Binet pour les Contemporaines qui ont toutes trait au monde du théâtre.

Il s’agit des deux derniers volumes de la série de nouvelles, les numéros XLI et XLII, consacrées aux femmes des théâtres. Rétif leur dédie quarante-quatre nouvelles qui sont regroupées en deux sous-titres : « Les Femmes des grands théâtres » et « Les Femmes des petits théâtres. »

Pour vous donner envie d’aller découvrir cette étude, nous nous contenterons de citer quelques phrases de la conclusion :

« La manière dont Rétif s’approprie le monde du spectacle, monde public par excellence, en l’étayant de personnages fictifs et, il faut bien le dire, en s’y introduisant lui-même, en s’y donnant parfois un rôle avantageux, peut inviter le lecteur moderne à la défiance. Rétif joue avec le réel et, dans les nouvelles des Contemporaines, les indices référentiels du monde du théâtre sont constamment en concurrence avec la création d’un univers fictif, particulier à cet auteur, situation qui rejaillit sur la représentation picturale.

Images et textes observent le même fonctionnement. Qu’il s’agisse du vocabulaire employé, de la matière du récit ou des détails de l’image, nous sommes en présence d’une forte interprétation personnelle du monde réel, ce qui ne peut manquer de nous troubler. […]

Les images de théâtre des Contemporaines délivrent des informations précieuses sur les conditions de la création théâtrale de la fin du XVIIIe siècle : sur le jeu, la gestuelle des acteurs, les costumes, les relations hiérarchisées des vedettes et des artistes de second ordre, sur la hiérarchie des théâtres également. Il faut aussi considérer le répertoire – les pièces interprétées par les personnages sont pour la plupart mentionnées, parfois même des extraits sont cités.

On pourrait donc parler à propos des nouvelles comme à propos des gravures, d’une histoire souvenir, avec ses oublis, ses obsessions, son mépris des lois physiques de la pesanteur ou de la perspective. »

Vous découvrirez aussi par la même occasion le site du projet CESAR si vous ne le connaissez pas encore, Calendrier Electronique des Spectacles sous l’Ancien régime et la Révolution, projet ambitieux et très précieux pour tous les chercheurs.

http://www.cesar.org.uk/cesar2/conferences/cesar_conference_2006/JPlunian_paper06.html

__________________________________

[1] ACTRICISME, subst. masc. Néol. d’aut. ,,Art de jouer sur la scène.“ (S. MERCIER, Néologie ou Vocabulaire de mots nouveaux, t. 1, 1801, p. 9). Étymol. ET HIST. 1770 (RESTIF DE LA BRETONNE, Idées singulières, II, 64 ds GOHIN 1903, p. 268 : l’Actricisme “ou la manière de jouer). Dér. de actrice* ; suff. -isme*.

Binet sur Internet

Les rétiviens qui connaissent bien les illustrations de Binet pour Rétif seront sans doute curieux de découvrir d’autres productions de cet artiste, visibles sur Internet.

Voici donc quelques liens qui permettent de voir d’autres oeuvres de Binet. On mesurera peut-être ainsi à quel point Rétif lui a imposé sa vision particulière des « femmes féïques » à la taille joncée et au tout petit pied qu’on ne retrouve pas toujours sous le crayon de Binet.

Les dates de certaines éditions laisseraient-elles penser que Binet a vécu un peu au delà de 1800 qui est souvent donnée comme la date supposée de sa mort ?

Frontispice pour F. T. Delbare, Auguste et Justine ou la veuve artificieuse, chez Ancelle, an IX (1810)

http://www.textesrares.com/delbar/delb3.htm

Frontispice pour Eloge de l’ivresse, nouvelle édition. Revue, corrigée et considérablement augmentée. A Bacchopolis, de l’imprimerie du vieux Silène, l’an de la vigne 5555 et à Paris, chez Michel, libraire et commissionnaire, rue de l’Arbre Sec N°. 38, an VI (1799).In-12, 250 pp.Titre .

