Les Mots de Rétif Appel à contributions pour un dictionnaire

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Les Mots de Rétif

Appel à contributions pour un dictionnaire

Françoise Le Borgne, Laurent Loty et Patrick Samzun proposent, à la suite de la discussion entamée lors de l’Assemblée Générale du 24 mai 2014, de développer la dynamique du dictionnaire mis en ligne sur le site de la société Rétif de la Bretonne. Pour faire sentir la richesse et la singularité du vocabulaire employé ou créé par Rétif, ils proposent de l’intituler Les Mots de Rétif, laissant pour un autre projet l’analyse critique de notions portant sur son œuvre. Il s’agira donc pour l’essentiel d’un dictionnaire stylistique, même s’il est impossible de distinguer le style de la pensée dans l’usage rétivien de certains mots : pensons aux mots « communisme » ou « révolution ». L’invention et le succès (ou l’échec) d’un néologisme ou d’une acception nouvelle pourront être aussi l’occasion d’aborder une histoire de mot singulière dans sa dimension historiquement symptomatique. À chaque auteur de choisir librement sa perspective.

Le cahier des charges est le suivant :

– Une mise en œuvre sur plusieurs années, avec la perspective d’un passage au format papier, sous la forme d’un court livre d’environ 200 pages (si possible vers fin 2018 ou fin 2019).

– Entre-temps, la publication de quelques entrées dans une rubrique de la revue, intitulée « Les mots de Rétif ».

– D’où le nombre de mots à prévoir : 70 mots au total, pour 3 pages environ par mots.

– Cela donne une fourchette entre 4.000 et 10.000 signes, espaces comprises (entre 2 et 5 pages environ).

– Parmi les 38 entrées anciennes déjà en ligne, certaines pourront être reprises avec quelques adaptations au nouveau format.

Concernant les anciennes comme les nouvelles entrées, Françoise, Laurent et Patrick proposent le format suivant. Deux cas se présentent :

A) mot ou expression d’usage contemporain (ex. « Idées singulières ») : date du ou des emplois rétiviens et sources (ne pas hésiter à citer plusieurs textes de Rétif), définition appuyée sur les dictionnaires de l’époque, sens dans l’œuvre de Rétif, réception si elle est significative.

B) Néologie (de forme ou de sens) : date de la première occurrence et source ou sources, tentative de définition par la morphologie (déformation, dérivation, composition, emprunt, etc.) et le contexte, réception.

Les titres des ouvrages sont toujours suivis de la date de la première édition ; les éditions utilisées, par exemple pour les citations, sont données avec le lieu d’édition, le nom de l’éditeur, la date de l’édition, la page. Pour les textes de Rétif, merci d’utiliser autant que possible des éditions de référence (notamment les éditions critiques en Pléiade ou chez Champion, à défaut d’autres éditions critiques ou les rééditions chez Slatkine Reprints, à défaut encore les éditions originales ou les rééditons les plus correctes et accessibles). Merci de donner les références précises, y compris des éditions reproduites en ligne.

Pas de notes, mais des références entre parenthèses si nécessaire et, autant que possible, surtout quand les mots s’apparentent à des notions, une courte bibliographie des études (environ 1 à 5 titres).

Dans le cas des néologismes, Françoise, Laurent et Patrick proposent de conserver l’orthographe de Rétif.

Il conviendrait donc de reprendre selon ce format les articles déjà rédigés, en insistant parfois davantage, quand il ne s’agit pas de néologisme rétivien, sur la singularité stylistique de Rétif, les dictionnaires de l’époque devenant alors des moyens d’approcher le sens donné par Rétif aux mots dans son œuvre.

Il serait intéressant que les auteurs d’entrées suggèrent des renvois hypertexte vers d’autres entrées (pensons au renvoi entre « projet » et « glossographe » par exemple).

