Mise

L’emploi substantivé de mise, au sens de manière de s’habiller est un néologisme apparu dans les dernières décennies du XVIIIe siècle et dont Rétif fit grand usage, particulièrement dans les Contemporaines.

Il s’attira bien des critiques. Notamment en 1785 : le Journal de Paris publia dans son numéro du 10 janvier la lettre d’un « gentilhomme de province à un de ses amis », dans laquelle l’auteur se plaignait de ce que son neveu truffait ses lettres de néologismes, dont le mot mise, « l’expression favorite d’un auteur de romans fort nombreux qui, pour dire qu’une femme est élégamment vêtue, dit qu’elle a une mise fort agréable. » Nougaret, dans son Tableau mouvant de Paris (1787), où il se moque des néologismes à la mode, citera cette lettre deux ans plus tard, en explicitant l’allusion : « Il s’agit en cet endroit de M. Rétif de la Bretonne. Il serait impossible de nombrer les néologismes, les tournures de phrases impropres et barbares dont fourmillent les volumineux écrit de cet auteur original, non seulement par son style extraordinaire, mais encore, ce qui est bien pire, par les obscénités qu’il se complaît à écrire, tout en assurant qu’il se propose de corriger les mœurs, et original surtout par les louanges qu’il se prodigue. » (I, p. 351-355). 

Dès le 11 janvier 1785, Rétif avait répliqué au « gentilhomme de province ». On lit à cette date dans Mes Inscripcions : (n° 468) « Réponse au Journal de Paris sur le mot mise ». Elle est imprimée à la fin du volume 41 des Contemporaines, sous l’intitulé : « Réponse d’un orfèvre à la lettre précédente », avec la mention « refusée », signifiant qu’il ne faut pas chercher cette réponse dans le Journal de Paris. Ce soi-disant orfèvre est bien entendu Rétif lui-même.

Tout le début de cette réponse porte sur la défense du néologisme conséquent au sens de considérable, important. Rétif enchaîne : « Quant à l’expression mise, qu’on reproche à l’auteur des Contemporaines, je suis fâché de voir de la malveuillance dans la manière de votre gentilhomme périgourdin. Cette expression n’était pas à confondre avec aucune de celles qu’on relève. Le gentilhomme la détourne exprès à un sens qu’elle n’a pas. Il dit qu’il aimerait autant l’expression favorite d’un auteur de romans très nombreux qui, pour dire qu’une femme est élégamment vêtue, dit qu’elle a une mise fort agréable. Ce n’est pas cela. Jamais l’auteur des Contemporaines n’emploie son expression favorite aussi platement qu’elle l’est dans votre journal. Cet auteur a une manière de voir et de peindre qui est à lui ; jamais aucun de nos romanciers n’a autant insisté sur les moyens pratiques à employer par les femmes pour conserver le cœur de leur mari. »

Puis Rétif passe à la définition de mise : « [L’auteur] a souvent besoin d’un mot pour exprimer concisément la manière et la façon de se mettre. Il en a trouvé un dans la classe de la haute bourgeoisie ou de la noblesse de sa province, et il l’a employé. Mise ne signifie pas élégance ; il signifie manière d’arranger ses habits, sa parure ; il n’est le synonyme ni de parure, ni d’habillement ; il ne pourrait avoir pour équivalent que le vêtir, au substantif. Il faut y joindre un adjectif toutes les fois qu’il est question de déterminer de quelle manière la mise est agréable ; il dit une mise élégante, modeste, seyante, provocante, voluptueuse, et jamais, comme le gentilhomme, une mise fort agréable pour signifier qu’une femme est élégamment vêtue. Mise est le substantif d’un verbe en usage dans la bonne compagnie, où l’on dit se mettre, pour se vêtir de telle façon ; le mot est doux et siérait dans la bouche des femmes de la Cour [Rétif met ici en note : « Une demoiselle auteur me disait un jour que mise était un mot des gens du peuple. Je l’assurai qu’elle se trompait. En effet, le peuple n’a jamais songé à l’employer, non plus que le verbe se mettre. C’est la bourgeoisie qui dit cette femme se met bien ; les artisans disent c’est une femme élégante. »  Cette demoiselle est Minette de Saint-Léger, jeune écrivaine avec laquelle Rétif fut en rapport de 1782 à 1784. Dans une note du Palais-royal (I, p. 11), Rétif écrira en 1790 : « Mlle Minette S……. n’aime pas cet agréable mot. Pourquoi ? Il est pittoresque et vaut dix mille fois mieux que le célèbre conséquent de nos cataugans et de nos farauds. »] ; il est français ; il est précis. Mais il a un défaut : c’est d’avoir été introduit par un auteur sans prôneurs, sans intrigue, sans appui parmi ses confrères, et qui s’en est fait des ennemis en les étonnant ! Les insensés ! Qui ne savent pas que le génie créateur de M. R* ira jusqu’à la postérité la plus reculée, tandis que ses vils détracteurs seront oubliés de leur vivant !… »

Mise ne se substitue donc pas à parure, qui est dans les premiers ouvrages de Rétif le seul mot employé dans le champ lexical de l’habillement (dans Le Pied de Fanchette notamment, en 1769). Parure désigne l’ensemble des éléments constitutifs de l’apparence vestimentaire (robes, étoffes, chaussures, bijoux, accessoires et coiffure), mais non l’art et la manière de combiner ces éléments. Parure renvoie à du concret, mise à une manière, à un style. Ce mot manquait à Rétif pour exprimer « concisément » (selon son terme) l’essence de la féminité en société.  