L’Eloge de l’ivresse de Sallengre parut pour la première fois chez Pierre Gosse en 1714 et fut souvent réédité (3 fois en 1715, en 1720 et en 1734). Le site « textes rares » présente l’édition de Michet qui a complètement remanié le texte et en a fait un nouvel ouvrage (comme l’éditeur le signale dans sa préface). Le frontispice fut composé par Binet et gravé par Le Roy.

http://www.textesrares.com/ivres/i000a.htm

Quelques estampes vendues récemment dont voici les descriptions sur le site artnet.de (les abonnés au site pourront en découvrir 10 autres) :

Louis Binet, The inverval at the Montausier Theatre in Paris, Pen and Ink and Wash, 9,9 x 13,3 cm, Signed.

Vendu par Sotheby’s London : Mittwoch, 2.July 1997 [Lot 268]

http://www.artnet.de/Artists/LotDetailPage.aspx ?lot_id=47C4C6E5B08936E7

Louis Binet, Scènes historiques et la formation des royaumes (album of 55), Pen and Ink and Wash, 31,5 x 24,5 cm. Signed.

Vendu par Rieunier & Bailly-Pommery : Montag, 30.Oktober 2000 [Lot 34]

http://www.artnet.de/Artists/LotDetailPage.aspx ?lot_id=59C28A0135BABDDA

Toujours le Foyer du Théâtre Montausier, mais avec des rehauts d’aquarelle et dans un format différent, sur le site de la BnF :

Collectionneur : Destailleur, Hippolyte (1822-1893)Titre : Foyer [du théâtre] Montansier / [Louis Binet]Date d’édition : An 7 [1798 ou 1799]Description : Dessin à la plume et lavis à l’encre de Chine teinté d’aquarelle, 17,7 x 23,8 cm

http://gallica.bnf.fr/ark :/12148/btv1b77445101

Une liste de ventes depuis 1994, mais sans image disponible pour les non-membres sur le site web.artprice.com.

Dessin-Aquarelle [12]

L’assassinat du maréchal de Coligny, Encre, plume, 23/03/2006

Vignettes pour le « paysage [sic] perverti de Restif de la Bretonne », Encre, plume, 13/02/2005

Scènes Historiques ou la formation des Royaumes, Encre, 30/10/2000

Bergère et son troupeau, Lavis/papier, 15/02/2000

The interval at the Montausier Theatre in Paris, Wash, 02/07/1997

Edmond riboteur/Edmond ramoneur, Encre, 25/04/1997

Edmond poignardant/Edmond infâme, Encre, 25/04/1997

« La Création du Monde jusqu’à la Naissance de N.S.J.C. », c.1770, Encre, 13/12/1995

Fête villageoise/Scène de menuet, Aquarelle, 29/04/1994

Peinture [1]

« Blériot à Douvres », Huile/carton, 03/12/1998

Estampe-Affiche [1]

Le Ménage ambulant, d’après Greuze, Eau-forte, 29/11/1996

http://www.web.artprice.com/ps/psdetails.aspx ?idArtist=NzU2MjgwMjIwMjcwMDg=&l=fr

des ventes encore, avec une seule estampe visible en réduction sur le site artfact.com :

L’assassinat du maréchal de Coligny, signé ’Binet’, plume et encre noire, lavis brun, une partie du bord gauche refaite, 307 x 244 mm

http://www.artfact.com/catalog/viewLot.cfm ?iid=2229503&ri=1

Magnifique reproduction d’une gravure représentant l’opéra-ballet de Lully Psyché, conservée à la New York Public Library

Psyche (opera by Jean-Baptiste Lully). Engraving by Henri Berthet, after Louis Binet, of an unidentified production, ca. 1785. Dance Special Acquisition Fund, Jerome Robbins Dance Division image ID : trans73215

http://www.nypl.org/research/transformations/Effects/fullpages/full6.html

Et enfin, sur un site allemand anti-clérical, une gravure pour Thérèse philosophe de 1783.

http://www.payer.de/religionskritik/karikaturen31.htm

Les Revies, édition de Pierre Bourguet

Communiqué de la Voltaire Fondation, Oxford

Parution en février 2006 du volume des SVEC 2006:02.

Rétif de La Bretonne, Les Revies

Suivi de Les Converseuses

Pierre Bourguet

A Noter : vous pouvez lire un article de Pierre Testud à propos de cet ouvrage.