Pour mémoire, les 38 entrées en ligne au 25 octobre 2014 sont les suivantes : Actricisme, Affiquet, Anatomiser, Archi-baladin, Automate, Axiomimes, Bancalon, Brandonner, Canuche, Capuciner, Conniver, Coqueluchon, Dameret, Encataloguer et catalogue, Escobarder, Fourrager, Gazer, Habitudinaire, Idéalité, Imitemens, Jets-de-voix, Mimographe, Mimophile et mimomane, Misomime, Modèlemens, Niaiser, Nonvérité et nonvrai, Nuager, Opéradiens et Opéradiennes, Pornographe, Routiné, Sancier, Taillecime/Taille-âme, Tartare, Théâtre éphébique, Truppelu, Vaguesse, Végéter.

Laurent et Patrick suggèrent une première liste de nouveaux mots : Communisme, idées singulières, révolution, soleil, être-principe, projet, glossographe…

On peut trouver divers dictionnaires en ligne qui seront très utiles à la rédaction des entrées :

1) Pour les dictionnaires anciens :

– Le Dictionnaire du Moyen Français :

http://www.atilf.fr/dmf/

– Le Thresor de la langue françoyse (1606) de Jean Nicot :

http://artfl.atilf.fr/dictionnaires/TLF-NICOT/index.htm

Le Dictionnaire de Trévoux (imprimé à Nancy en 1740 chez Pierre Antoine) :

http://www.cnrtl.fr/dictionnaires/anciens/trevoux/menu1.php

– Le Dictionnaire critique de la langue française de Jean-François Féraud (1787-1788) :

http://www.cnrtl.fr/dictionnaires/anciens/feraud/menu.php

– La 1e édition (1694) du Dictionnaire de l’Académie française :

http://artfl.atilf.fr/dictionnaires/ACADEMIE/PREMIERE/premiere.fr.html

– La 4e édition (1762) du Dictionnaire de l’Académie française :

http://atilf.atilf.fr/academie4.htm

– La 5e édition (1798) du Dictionnaire de l’Académie française :

http://artfl.atilf.fr/dictionnaires/ACADEMIE/CINQUIEME/cinquieme.fr.html

– La 6e édition (1835) du Dictionnaire de l’Académie française :

http://artfl.atilf.fr/dictionnaires/ACADEMIE/SIXIEME/sixieme.fr.html

– L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert : https://encyclopedie.uchicago.edu/node/176

2) Pour les dictionnaires modernes :

– Le Trésor de la langue française en libre accès : http://atilf.atilf.fr/

– On peut accéder en ligne au Dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey par les portails numériques des bibliothèques universitaires

Voici quelques bases de données en ligne :

https://archive.org/

– Frantext (réservée aux abonnés) : http://www.frantext.fr/

– Gallica : http://gallica.bnf.fr/

– Google Books : http://books.google.fr/

– Internet Archive : https://archive.org/

On lira avec intérêt :

– Jean Desmeuzes, « Néologismes, mots rares et vocabulaire régional dans la langue de Rétif de la Bretonne », Études rétiviennes, 7, décembre 1987, 31-46.

– Jean Desmeuzes, « Néologismes, mots rares et vocabulaire régional dans la langue de Rétif de la Bretonne » [suite], Études rétiviennes, 10, septembre 1989, 95-123.

– Jean Desmeuzes, « Notes sur les néologismes de Monsieur Nicolas » [texte retranscrit d’après manuscrit par Branko Aleksic], La Nouvelle Revue Française, dossier « Rétif revit », n° 579, 2006.

– Louis-Sébastien Mercier, Néologie (1801), texte établi, annoté et présenté par Jean-Claude Bonnet, Paris, Belin, 2009 [l’index des pages 549-554 recense les néologismes que Mercier emprunte à Rétif].

– Pierre Testud, index des notes de langue de l’édition de Monsieur Nicolas en Pléiade, retenant notamment les néologismes, les mots tombés en désuétude ou ceux dont le sens a changé (Paris, Gallimard, 1989, t. II, p. 1835-1842).