Mise et parure coexistent dans les Contemporaines, œuvre dans laquelle leurs occurrences sont les plus nombreuses (282 pour parure et 103 pour mise). Parfois dans la même phrase : « Elle chercha dans son magasin de nippes des choses qui allassent à Cadette et lui trouva une robe de taffetas rose un peu passée, des bas de soie, et jusqu’à des chaus­sures d’une jeune marquise morte en couches. Cette parure n’était pas fraîche, mais elle n’en don­nait à Cadette que l’air plus aventurière, et quelque chose de chiffonné très agréable aux vieux libertins. Ce fut sous cette mise que la Cornevin la conduisit chez Nicolet. » (« La Fille à bien garder », 95e Contemporaine). On voit que mise désigne un air, un quelque chose, un je ne sais quoi (« Sa mise a le charme que j’ai toujours désiré dans les femmes ; c’est un je ne sais quoi d’élégant, de seyant, de propre par excellence, de ravissant » (77e Contemporaine, « La Trentenaire »), qui ne se confond pas avec une robe, des bas ou des chaussures. La parure s’adresse aux yeux, la mise à la sensibilité.

Rétif place même la mise au-dessus de la beauté : « L’air et la mise font à Paris plus que la beauté », écrit-il dans « Les Femmes qui font la fortune de leurs maris » (171e Contemporaine). Elle fait la différence entre jolie et belle : une femme n’est belle que par sa mise.  L’héroïne de la 157e Contemporaine « acquit, au bout de quelques mois, le nom de la belle tonnelière, que les Parisiens n’accordent ordinairement qu’à la mise et à la beauté réunies, mais plutôt encore à la mise qu’à la beauté. » Et ailleurs (165e Contemporaine) : « […] la mère de la jolie fourbisseuse (la brune portait celui de la belle fourbisseuse à cause de sa mise).

Dans l’œuvre de Rétif, la première occurrence de mise figure dans la 122e lettre du Paysan perverti, en 1775 : « Je l’ai trouvée sous une mise délicieuse ; on ne vit jamais rien d’aussi voluptueux, et sa gorge !… » Occurrence isolée. Ce n’est que dans la Paysanne (écrite de 1780 à 1782) que le mot s’impose davantage (8 occurrences), comme dans l’édition du Paysan de 1782 (où par exemple, dans la 8e lettre, « la parure de la ville » est corrigé en « la mise de la ville »), et surtout dans les Contemporaines, de 1780 à 1785 (en 1re édition), avec un pic dans les volumes 25 (11 occurrences) et 26 (8), qui datent de 1782. Cette année-là est aussi celle de la Paysanne et de la 3e édition du Paysan. À partir de 1783, le nombre tombe à 1 ou 2.

L’on remarque que dans la 2e édition des Contemporaines (à partir de 1784), Rétif remplace à six reprises le mot mise. En voici quatre exemples. Le texte de 1782 : « Notre amant, en m’abordant, loua ma mise », devient en 1784 : « […] loua la manière dont j’étais mise. » (109e Contemporaine, « La Mère grosse pour sa fille ») ; « son aînée a une mise particulière » (1782) devient en 1786 : « Son aînée a un goût particulier dans sa façon de se mettre » (127e Contemporaine, « Les III Belles Chaircuitières ») ; « Mon mari […] était excité par mes grâces naissantes et par le goût de ma mise » (1782) devient en 1788 : « […] par la manière voluptueuse dont je savais m’habiller. » (168e Contemporaine, « Les Femmes qui rendent heureux leurs maris »). De même dans la  161e Contemporaine (« Les IV Petites Ouvrières »), il substitue en 1788 parure à mise (« […]dans les maisons comme il faut, où la parure un peu distinguée était nécessaire pour être bien reçue » remplace : «  […] où la mise était nécessaire pour être bien reçue ») ; mais il garde mise un peu plus loin, ajoutant une note dans laquelle il prend une fois de plus la défense du mot  : « En dépit de la sotte critique de l’abonné du Journal de Paris, du 10 janv. 1785, celle de Mlle Minette, etc., ce mot est ici agréable, expressif, concis : je l’emploierai donc, sans entê­tement, mais par raison. La mise est la ma­nière, la façon de se mettre, de se vêtir, de se ­parer. »

Rétif semble s’être avisé qu’il ne fallait pas abuser du mot. La polémique était pourtant ancienne : les critiques de Minette Saint-Léger dataient des années 1782-1784, la lettre publiée dans le Journal de Paris, de 1785. Rétif était-il resté sensible à ces reproches ? Après 1785 (fin des Contemporaines en première édition), les occurrences du mot deviennent plus rares : 3 dans Les Françaises (1786), 1 dans La Femme infidèle (1786), 5 dans Les Parisiennes (1787), 3 dans Les Nuits de Paris (1788 pour les XIV premières parties). Dans les huit premières Époques de Monsieur Nicolas (rédigées de 1783 à 1785), le mot n’apparaît pas. Après la Révolution, il devient rare : 3 occurrences dans Le Palais-royal (1790), 4 dans le 1er volume de L’Année des dames nationales (1791-1794), aucune dans le 2e (le recensement est encore à faire pour les volumes suivants). En 1796, dans la 9e Époque de Monsieur Nicolas, le mot a perdu de sa spécificité et se confond avec parure : « La mise de 1791 était délicieuse, surtout pour l’adolescence : un fourreau dégageant une taille fine, svelte, joncée ; une longue jupe cachant la turpitude des pieds plats, ou n’en laissant voir que la pointe agréable ; une coiffure capricieuse, c’est-à-dire volontaire, et non sujette. » (II, p. 437). Dans Les Posthumes (1802) et les Nouvelles Contemporaines (1802) il n’y a aucune occurrence.