A la fin de sa vie, alors qu’il était employé au Ministère de la Police générale, Rétif de La Bretonne n’a cessé d’écrire de nouvelles œuvres, pleines d’audace et d’imagination. Après sa mort, il a laissé plusieurs manuscrits inédits, rédigés en 1798-1799, malheureusement dispersés par les marchands d’autographes : Les Revies, qu’il comptait placer dans L’Enclos et les oiseaux, et Les Converseuses, destinées à une réédition du Palais-Royal.

Essai d’archéologie littéraire, cette édition critique s’efforce de reconstituer et de distinguer les œuvres originales, à partir de manuscrits et de fragments très divers, provenant de plusieurs collections, et pour la plupart inédits. Dans Les Revies, Rétif imagine qu’il revit une seconde vie, qui serait la vraie vie. Dans cette autobiographie imaginaire, l’auteur de Monsieur Nicolas, libéré de la censure, donne libre cours à tous ses fantasmes de puissance sexuelle, de richesse et de pouvoir. L’inspiration des Revies se retrouve dans Les Converseuses, série d’histoires racontées par les héroïnes du Palais-Royal, qui ne sont pas moins scabreuses, évoquant tour à tour libertinage, voyeurisme, inceste et impuissance.

L’introduction présente l’histoire de la redécouverte des fameux manuscrits autographes de la collection Pierre Louÿs, une description minutieuse de tous les manuscrits retrouvés, la situation de Rétif entre 1798 et 1802, la genèse et la structure des Revies, ainsi que leur signification religieuse et philosophique en cette fin du dix-huitième siècle marquée par l’idée de régénération, synonyme de révolution.

Le texte est établi en respectant rigoureusement l’orthographe, la ponctuation et la typographie originales de Rétif. Il est accompagné de variantes et de très nombreuses notes établissant des comparaisons avec les pages correspondantes de Monsieur Nicolas.

Cette édition devrait permettre aux chercheurs d’identifier de nouveaux manuscrits et de reconstituer un jour l’ensemble des Revies, une des œuvres les plus originales et les plus révélatrices de la vieillesse de Rétif.

Pierre Bourguet est maître de conférences honoraire à l’Université de Nancy II. Il a publié de nombreux articles sur Rétif de La Bretonne dans la revue des Études rétiviennes.

SVEC

ISBN :

0729408736

Date of publication :

février 2006

Pagination :

xvi. 360 pp. , 6 ill. , p/b

Price :

£75 / 124 Euros / $152

Dangereux suppléments

Christophe Martin, « Dangereux suppléments ». L’illustration du roman en France au dix-huitième siècle, Louvain, Paris, Peeters, 2005, XVI-222 p. Coll. « La République des Lettres », vol. 24. ISBN : 90-429-1609-5. EUR : 38 (Url de référence : http://www.peeters-leuven.be)

L’illustration du roman au XVIIIe siècle et la vogue du « livre avec figures » n’ont, pendant très longtemps, guère suscité d’analyses autres que strictement bibliophiliques. Dans le sillage de travaux ayant renouvelé l’approche de l’illustration [1], en l’intégrant notamment au problème plus vaste de la « mise en livre » de la fiction, on a tenté dans cette étude de prendre au sérieux ce phénomène éditorial particulièrement remarquable pour le genre romanesque puisqu’il accompagne son essor, dans la seconde moitié du siècle. Il s’agit donc de considérer l’illustration du roman au XVIIIe siècle comme un élément essentiel de ces « dispositifs formels visant à contraindre la réception, à contrôler l’interprétation, à qualifier le texte, et qui structurent l’inconscient de la lecture » (Roger Chartier). Le livre n’est plus alors le simple support de la fiction, le medium neutre et purement transitif de l’imagination romanesque, mais un objet complexe où se croisent des considérations économiques, des pratiques sociales et des enjeux esthétiques… Lieu également d’investissements affectifs et imaginaires plus difficiles encore à cerner.