Françoise Le Borgne, Laurent Loty, Patrick Samzun

Les Mots de Rétif

Les Mots de Rétif

Appel à contributions pour un dictionnaire

 

Laurent Loty et Patrick Samzun proposent, à la suite de la discussion entamée lors de l’Assemblée Générale du 24 mai 2014, de développer la dynamique du dictionnaire mis en ligne sur le site de la société Rétif de la Bretonne (http://retifdelabretonne.net/dictionnaire-retivien/). Pour faire sentir la richesse et la singularité du vocabulaire employé ou créé par Rétif, ils proposent de l’intituler Les Mots de Rétif, laissant pour un autre projet l’analyse critique de notions portant sur son œuvre. Il s’agira donc pour l’essentiel d’un dictionnaire stylistique, même s’il est impossible de distinguer le style de la pensée dans l’usage rétivien de certains mots : pensons aux mots « communisme » ou « révolution ». L’invention et le succès (ou l’échec) d’un néologisme ou d’une acception nouvelle pourront être aussi l’occasion d’aborder une histoire de mot singulière dans sa dimension historiquement symptomatique. À chaque auteur de choisir librement sa perspective.

Vous pouvez envoyer vos contributions aux deux adresses électroniques suivantes :

laurent.loty@univ-paris-diderot.fr et  patrick.samzun@gmail.com

Le cahier des charges est le suivant :

– Un délai de mise en œuvre de 4 ans, à compter de janvier 2015, soit un bouclage prévu pour décembre 2018.

– La perspective d’un passage au format papier, sous la forme d’un court livre d’environ 200 pages.

– Entretemps, la publication de quelques entrées dans une rubrique de la revue, intitulée « Les mots de Rétif ».

– D’où le nombre de mots à prévoir : 100 mots au total, pour 2 pages environ par mots.

– Cela donne une fourchette entre 1000 et 6000 signes (entre 1 et 4 pages environ).

– 38 entrées, qui supposeront probablement quelques modifications, sont déjà en ligne. Il en reste 62, soit environ 15 à rédiger par an.

Concernant les anciennes comme les nouvelles entrées, Laurent et Patrick proposent le format suivant. Deux cas se présentent :

             A) mot ou expression d’usage contemporain (ex. « Idées singulières ») : date du ou des emplois rétiviens et sources (ne pas hésiter à citer plusieurs textes de Rétif), définition appuyée sur les dictionnaires de l’époque, sens dans l’œuvre de Rétif, réception si elle est significative.

            B) Néologie (de forme ou de sens) : date de la première occurrence et source ou sources, tentative de définition par la morphologie (déformation, dérivation, composition, emprunt, etc.) et le contexte, réception.

Les titres des ouvrages sont toujours suivis de la date de la première édition ; les éditions utilisées, par exemple pour les citations, sont données avec le lieu d’édition, le nom de l’éditeur, la date de l’édition, la page.

Pas de notes, mais des références entre parenthèses si nécessaire et, au besoin, quand les mots s’apparentent à des notions, une courte bibliographie (1 à 5 titres).

Dans le cas des néologismes, Laurent et Patrick proposent de conserver l’orthographe de Rétif.

Il conviendrait donc de reprendre selon ce format les articles déjà rédigés, en insistant parfois davantage, quand il ne s’agit pas de néologisme rétivien, sur la singularité stylistique de Rétif, les dictionnaires de l’époque devenant alors des moyens d’approcher le sens donné par Rétif aux mots dans son œuvre.

Il serait intéressant que les auteurs d’entrées suggèrent des renvois hypertexte vers d’autres entrées (pensons au renvoi entre « projet » et « glossographe » par exemple)

Pour mémoire, les 38 entrées en ligne au 25 octobre 2014 sont les suivantes : Actricisme, Affiquet, Anatomiser, Archi-baladin, Automate, Axiomimes, Bancalon, Brandonner, Canuche, Capuciner, Conniver, Coqueluchon, Dameret, Encataloguer et catalogue, Escobarder, Fourrager, Gazer, Habitudinaire, Idéalité, Imitemens, Jets-de-voix, Mimographe, Mimophile et mimomane, Misomime, Modèlemens, Niaiser, Nonvérité et nonvrai, Nuager, Opéradiens et Opéradiennes, Pornographe, Routiné, Sancier, Taillecime/Taille-âme, Tartare, Théâtre éphébique, Truppelu, Vaguesse, Végéter.