Ces constats laissent penser que Rétif s’est détaché de mise dans les dernières années du siècle, peut-être parce que l’expressivité du néologisme s’était émoussée. Il est remarquable que Mercier ne lui fasse aucune place dans sa Néologie (1801), alors que l’ouvrage accueille largement les néologismes de Rétif ; notons du reste que le mot est également absent du Tableau de Paris (1782-1788). Déjà en 1795, il ne figurait pas dans le Nouveau Dictionnaire français contenant les expressions de nouvelle création du peuple français de Léonard Snetlagte.

Mais il est présent en 1800 dans leDictionnaire Universel de la langue française, avec le latin. Manuel de grammaire, d’orthographe et de néologie, publié par Pierre Claude Victor Boiste, où il est défini brièvement comme « manière de se mettre », sans être signalé comme un néologisme ; or Boiste puise explicitement dans Rétif plusieurs néologismes, augmentant même le nombre de ses emprunts au fil des nombreuses rééditions de l’ouvrage (de 4 en 1800 à 18 en 1812). Le mot paraît de plus en plus souvent adopté : il figure dans l’ouvrage d’Henrion, Encore un Tableau de Paris (1800, p. 152) et dans l’Almanach des Modes de 1817 (p. 31).

Mais les dictionnaires postérieurs à 1800 continuent, malgré la référence de Boiste, à ignorer mise. Tels en 1820, le Dictionnaire de la langue française de Jean-Charles Laveaux, ou en 1827 le Nouveau vocabulaire français, de Wailly. Dans ses Mémoires (écrits vers 1820), Mme de Genlis le condamne en y voyant une innovation du « langage révolutionnaire » (Mémoires, t. V, p. 235). On a là sans doute la raison des réticences académiques.

Il faut attendre les années 1830 pour une reconnaissance définitive. Le mot est dans le Dictionnaire général de la langue française de François Raymond en 1832 (« manière de s’habiller ») et dans le Manuel de la pureté du langage, de Félix Biscarrat en 1835, avec ce commentaire : « Mise. Ces expressions, une mise recherchée, sa mise est élégante, condamnées par les grammairiens, n’en sont pas moins reçues. C’est aux dictionnaires d’enregistrer cette nouvelle acception. » De fait, cette même année, le Dictionnaire de l’Académie officialise le mot.

De quand datait son apparition ? Le Dictionnaire historique de la langue française, d’Alain Rey (2016) donne 1781, sans autre précision ; cette date semble bien liée à la publication des Contemporaines. L’absence de mise dans un dictionnaire de 1770, qui affiche pourtant son intérêt pour le néologisme (Dictionnaire des richesses de la langue française et du néologisme qui s’y est introduit, de Pons-Augustin Alletz), suggère que sa présence dans Le Paysan perverti en 1775 est une nouveauté. Peut-on pour autant considérer Rétif comme son créateur ? Il est impossible de l’affirmer, mais l’hypothèse n’est pas invraisemblable quand on connaît le goût de Rétif pour la création lexicale. Les écrivains contemporains, tels Laclos, Baculard d’Arnaud, Louvet de Couvray, n’ont pas employé mise. Rétif semble en avoir eu l’exclusivité.  Il est à remarquer qu’en 1831, Noël et Carpentier, dans leur Philologie française, ou Dictionnaire étymologique, critique, historique, anecdotique, littéraire, à propos de mise, font allusion à la polémique de 1785 : « Mise. Manière de s’habiller. C’était un néologisme en 1785. On a reproché à un auteur de nombreux romans de répéter souvent qu’une femme a une mise agréable pour dire qu’elle est élégamment vêtue. Cette locution n’est plus un néologisme. »

Presque un demi-siècle plus tard, le mot restait donc associé à Rétif.

Pierre Testud

Bibliographie

Pons-Augustin Alletz, Dictionnaire des richesses de la langue française et du néologisme qui s’y est introduit, 1770.

Journal de Paris, 10 et 11 janvier 1785.

Léonard Snetlagte, Nouveau Dictionnaire français contenant les expressions de nouvelle création du peuple français, 1795.

Pierre Claude Victor Boiste, Dictionnaire Universel de la langue française, avec le latin. Manuel de grammaire, d’orthographe et de néologie, 1800.

Jean-Charles Laveaux, Dictionnaire de la langue française, 1820.

Wailly, Nouveau vocabulaire français,1827.

Noël et Carpentier, dans leur Philologie française, ou Dictionnaire étymologique, critique, historique, anecdotique, littéraire, 1831.

François Raymond, Dictionnaire général de la langue française, 1832.

Félix Biscarrat, Manuel de la pureté du langage, 1835.

Dictionnaire de l’Académie, 1835.

Alain Rey Dictionnaire historique de la langue française, 2016.