A observer les réactions contemporaines suscitées par cet engouement prodigieux pour les romans « avec figures », qu’on aurait d’ailleurs tort de réduire à une simple mode, on découvre d’abord le sentiment persistant d’une sorte d’affinité naturelle entre les fictions romanesque et les « figures en taille douce » (tous deux sont d’ailleurs objets d’une commune dépréciation tout en connaissant d’immenses succès). Mais que ces ornements soient devenues presque indispensables, voilà qui suscite aussi un sentiment de réprobation, voire de scandale : cette « fureur de mettre des images dans les livres » (Grimm), qui affecte particulièrement le genre du roman, est souvent perçue comme un signe de déchéance des arts, voire de corruption des mœurs. « L’association de la gravure avec la littérature, pour toutes sortes d’ouvrages indistinctement, semblait dégénérer en une sorte de manie qui pouvait devenir dangereuse à l’une et à l’autre. » Ainsi s’exprime en 1752, Robert Hecquet, graveur et dessinateur d’illustrations…

On a voulu s’interroger ici à la fois sur le sens de cette « manie » et la nature de ce « danger ». Par l’analyse d’une soixantaine de gravures puisées dans une cinquantaine de fictions narratives en prose illustrées au cours du XVIIIe siècle, on a tenté en particulier de faire apparaître certaines figures récurrentes mais aussi quelques zones d’ombre d’un imaginaire collectif.

Si singulier soit-il, le projet iconographique conçu par Rétif [2] pour l’illustration de certains de ses romans paraît exemplaire d’un phénomène particulièrement marquant dans le dernier tiers du siècle : dans le sillage de La Nouvelle Héloïse, on assiste alors, en effet, non seulement à un engouement prodigieux pour le roman avec figures, mais à un effort d’un certain nombre de romanciers pour imposer leur « droit de regard » sur les images destinées à « orner » leurs productions [3] (c’est d’ailleurs au même moment que les réactions proprement iconoclastes suscitées par cette vogue se multiplient, pas seulement d’ailleurs de la part des romanciers).

Avec Rétif de la Bretonne, la gravure devient partie intégrante de la création romanesque : sa collaboration avec Louis Binet, à partir de 1780 et jusqu’à la mort de ce dernier, en 1800, est sans doute l’une des expériences les plus originales dans l’illustration littéraire du XVIIIe siècle. Que ce soit pour Les Contemporaines ou pour Le Paysan perverti et La Paysanne pervertie, Rétif accorde la plus extrême attention aux estampes destinées à orner ses œuvres, et exerce sur Binet une autorité plus contraignante encore que celle de Rousseau sur Gravelot. Si les romans de Rétif n’ont d’ailleurs pas bénéficié de la collaboration des plus célèbres artistes spécialisés dans la gravure d’illustration (à cette période, Eisen, qui meurt en 1778, et surtout Moreau le jeune ou Marillier), le recours à des illustrateurs moins prestigieux permet précisément à Rétif d’imposer plus aisément ses volontés :

Le prix auquel on peut mettre Les Contemporaines m’a forcé de n’employer que les artistes les moins chers. Mais d’un autre côté, en mon particulier, je n’aurais pas été flatté infiniment d’employer nos grands artistes ; j’en vois peu qui aient une véritable idée de l’aimable, du joli et du beau, dans la figure ; mes faibles graveurs m’ont quelquefois donné ce que je demandais pour les visages ; les grands artistes n’y ont presque pas encore réussi, excepté Eisen et Longueil travaillant ensemble. [4]

De manière très significative, l’explication des Figures du Paysan et de la Paysanne comporte les trois indications suivantes : Rétif invenit, Binet delineavit, Berthet & Leroy incuderunt. Mais à vrai dire, et plus encore que pour l’auteur de La Nouvelle Héloïse, cette sphère de l’ « invention » est considérablement élargie, et l’illustrateur en est réduit à l’ « exécution », au sens le plus restreint du terme : non seulement, Rétif choisit l’ensemble des scènes à illustrer, mais il en organise strictement la « disposition », et exige de Binet que son crayon suive en particulier la courbe de ses fantasmes féminins (pieds minuscules, tailles « joncées », gorges avantageuses, coiffures relevées et surchargées d’ornements).

L’estampe n’est plus alors conçue comme un simple ornement du livre mais comme un authentique « supplément » du texte, entendu au sens de complément mais aussi de suppléance ou de substitut: en témoigne une page du Paysan perverti (éd. 1776, t. 1, p. 219) où l’image vient se substituer au discours d’Edmond, impuissant à décrire le spectacle saphique qui l’a plongé dans le ravissement : l’exclamation (« la plume me tombe des mains ! ») n’est pas une simple hyperbole, mais comme une exigence faite au lecteur de se reporter à la gravure. Le visible s’immisce dans le lisible.