Laurent et Patrick suggèrent une première liste de nouveaux mots : Communisme, idées singulières, révolution, soleil, être-principe, projet, glossographe…

On peut trouver divers dictionnaires en ligne qui seront très utiles à la rédaction des entrées :

      1) Pour les dictionnaires anciens :

– Le Dictionnaire du Moyen Français :

http://atilf.atilf.fr/gsouvay/scripts/dmfX.exe?DICO_PLEIN_TEXTE_2;MENU=menu_accueil;OUVRIR_MENU=MENU_LEXIQUE;s=s0d1122f8;ISIS=isis_dmf2010.txt;s=s0d1122f8;;ISIS=isis_dmf2010.txt

– Le Thresor de la langue françoyse (1606) de Jean Nicot :

http://artfl.atilf.fr/dictionnaires/TLF-NICOT/index.htm

– Le Dictionnaire de Trévoux (imprimé à Nancy en 1740 chez Pierre Antoine) :

http://www.cnrtl.fr/dictionnaires/anciens/trevoux/menu1.php

– Le Dictionnaire critique de la langue française de Jean-François Féraud (1787-1788) :

http://www.cnrtl.fr/dictionnaires/anciens/feraud/menu.php

– La 1e édition (1694) du Dictionnaire de l’Académie française :

http://artfl.atilf.fr/dictionnaires/ACADEMIE/PREMIERE/premiere.fr.html

– La 4e édition (1762) du Dictionnaire de l’Académie française :

http://atilf.atilf.fr/academie4.htm

– La 5e édition (1798) du Dictionnaire de l’Académie française :

http://artfl.atilf.fr/dictionnaires/ACADEMIE/CINQUIEME/cinquieme.fr.html

– La 6e édition (1835) du Dictionnaire de l’Académie française : http://artfl.atilf.fr/dictionnaires/ACADEMIE/SIXIEME/sixieme.fr.html

– L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert : https://encyclopedie.uchicago.edu/node/176

– Le Glossaire du Centre de la France d’Hippolyte François Jaubert (1864) : http://books.google.fr/books?id=lrtDAAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false ; et son supplément (1869) : http://books.google.fr/books?id=_Jr79A2jKV0C&printsec=frontcover#v=onepage&q&f=false

            2) Pour les dictionnaires modernes :

– Le Trésor de la langue française en libre accès : http://atilf.atilf.fr/

– On peut accéder en ligne au Dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey par les portails numériques des bibliothèques universitaires

Voici quelques bases de données en ligne :

– https://archive.org/

– Frantext (réservée aux abonnés) : http://www.frantext.fr/

– Gallica : http://gallica.bnf.fr/

– Google Books : http://books.google.fr/

– Internet Archive : https://archive.org/

On lira avec intérêt :

– Jean Desmeuzes, « Néologismes, mots rares et vocabulaire régional dans la langue de Rétif de la Bretonne », Études rétiviennes, 7, décembre 1987, 31-46.

– Jean Desmeuzes, « Néologismes, mots rares et vocabulaire régional dans la langue de Rétif de la Bretonne » [suite], Études rétiviennes, 10, septembre 1989, 95-123.

– Jean Desmeuzes, « Notes sur les néologismes de Monsieur Nicolas » [texte retranscrit d’après manuscrit par Branko Aleksić], La Nouvelle Revue Française, dossier « Rétif revit », n° 579, 2006.

– Louis-Sébastien Mercier, Néologie (1801), texte établi, annoté et présenté par Jean-Claude Bonnet, Paris, Belin, 2009 [l’index des pages 549-554 recense les néologismes que Mercier emprunte à Rétif].