Inscripcion

En mémoire de ma chère Sophie

Substantif féminin, du latin inscriptio, « action d’inscrire sur », « inscription ». Attesté dès 1444 (inscripcion), d’abord dans un sens juridique (« s’inscrire comme partie dans un procès ») puis, en 1509, dans le sens de « texte écrit ou gravé » (Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française).

Si le nom inscription est d’un usage courant et prestigieux au XVIIIe siècle, Rétif lui imprime un caractère tout à fait singulier, comme le souligne l’orthographe – conforme à la prononciation et aux principes de l’auteur du Glossographe – du titre du recueil qui devait constituer la septième annexe de Monsieur Nicolas : Mes Inscripcions.

Ce recueil, dont le manuscrit, conservé à la bibliothèque de l’Arsenal, a été publié une première fois en 1889 par Paul Cottin avant de faire l’objet d’une édition critique de référence par Pierre Testud en 2006, nous introduit au cœur de la création rétivienne. Daté de 1785, il se présente en effet comme le relevé commenté des 551 inscriptions lapidaires réalisées au cours des six années précédentes par Rétif lui-même sur les parapets de l’île Saint-Louis, à Paris. Mes Inscripcions nous donne ainsi accès à une pratique originale, à une forme de création littéraire insolite, étroitement liée au rituel intime d’un graphomane qui conjure dans et par l’écriture son angoisse de la mort.

Dans Rétif de La Bretonne et la création littéraire, Pierre Testud a souligné la valeur de cette pratique, sur laquelle Rétif revient dans plusieurs de ses œuvres – Monsieur Nicolas et Les Nuits de Paris notamment. Les dates inscrites dans la pierre cristallisent l’émotion – cette émotion qui se confond pour Rétif avec la vie même – que l’« inscripteur » (selon la formule de Pascal Quignard) éprouve alors et la garantissent de l’oubli :

« Le tour de cette île est devenu délicieux pour moi ! Tous les jours y sont inscrits sur la pierre : un mot, une lettre exprime la situation de mon âme. Voilà trois ans que cela dure. Lorsque je me promène seul, mes yeux tombent sur ces marques […] Je vis quatre fois dans un seul instant, au moment actuel et les trois années précédentes […] Et cette comparaison me fait vivre dans le temps passé comme dans le moment présent ! Elle empêche, renouvelée, la perte des années écoulées et qu’au bout d’un temps je ne sois étranger à moi-même. » (Rétif de La Bretonne, « 283e Nuit », Les Nuits de Paris, Honoré Champion, 2019, t. III, p. 1395-1396)

Dans cet exercice intime lié au besoin vital de se prémunir contre toutes les modalités de l’anéantissement, Pierre Testud voit l’origine même de la pratique littéraire de Rétif. C’est pour recueillir et commémorer ses dates, qu’il écrit ses premiers cahiers, comme il s’en explique dans Monsieur Nicolas :

« Mais les voilà, ces antiques cahiers, depuis quarante à quarante-cinq ans dépositaires fidèles de toutes mes pensées, écrites à mesure pour moi-même […]. J’avais pour but principal de me ménager des anniversaires, goût que j’ai eu toute ma vie, et qui sera sans doute le dernier qui s’éteindra. L’avenir est pour moi un gouffre profond, effrayant, que je n’ose sonder ; mais je fais comme les gens qui craignent l’eau ; j’y jette une pierre : c’est un événement qui m’arrive actuellement ; je l’écris, puis j’ajoute : « Que penserai-je dans un an, à pareil jour, à pareille heure ?… » Cette pensée me chatouille ; j’en suis le développement toute l’année ; et comme presque tous les jours sont des anniversaires de quelque trait noté, toutes les journées amènent une jouissance nouvelle. Je me dis : « M’y voilà donc, à cet avenir dont je n’aurais osé soulever le voile, quand je l’aurais pu ! il est présent ; je le vois ; tout à l’heure il sera le passé, comme le fait qui me paraissait l’annoncer ! ». Je savoure le présent, ensuite je me reporte vers le passé ; je jouis de ce qui est comme de ce qui n’est plus ; et si mon âme est dans une disposition convenable (ce qui n’arrive pas toujours), je jette dans l’avenir une nouvelle pierre, que le fleuve du temps doit, en s’écoulant, laisser à sec à son tour… Voilà quelle est la raison de mes dates, toujours exactes dans mes cahiers, et de celles que je fais encore tous les jours. » (Rétif de La Bretonne, Monsieur Nicolas, Pléiade, t. I, p. 480-481)

En orchestrant la confusion des époques, les dates accroissent la sensibilité de l’« inscripteur » qui les retrouve, tout en ménageant des contrepoints réconfortants : les souvenirs des moments heureux et la perspective de jours meilleurs illuminent les jours d’angoisse tandis que les souvenirs cruels exaltent le soulagement d’avoir survécu à tant de malheurs.

Mais cette passion commémorative, en gagnant, à la fin des années 1770, les parapets de l’Île Saint-Louis a pris assurément un nouveau cours. « Son » île, devient alors pour Rétif, comme le remarque Philippe Lejeune, « un grand cahier avec des tas de pages blanches, qui n’a ni début ni fin, et qu’on peut ouvrir n’importe où ». En s’y promenant quotidiennement, après-dîner, Rétif arpente sa propre histoire : le temps est devenu un territoire qui favorise la confusion des époques puisqu’« en tournant une rue, on monte ou on descend le temps, et sans doute vingt fois en cinq minutes » (Philippe Lejeune, « Archéologie de l’intime : Rétif de La Bretonne et son journal »).