Il arrive que Rétif rêve de doter la « suite gravée » d’une autonomie équivalente à celle du récit lui-même :

Les estampes […] du double ouvrage ont le mérite peu ordinaire de former une histoire en tableaux, sans la moindre lacune : c’est ce qui en a triplé le nombre : dans les ouvrages ordinaires, les auteurs et les libraires ont rarement l’attention de mettre une liaison dans les figures qui réalisent certaines situations ; les estampes du Paysan et de la Paysanne réunissent l’avantage de l’à propos, au mérite rare de former à elles seules une histoire complète. [5]

Pour l’une des nouvelles du recueil des Contemporaines, « La Maîtresse ou la coquette provoquante » [t. 37, p. 122], Rétif conçoit d’ailleurs une estampe qui se présente sous la forme d’une juxtaposition d’images illustrant les différents épisodes du récit, toutes rassemblées sur une même page. Le principe est proche de celui de la bande dessinée (la lecture devant toutefois se faire de gauche à droite et de bas en haut). Reste que cette illustration ne peut faire l’économie d’un « sujet d’estampe » extrêmement détaillé, nécessaire à la lisibilité de l’ensemble (voir Dangereux suppléments).

Parmi la soixantaine de gravures commentées dans notre anthologie, six sont extraites d’œuvres de Rétif : elles ont été choisies pour leur caractère à la fois singulier et exemplaire, et regroupés notamment autour des motifs de la séduction, de l’effraction, et du dévoilement. Trois sont des illustrations du Paysan perverti :

Le Paysan perverti , ou les dangers de la ville ; histoire récente, mise au jour d’après les véritables lettres des personnages. Imprimé à La Haye, et se trouve à Paris, chés Esprit, 1776, 4 vol. in-12.

T. 1, pl. vis-à-vis la p. 139. Dessin de Louis Binet gravé par Jacques Le Roy.

T. 1, pl. vis-à-vis la p. 114. Dessin de Louis Binet gravé par Jacques Le Roy. « Edmond recevant du raisin de sa Circé ».

t. 1, pl. vis-à-vis la p. 219. Dessin de Louis Binet, gr. anon. « Edmond au judas ».

Trois autres sont extraites des Contemporaines :

Les Contemporaines, ou Avantures des plus jolies femmes de l’âge présent, recueillies par N. E. R. de la B., et publiées par Timothée Joly, de Lyon. A Paris, chez la veuve Duchesne, 1780-1785. 42 vol. in-12.

T. 3, pl. vis-à-vis la p. [3], frontispice pour « La fille-garçon ». Dessin de Louis Binet gravé par Louis Berthet. « C’est une fille ! ». 12, 8 x 8 cm.

T. 4, pl. vis-à-vis la p. 496, frontispice pour « Le Mari invisible ». Dessin [de Louis Binet ?] et gr. anon. « Voilà votre figure de mari, l’autre est celle de héros ».

T. 11, pl. vis-à-vis la p. 328, frontispice pour « Le loup dans la bergerie ». Dessin [de Louis Binet ?] et gr. anon. « On écrit que je suis un loup !… quelle injustice ! ».

A l’occasion de la parution du livre, une exposition est présentée à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, du 27 février au 27 mai (10 place du Panthéon, 75 005 Paris, salle de la Réserve, entrée libre). Parmi une vingtaine de volumes, deux tomes des Contemporaines y sont notamment présentés.

Christophe Martin, Université de Rouen (Cérédi)

Cet article vous a été proposé par : Nicole Masson

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[1] Il faut mentionner notamment un article à la fois synthétique et programmatique d’Alain-Marie Bassy consacré à l’illustration dans son ensemble, du XVIIe et du XVIIIe siècle : « Le texte et l’image », dans Histoire de l’édition française, Paris, 1984, t. 2, p. 140-161 ; et le livre pionnier de Philip Stewart : Engraven Desire, Eros, Image and Text in the French Eighteeenth Century (Duke University Press, Durham-Londres, 1992). Les recherches sur l’illustration romanesque sont actuellement en plein développement. Outre une thèse récente soutenue par Benoît Tane, on mentionnera le numéro de Eighteenth-Century Fiction consacré à la « culture de l’imprimé » (vol. 14, n° 3-4, April-July 2002) ainsi que le n° 57 des CAIEF (mai 2005) comportant une série d’études sur « Le livre illustré sous l’Ancien Régime ». Sur le traitement iconographique du livre et de la lecture dans le roman, Nathalie Ferrand publiera prochainement Livres vus, livres lus : une traversée illustrée du roman au XVIIIe siècle (SVEC, à paraître). Dans le cadre d’un projet subventionné par l’ANR, un répertoire du roman illustré au XVIIIe siècle est actuellement en préparation.