Littérature et engagement pendant la Révolution française

Littérature et engagement pendant la Révolution française

Essai polyphonique et iconographique

sous la direction d’Isabelle Brouard-Arends et Laurent Loty

Presses Universitaires de Rennes, 2007

ISBN 978-2-7535-0434-9, 200 pages, 25 ill, 15€ franco de port. Commande possible par le site des PUR :

http://www.pur-editions.fr/detail.php ?idOuv=1629

http://www.pur-editions.fr/

La période de la Révolution française est un moment-clé de l’histoire des relations entre la scène théâtrale et la tribune politique, entre le texte de fiction et le texte de loi, entre les savoirs et pouvoirs de la littérature et ceux de la science, entre des discours engagés et des formes d’écriture minoritaires et apparemment désengagées qui sont autant de combats pour un féminisme et un humanisme encore et toujours à venir. Cet essai à plusieurs voix ne fait pas le constat de l’engagement de la littérature durant la période révolutionnaire, il s’interroge sur le changement des rythmes et des formes d’interaction entre les modes d’expression dits littéraires et les autres pratiques et discours publics. Il le fait en pleine conscience des paradoxes de l’anachronisme en histoire. D’un côté il faut oublier les significations mêmes des notions de « littérature » et d’« engagement » qui, en grande partie, se mettent précisément en place à la fin de la Révolution française. De l’autre, il faut prendre acte des enjeux toujours actuels d’une enquête historique. En l’occurrence, comment penser et pratiquer l’écriture, la politique, et leurs interactions, non pas tant après 1789, mais après 1989 ? Après le Bicentenaire de la prise de la Bastille qui est aussi le moment de la chute du Mur de Berlin.

Des auteurs de plusieurs générations et nationalités se donnent ici la liberté d’interroger, au-delà des frontières disciplinaires, les formes que prennent les relations entre ce qu’on appelle la « littérature » et l’« engagement ». En regard des textes, en écho ou parfois à contre-temps, un choix d’images esquisse une autre manière de porter la réflexion ou l’imagination sur ce passé d’où vient notre présent. L’ensemble constitue un essai polyphonique et iconographique qui, d’un texte (ou d’une image) à l’autre, ouvre des perspectives pour repenser, après 89, les pratiques et les idées mêmes de « littérature » et d’« engagement ».

Les auteurs : Serge Bianchi, Isabelle Brouard-Arends, Joël Castonguay-Bélanger, Yves Citton, Philippe Corno, Julia V. Douthwaite, Huguette Krief, Laurent Loty, Anne-Rozenn Morel, Martial Poirson.


PRÉSENCE EN FILIGRANE DE RÉTIF DE LA BRETONNE : présentation de Laurent Loty

Rétif de la Bretonne n’est pas l’un des auteurs auxquels ce livre consacre une étude approfondie (comme Beffroy de Reigny, André Chénier, François de Neufchâteau, Olympes de Gouges, Lavoisier, Mercier, Constance Pipelet ou Germaine de Staël). Il est toutefois parmi les autres auteurs de la Révolution les plus cités, avec Beaumarchais et Marie-Joseph Chénier. Par sa singularité, il est peut-être surtout l’un de ceux qui éclairent le plus vivement un bon nombre de questionnements ouverts par cet essai polyphonique. Si bien que s’il devait un jour y avoir une suite à ce petit volume, Rétif devrait très certainement y avoir une place de choix. En attendant, il n’est pas étonnant que son intérêt l’ait fait réapparaître dans la sorte d’essai iconographique qui illustre les textes, ou parfois dialogue avec eux.

La table des matières qui suit donne une idée des échos possibles entre l’oeuvre de Rétif et les thèmes abordés.

Le livre s’ouvre sur cette question : « repenser la littérature et l’engagement après 89 », elle-même précédée d’une double image : la prise de la Bastille et la chute du Mur de Berlin. Mais avant ces « ouvertures », il y avait eu Rétif, en 1789 et en 1989. Car Les Nuits de Paris de la période révolutionnaire ont donné le ton à la journée d’étude qui a préparé cet essai polyphonique et iconographique, sous la forme d’une projection de l’adaptation télévisée des Nuits révolutionnaires par Charles Brabant, qui interroge les relations entre littérature et engagement à partir de 1789, … en 1989, quelques mois avant la chute du Mur.