La dispersion des dates sur les pierres de l’île favorise donc le rituel intime de Rétif : la volonté de conserver la trace des émotions présentes pour les revivre à la faveur de rencontres à la fois fortuites et planifiées. L’inscription lapidaire participe pleinement de la « liturgie intime destinée à exorciser la mort » (idem). Mais elle s’inscrit aussi, comme l’a montré Sophie Lefay dans une tradition de l’épigraphie urbaine, qu’elle mobilise et subvertit à la fois. La volonté d’inscrire en latin, sur la pierre, des dates importantes correspond en effet à une pratique antique, remise à l’honneur par Louis XIV à des fins de prestige. Rétif à son tour « monumente » (Vivant Denon) son histoire en l’inscrivant à même la capitale. Mais c’est une histoire intime qu’il livre au public et une histoire cryptée. Ses « inscripcions » sont « des hiéroglyphes, c’est-à-dire des signes à la fois sacrés et illisibles » (Sophie Lefay, L’Éloquence des pierres, p. 92) que seule la transcription dans Mes Inscripcions peut élucider :

« 29. 13 f. Nic. Fel. max (le 13 le plûs heureus des Hommes chez Nicolet). »

« 77. 9 jun. Turb. Infin (trouble incroyable) : je vois ensuite deux mots, mais effacés, & que je ne saurais lire. » (Rétif de La Bretonne, Mes Inscripcions, Éditions Manucius, 2006, p. 49 et 68)

Ces caractères sacrés « d’une puissance d’expressivité inédite » (Sophie Lefay, op. cit., p. 93), que Rétif embrasse et baigne de ses pleurs au gré de ses déambulations dans l’île Saint-Louis, ont le pouvoir d’abolir « la distinction entre le monde moral et l’univers physique : pour Rétif, l’inscription est la chose même, à travers sa forme matérielle » (idem). Ses amours, ses créations (celle de ses « contemporaines », dont la chronique envahit les parapets à partir de 1782) s’inscrivent dans la pierre de l’île qu’elles érotisent, l’enserrant dans un réseau intime (Sophie Lefay, « Ville et inscription chez Rétif de La Bretonne », p. 176). L’île gravée apparaît ainsi, à sa façon comme « un livre vivant », une « île-Rétif » (ibid., p. 184) qui cristallise de façon poétique toutes les passions de l’écrivain.

L’enchantement a pris fin en 1785 quand Rétif a découvert la fragilité de son sanctuaire – dont certaines pierres avaient été changées ou effacées – et quand la malveillance de son gendre Augé en est venue à troubler ses délicieuses promenades commémoratives. L’« inscripteur » a alors décidé de recueillir ses « inscripcions » et d’en donner l’histoire. Comme le souligne Philippe Lejeune, Mes Inscripcions « ne sont donc pas une « copie » des inscriptions réelles, mais une œuvre nouvelle qui opère, à partir d’elles, un renversement complet, passant de la dispersion spatiale à l’ordre chronologique, et de l’implicite à l’explicite » (Philippe Lejeune, art. cit.). Cette entreprise se prolongera insensiblement, à partir du 5 septembre 1785, par un journal intime que Rétif tiendra vraisemblablement jusqu’à sa mort.

L’auteur de Monsieur Nicolas avait envisagé de publier Mes Inscripcions en annexe de son autobiographie. On aurait pu y trouver, notamment, une variante de la reprise de la neuvième époque et de la passion pour Sara, volontairement brute, réduite à l’os. Une « preuve en soi par la pierre de Paris » (Sophie Lefay, L’Éloquence des pierres, p. 159).

À la façon d’une œuvre d’art – qui n’existe plus que dans l’imagination des lecteurs de Rétif – l’île Saint-Louis aux parapets incisés par l’écrivain nous fait pénétrer dans un sanctuaire magique – le laboratoire de la création rétivienne – et témoigne de sa capacité proprement géniale à s’approprier toute l’étendue non seulement des genres littéraires mais aussi des pratiques scripturaires de son temps dans une création que sa puissante originalité rend inoubliable.

Françoise Le Borgne

Bibliographie

  • Sophie Lefay, L’éloquence des pierres. Usages littéraires de l’inscription au XVIIIe siècle, Paris, Classiques Garnier, 2015, 359 p.
  • Sophie Lefay, « Ville et Inscription chez Rétif de La Bretonne », Études rétiviennes, n° 41, octobre 2009, p. 173-185.
  • Philippe Lejeune, « Archéologie de l’intime : Rétif de la Bretonne et son journal », dans Métamorphoses du journal personnel, Catherine Viollet et Marie-Françoise Lemonnier-Delpy éd., Louvain-la-Neuve (Belgique), Academia Bruylant, 2006, p. 11-28, version mise à jour en ligne : https://www.autopacte.org/R%E9tif.html
  • Pierre Testud, Rétif de La Bretonne et la création littéraire, Librairie Droz, Genève-Paris, 1977, 729 p.