[2] Sur l’iconographie des romans de Rétif, la bibliographie s’est longtemps résumée au travail du Bibliophile Jacob : P[aul] L[acroix], Bibliographie et iconographie de tous les ouvrages de Restif de la Bretonne..., Paris, 1875. Outre les pages importantes que Pierre Testud a consacrées à cette question dans sa thèse (Rétif de la Bretonne et la création littéraire, Genève, 1977, p. 360 et sv.) et les articles de J.-Cl. Courbin, on dispose désormais d’un précieux recueil d’études, les actes du colloque international Rétif et l’image, de l’université de Poitiers (21-23 octobre 1999) ayant été publiés dans les Études rétiviennes, n° 31, janvier 2000 (éd. P. Testud). Signalons aussi l’article récent de B. Tane : « Discours, peinture, gravure : l’édition illustrée du Paysan perverti de Rétif de la Bretonne», dans Écrire la peinture, éd. P. Auraix-Jonchière, Presses de l’université Blaise-Pascal, coll. « Révolutions et romantismes », n° 4, Clermont-Ferrand, 2003.

[3] Voir sur ce point l’article de Nicholas Cronk, « Picturing the Text : Authorial Direction of Illustration in Eighteenth-Century French Fiction », Eighteenth-Century Fiction, vol. 14, n° 3-4, April-July 2002, p. 393-414.

[4] Lettre à Sergent du 12 novembre 1783.

[5] Les Figures du Paysan et de la Paysanne perverties, op. cit., seconde partie, p. 2.

Mémoire de Swantje Schulze

On peut télécharger sur Internet un mémoire universitaire en allemand consacré en partie à Rétif de La Bretonne.

Swantje Schulze : Spiegel einer Gesellschaft im Umbruch

Zur französischen Erzählkunst im Jahrzehnt der Revolution (1789-1799)

Dissertation zur Erlangung des Doktortitels, angenommen von : Georg-August-Universität Göttingen, Philosophische Fakultät, 2001-07-02

Résumé

Les auteurs du XVIIIe siècle, en France, étaient soumis à une norme critique, la Doctrine classique, qui édictait les règles du « bon goût ». On ne devait pas mêler des styles différents, ce qui supposait de ne décrire qu’une seule couche sociale. La plupart des romanciers du XVIIIe siècle se sont focalisés sur la vie des nobles. Il fallait éviter de recourir à un mode de description réaliste pour se cantonner à un « réalisme psychologique ». Mais avec la Révolution de 1789, le peuple accéda au pouvoir et la noblesse perdit ses privilèges.

Au plan littéraire, le bouleversement social se reflète entre autres dans le roman français du XIXe siècle. La description sans fard de la réalité a pris le dessus sur les aventures fantastiques et les histoires d’amour sentimentales.

Ce travail a pris pour objet la période de transition, c’est-à-dire les années 1789-1799. Il se structure autour des interrogations suivantes : Est-il question de plusieurs couches sociales ? L’auteur inclut-il dans la fiction romanesque des faits et des détails reliés à l’actualité et destinés à créer un effet de réel (sommes d’argent, descriptions de vêtements et de meubles, événements politiques, etc.) ? Y a-t-il des passages humoristiques ? Peut-on trouver de l’argot dans les romans ? Nous commençons par L’Emigré de Sénac de Meilhan, qui, étant lui-même exilé, publia son roman en Allemagne. Nous procédons ensuite à une analyse du roman La dot de Suzette de Joseph Fiévée, qui fut un grand succès en France. Puis nous nous penchons sur Trois Femmes d’Isabelle de Charrière. Bien que d’origine hollandaise, elle résidait en Suisse avec son mari et fit paraître son roman à Londres. La quatrième œuvre prise en considération s’intitule Les Nuits révolutionnaires et fut rédigée par Rétif de la Bretonne.

Vous pouvez télécharger le mémoire (en allemand) en cliquant ici