Le théâtre de Rétif est bien sûr évoqué dans la première partie, qui aborde les relations entre la scène et la tribune. Le changement de rythme des interactions entre texte et événement est illustré par une horloge à cadran décimal. Une œuvre de Rétif aurait pu elle aussi évoquer cette modification du rythme de l’écriture et du temps, qui passe par l’aspiration des écrivains à rendre compte de l’événement et en même temps à en modifier le cours par l’éducation du public : il s’agit du texte que Rétif rédige durant le mois de juillet 1789, et qui constitue la première utopie d’anticipation de l’ère nouvelle ouverte par la Révolution : L’An deux-mille.

La deuxième partie s’ouvre sur la page de titre du texte que Rétif publie en 1789 : Le Thesmographe, ou idées d’un honnête-homme, sur un projet de règlement, proposé à toutes les Nations de l’Europe, pour opérer une Réforme générale des Loix. « La loi : un texte, une fiction, une croyance » : telle est la légende de cette image qui renvoie à la production juridique considérable de toute la période révolutionnaire. Auteur de fictions utopiques et juridiques, Rétif dévoile mieux que d’autres les relations intimes entre l’imagination politique, la croyance distanciée en la fiction, et le passage à la production et à l’application de textes juridiques. L’étude des textes de Rétif permettrait de dresser encore d’autres configurations que celles qui se dégagent de la troisième partie, quant aux rapports entre ce que l’on désigne habituellement par les termes de littérature, science et politique. Dans la réorganisation des discours et des frontières disciplinaires qui s’effectue à cette époque, les textes de Rétif apporteraient un éclairage d’autant plus vif que leur singularité révèle ce que d’autres textes plus ordinaires tendent à occulter. Ainsi de son autobiographie qui s’achève par une philosophie articulant Physique, Morale et Politique, l’extrême sensibilité rétivienne au temps humain l’incitant d’un même mouvement à produire une histoire du coeur humain, une histoire de la Révolution, et une histoire de la transformation du cosmos et des espèces. C’est Rétif qui a le mot de la fin de la dernière partie consacrée à des engagements en rupture, susceptibles, comme ce qu’on appelle désormais « la littérature », de produire des effets sur un lointain futur. La toute dernière image du livre donne en effet à voir, à lire, ces mots imprimés sur une page de titre des Posthumes : « Lettres du Tombeau, ou Les Posthumes. Première Partie ». Invitation à penser les effets possibles de la littérature, comme le suggère la légende (« Écrire : une action pour le futur ? »). Peut-être aussi incitation des auteurs de ce volume à publier un jour, avec un Rétif plus explicitement présent, une « seconde partie ».


TABLE DES MATIÈRES

Ouvertures
Repenser la littérature et l’engagement après 89 (Isabelle Brouard-Arends et Laurent Loty)

I. Changements de rythme. La scène et la tribune
Théâtre et engagement sur les scènes de l’an II (Serge Bianchi)

Intenables engagements dramatiques : Paméla entre révolution tranquille et scandale Martial Poirson)

II. La fiction et la loi. Influences
Modes d’engagement de l’utopie : le ludique et le juridique (Anne-Rozenn Morel)

Le divorce sur la scène révolutionnaire : un engagement politique ? (Philippe Corno)

III. La littérature et la science. Interférences
Le choix des sciences morales et politiques contre le désengagement des sciences expérimentales (Joël Castonguay-Bélanger)

La République a-t-elle besoin de savants ? Le jugement des romans (Julia V. Douthwaite)

IV. Engagements en rupture. La femme et le poète, pour une humanité future

Femmes dans l’agora révolutionnaire ou le deuil d’un engagement : Olympe de Gouges, Constance Pipelet, Germaine de Staël (Huguette Krief)

Gémir en silence. Puissance des engagements hétérogènes d’André Chénier (Yves Citton)

Laurent Loty, 35, rue Broca, 75005 Paris, tél. : 33.(0)1.43.36.71.05

* Université Rennes 2 – Département Lettres – Équipe d’accueil du Centre d’Étude des Littératures Anciennes et Modernes (CELAM)

* Société Française pour l’Histoire des Sciences de l’Homme (SFHSH) www.bium.univ-paris5.fr/sfhsh