Archive INA : Le Roy Ladurie à Sacy

Durant l’hiver 1976, l’historien Le Roy Ladurie se rendait à Sacy avec le documentariste Jean-Michel Meurice pour tourner une émission sur Rétif de La Bretonne. Rencontres avec les habitants de Sacy, lectures et analyses d’extraits de La Vie de mon père et de Monsieur Nicolas ponctuent ce beau documentaire qui revient sur l’enfance bourguignonne de l’écrivain et la vie paysanne au dix-huitième siècle.

Cette archive est à découvrir sur madelen, la chaine de l’INA.

Report du colloque « Casanova & Rétif de La Bretonne »

Le colloque « Casanova et Rétif de La Bretonne : lectures croisées », prévu les 1er et 2 avril 2021, est repoussé aux 23 et 24 septembre en raison de l’impossibilité d’organiser actuellement des manifestations en présentiel à la Maison de la Recherche de Sorbonne-université.

Conférence de Laurent Loty sur La Découverte australe

Dimanche 14 février, Laurent Loty était invité par Heiner Wittmann, journaliste aux éditions Klett-Cotta, à présenter La Découverte australe par un homme volant de Rétif de La Bretonne.

L’enregistrement de cette interview est disponible sur le blog de Heiner Wittmann : https://www.france-blog.info/la-litterature-francaise-i-restif-de-la-bretonne

Les Nuits de Paris in extenso

Appel à communication

Université Paul Valéry Montpellier 3

10 et 11 mars 2022

Colloque organisé par l’IRCL (Université Paul Valéry Montpellier 3 – UMR 5186 du CNRS), avec le soutien du CELIS (Université Clermont-Auvergne) et de la Société Rétif de La Bretonne

Comité d’organisation : Hélène Boons, Linda Gil, Françoise Le Borgne, Pierre Testud.

Comité scientifique : Hélène Boons, Michel Delon, Béatrice Ferrier, Linda Gil, Françoise Le Borgne, Franck Salaün, Magali Soulatges, Pierre Testud, Dominique Triaire.

La récente réédition de l’intégralité des Nuits de Paris par Pierre Testud aux éditions Champion renouvelle l’appréhension d’une série à la fois très connue et méconnue, souvent perçue comme un mélange d’anecdotes pittoresques, un témoignage sur la Révolution française, un document sur Rétif de La Bretonne, voire comme une informe rhapsodie. Envisageant la série dans son intégralité, Pierre Testud insiste sur la cohérence et les enjeux proprement littéraires d’une œuvre ambitieuse qui, à l’instar des Contemporaines et du Paysan-Paysanne pervertis qui l’ont précédée, se veut une œuvre totale. À partir des modèles que constituent les traditions des Mille et Une Nuits et des « spectateurs », Rétif fait des récits de son Hibou-Spectateur nocturne le lien entre des protagonistes – la marquise, du Hameauneuf, Fonthlète – qui permettent de penser une sociabilité nouvelle. Les choses vues, les réflexions philosophiques et morales, les contes s’enchaînent dans la succession des Nuits et de leurs suites. Rétif, sous la Révolution, reprend cette structure alors même que la place de l’écrivain qu’elle permettait d’affirmer se trouve violemment ébranlée. Ce sont ces dynamiques que la publication intégrale des Nuits de Paris vient mettre au jour et que le colloque de Montpellier pourra permettre d’analyser, dans le prolongement de la journée d’étude de 2018 consacrée aux Contemporaines.

Dans cette perspective il sera intéressant de revenir sur le projet et l’esthétique de la série, en questionnant les sources et les modèles dont s’inspire Rétif pour construire sa poétique de la déambulation nocturne et en analysant la composition narrative des Nuits : comment ces unités sont-elles désignées et structurées ? Qu’est-ce qui leur confère leur cohérence et leur variété kaléidoscopique ? Quel est le statut des instances narratives et des personnages qui les hantent ? Ce questionnement invite à envisager la singularité des Nuits de Paris au regard d’autres œuvres rétiviennes également offertes sous le signe de la totalité discontinue et à s’intéresser non seulement à la construction narrative des Nuits mais aussi à leur théâtralité et à la présence d’éléments insérés dans la trame du récit : histoires grecques, contes merveilleux, juvénales, pièce de théâtre, etc.

L’interprétation de cette totalité discontinue engage bien évidemment la question du projet de l’auteur, de sa cohérence et de son évolution entre le moment où Rétif ébauche le projet du Hibou, en 1776, et celui où il achève, presque vingt ans plus tard, La Semaine nocturne (1794). Quel statut et quel rôle revendique l’auteur à travers cette mise en scène de soi en « Hibou-spectateur nocturne » ? Quel projet moral et politique s’efforce-t-il de promouvoir ?

Par son ambition et la période charnière qu’elle couvre, la série se prête également à une étude sociopoétique interrogeant les représentations de la ville nocturne et de ses habitant.e.s mobilisées par Rétif. Par quels canaux sensoriels ces représentations sont-elles médiatisées ? Quelle topographie construisent-elles ? Comment expliquer la focalisation de l’attention sur la délinquance, la misère, les violences faites aux femmes et la prostitution ? Peut-on parler d’un « réalisme » des comptes-rendus du « hibou-spectateur-nocturne » ?

Enfin, on pourra également s’intéresser à l’édition des Nuits de Paris, aux choix typographiques et aux illustrations qui la caractérisent ainsi qu’à la postérité de l’œuvre (traductions, réécritures…).

Les actes du colloque seront publiés dans le n° 54 des Études rétiviennes (2022).

Les propositions (1000 signes environ) ainsi qu’une courte bio-bibliographie sont à adresser à linda.gil@univ-montp3.fr et francoise.le_borgne@uca.fr pour le 30 juin 2021.

Colloque « Casanova et Rétif de La Bretonne : lectures croisées »

Colloque organisé par Séverine Denieul, Jean-Christophe Igalens et Françoise Le Borgne avec soutien du CELLF (UMR 8599 du CNRS et de Sorbonne Université),du CELIS (EA 4280) de l’Université Clermont-Auvergne, du laboratoire FORELL de l’Université de Poitiers et de la Société Rétif de La Bretonne.

Faculté des Lettres de Sorbonne Université

1er et 2 avril 2021

Maison de la recherche, 28, rue Serpente, 75006 Paris

Amphi Georges Molinié (D035)

Jeudi 1er avril :

  • 14h 00 : Accueil des participants
  • 14h 15 : Introduction par les organisateurs du colloque

Session 1 : L’écriture de soi et ses enjeux

Présidence de séance : Michel Delon

  • 14h 30 : István Cseppentö (Université de Budapest) : « Le « pacte autobiographique » chez Rétif de La Bretonne et Casanova »
  • 15h 15 : Marilina Gianico (Université de Haute-Alsace), « Empêcher la nature de pleurer ? Le pathétique masculin dans Histoire de ma vie de Casanova et Monsieur Nicolas de Rétif de la Bretonne »
  • 16h 00 : pause
  • 16h 15 : Françoise Le Borgne (Université Clermont-Auvergne), « Sara et la Charpillon : écriture de la crise chez Rétif et Casanova »
  • 17h 00 : Jean-Christophe Igalens (Université Paris IV-Sorbonne), « La question du mépris dans l’Histoire de ma vie et Monsieur Nicolas »

Vendredi 2 avril :

Session 2 : le désir et la morale

Présidence de séance : Érik Leborgne

  • 9h 00 : Virginie Yvernault (Université Paris IV-Sorbonne), « Badinage « à l’obscur ». Variations sur le jeu de colin-maillard : Rétif et Casanova »
  • 9h 45 : Claude Klein (Société Rétif de La Bretonne), « Le discours autobiographique face à quelques situations incestueuses chez Rétif et Casanova »
  • 10h 30 : pause
  • 10h 45 : Raphaëlle Brin (Université de Kyoto) : « Erotisme et sérialité dans l’Histoire de ma vie et Monsieur Nicolas »
  • 11h 30 : Séverine Denieul (Université de Poitiers) : « Ambition morale et étude des mœurs chez Rétif et Casanova : deux précepteurs du genre humain ? »

Session 3 : Au-delà des deux autobiographies

Présidence de séance : Laurent Loty

  • 14h 00 : Françoise Tilkin (Université de Liège), « Les péritextes de l’Icosaméron et de La Découverte australe. Vérité et croyance : modalités et fonctions du ‘croire’ et du ‘faire croire’ »
  • 14h 45 : Stanisław Świtlik (Université Catholique de Lublin), « Voyage dans l’Ailleurs : épreuve ou aubaine pour le voyageur ? »
  • 15h 30 : Michel Delon (Université Paris IV-Sorbonne), « Catherine Rihoit et Chantal Talagrand, les deux romancières du couple Casanova-Rétif » 

Assemblée générale 2020

L’Assemblée générale de la société Rétif de La Bretonne aura lieu le samedi 26 septembre, de 16h à 18h, en visioconférence.

Pour participer à cette assemblée générale, il vous faut télécharger (gratuitement) le logiciel gratuit zoom puis cliquer un peu avant 16h sur le lien suivant : https://us02web.zoom.us/s/7806663418 

Ordre du jour :

– ouverture de la session par Nicole Masson, présidente

– présentation du rapport d’activité par Didier Gambert, secrétaire général

– présentation du rapport financier 2019 par Françoise Le Borgne, ancienne trésorière

– proclamation du bureau

– les Études rétiviennes n° 52 et 53

– projets : dossiers thématiques et colloque Casanova/Rétif

– publications nouvelles, publications en cours

– point sur les DVD des Nuits révolutionnaires

– questions diverses.

Si ce n’est déjà fait, pensez à régler votre cotisation !

Cotisation/abonnement à la revue : 30 €. Étudiant et demandeur d’emploi : 15 €. Membre bienfaiteur : 45 €. Membre donateur : 100 € ou plus. Institutions : 35 €. Libellez votre chèque à l’ordre de la Société Rétif de la Bretonne et adressez-le à la trésorière Sylvie VALET, « La Breviere », 7, chemin des Plaideurs, 60350 Saint Jean aux Bois.

De la satire à la juvénale : formes et enjeux de l’indignation chez Rétif de La Bretonne

Colloque international organisé par la Société Rétif de la Bretonne

avec le soutien du Centre d’Étude de la Langue et des Littératures Françaises (CELLF, CNRS-Sorbonne Université), du Laboratoire Interdisciplinaire d’étude du Politique Hannah Arendt (LIPHA, Université Paris-Est-Créteil), et de l’Équipe d’accueil Pouvoirs, Lettres et Normes (POLEN, Université d’Orléans)

Colloque dédié à Sophie Lefay (1965-2020)

Vendredi 25 et samedi 26 septembre 2020, par visioconférence

Vous pourrez vous connecter à partir de l’application zoom (téléchargeable gratuitement) en cliquant sur le lien suivant : https://us02web.zoom.us/s/7806663418

Lecture de textes de Rétif de la Bretonne par Christian Peythieu, acteur, auteur, metteur en scène.

Programme

Vendredi 25 septembre 2020

10h30 : Accueil dans la salle de réunion virtuelle de la visioconférence

De la satire au 18e siècle à la juvénale chez Rétif

Présidente de séance : Françoise Le Borgne (Université Clermont Auvergne)

10h40 : Sylvie Valet (Université Paris Est Créteil), « Nicolas Rétif : le Juvénal des Lumières ? »

            Lecture : « La Satire », Le Paysan et la Paysanne pervertis

11h30 : Nicole Masson (Société Rétif), « Le ton et la veine de Juvénal : réception des satiristes latins au XVIIIe siècle »

            Lecture : « Satyre, s. f. (Poésie) » (Encyclopédie)

12h20 : Claude Bénichou (Université Paris-Descartes, Université de Paris), « De la nuit du “jugement dernier” aux Ténèbres de Longchamp : gésine des Juvénales »

            Lecture : « Le maître, laquais ; & le laquais, maître » (Les Juvénales, 1779, d’Amable François Louis Le Breton de La Loutière)

­13h10-14h : pause repas

La genèse du projet des Juvénales

Présidente de séance : Claude Jaëcklé-Plunian (Société Rétif)

14h : Hélène Boons (Sorbonne nouvelle), « Sentiment ou indignation ? Le Spectateur nocturne en clair-obscur, des Juvénales aux Nuits de Paris »

Lecture : « Les bulles de savons » (Le Paysan et la Paysanne pervertis, LPPP), « L’Olympiade » (La Découverte australe), « Les Billets d’Avis » (Les Françaises), « La Mort » (LPPP)

14h50 : Morgane Muscat (Sorbonne Université), « De la “Ire juvénale” à la “Ire nuit” et de la rue Saint-Honoré à l’île Saint-Louis : mise à distance du regard satirique »

            Lecture : « Début du Spectateur nocturne. Ire Juvénale » (Le Paysan et de la Paysanne pervertis), « Première Nuit » (Les Nuits de Paris)

15h40 : pause

Railler ou espérer ?

Présidence de séance : Nicole Masson (Société Rétif)

16h : Yuki Ishida (Université de Tohoku, Japon), « La quête du bonheur et la lecture dans les Juvénales et Les Nuits de Paris »

            Lecture : « Le Bonheur » (Le Paysan et la Paysanne pervertis)

16h50 : Henri Portal (Sorbonne université), « Le Hibou persifleur. Railleries et sarcasmes dans les juvénales du Paysan et de la Paysanne pervertis de Rétif de la Bretonne »

            Lecture : « Le Tragique et le Comique », « Les Tapageurs », « La Satire », « La Sauterelle »

17h40 : David Coward (University of Leeds, Royaume-Uni), « Au-delà de l’utopisme : les Juvénales de Rétif »

            Lecture : « Début du Spectateur nocturne. Ire Juvénale » (Le Paysan et de la Paysanne pervertis), Immoralité de la génération présente (1789-98) (dans La Philosophie de Monsieur Nicolas)

Samedi 26 septembre 2020

L’insertion des Juvénales dans une œuvre

Présidente de séance : Laurence Macé (Université de Rouen)

11h : Claude Klein (Université de Strasbourg), « De l’Éros à l’ethos, l’insertion des Juvénales comme signature de l’auteur »

            Lecture : « Les Femmes » (Le Paysan et la Paysanne pervertis), « Immoralité de notre mariage et manière de la corriger » (La Philosophie de Monsieur Nicolas)

­12h40 : Laurent Loty (CNRS), « Les juvénales d’un Homme-singe et d’un Homme-de-nuit à l’origine d’un roman transformiste et progressiste »

            Lecture : La Lettre d’un Singe et La Séance chez une Amatrice (dans La Découverte australe)

13h-14h : pause repas

Des Juvénales aux Gilets jaunes, ou l’indignation de Rétif à nos jours

14h : Table ronde animée par Laurent Loty, avec les intervenants du colloque, Yana Grinshpun et Anne Régent-Susini (Sorbonne nouvelle, organisatrices du colloque international « L’indignation entre polémique et controverse », février 2019) et l’ensemble des présents au colloque

15h40 : pause

Le colloque sera suivi de l’Assemblée générale de la Société Rétif de la Bretonne

16h-18h : Assemblée générale de la Société Rétif de la Bretonne

De la satire à la Juvénale : formes et enjeux de l’indignation chez Rétif de la Bretonne – 25 et 26 septembre 2020

Ce colloque aura lieu en visio-conférence : le programme et le lien permettant l’accès direct au colloque seront accessibles depuis le site de la Société Rétif de la Bretonne, dans la rubrique « Colloques » (http://retifdelabretonne.net/category/colloques/).

Comité d’organisation : Hélène Boons, Claude Klein, Sophie Lefay (1965-2020), Laurent Loty, Sylvie Valet.

Avec le soutien de la Société Rétif de la Bretonne, de l’Université Paris-Est Créteil, de Sorbonne Université et de l’Université d’Orléans.

Contact : heleneboons@gmail.com