Assemblée générale 2020

L’Assemblée générale de la société Rétif de La Bretonne aura lieu le samedi 26 septembre, de 16h à 18h, en visioconférence.

Pour participer à cette assemblée générale, il vous faut télécharger (gratuitement) le logiciel gratuit zoom puis cliquer un peu avant 16h sur le lien suivant : https://us02web.zoom.us/s/7806663418 

Ordre du jour :

– ouverture de la session par Nicole Masson, présidente

– présentation du rapport d’activité par Didier Gambert, secrétaire général

– présentation du rapport financier 2019 par Françoise Le Borgne, ancienne trésorière

– proclamation du bureau

– les Études rétiviennes n° 52 et 53

– projets : dossiers thématiques et colloque Casanova/Rétif

– publications nouvelles, publications en cours

– point sur les DVD des Nuits révolutionnaires

– questions diverses.

Si ce n’est déjà fait, pensez à régler votre cotisation !

Cotisation/abonnement à la revue : 30 €. Étudiant et demandeur d’emploi : 15 €. Membre bienfaiteur : 45 €. Membre donateur : 100 € ou plus. Institutions : 35 €. Libellez votre chèque à l’ordre de la Société Rétif de la Bretonne et adressez-le à la trésorière Sylvie VALET, « La Breviere », 7, chemin des Plaideurs, 60350 Saint Jean aux Bois.

De la satire à la juvénale : formes et enjeux de l’indignation chez Rétif de La Bretonne

Colloque international organisé par la Société Rétif de la Bretonne

avec le soutien du Centre d’Étude de la Langue et des Littératures Françaises (CELLF, CNRS-Sorbonne Université), du Laboratoire Interdisciplinaire d’étude du Politique Hannah Arendt (LIPHA, Université Paris-Est-Créteil), et de l’Équipe d’accueil Pouvoirs, Lettres et Normes (POLEN, Université d’Orléans)

Colloque dédié à Sophie Lefay (1965-2020)

Vendredi 25 et samedi 26 septembre 2020, par visioconférence

Vous pourrez vous connecter à partir de l’application zoom (téléchargeable gratuitement) en cliquant sur le lien suivant : https://us02web.zoom.us/s/7806663418

Lecture de textes de Rétif de la Bretonne par Christian Peythieu, acteur, auteur, metteur en scène.

Programme

Vendredi 25 septembre 2020

10h30 : Accueil dans la salle de réunion virtuelle de la visioconférence

De la satire au 18e siècle à la juvénale chez Rétif

Présidente de séance : Françoise Le Borgne (Université Clermont Auvergne)

10h40 : Sylvie Valet (Université Paris Est Créteil), « Nicolas Rétif : le Juvénal des Lumières ? »

            Lecture : « La Satire », Le Paysan et la Paysanne pervertis

11h30 : Nicole Masson (Société Rétif), « Le ton et la veine de Juvénal : réception des satiristes latins au XVIIIe siècle »

            Lecture : « Satyre, s. f. (Poésie) » (Encyclopédie)

12h20 : Claude Bénichou (Université Paris-Descartes, Université de Paris), « De la nuit du “jugement dernier” aux Ténèbres de Longchamp : gésine des Juvénales »

            Lecture : « Le maître, laquais ; & le laquais, maître » (Les Juvénales, 1779, d’Amable François Louis Le Breton de La Loutière)

­13h10-14h : pause repas

La genèse du projet des Juvénales

Présidente de séance : Claude Jaëcklé-Plunian (Société Rétif)

14h : Hélène Boons (Sorbonne nouvelle), « Sentiment ou indignation ? Le Spectateur nocturne en clair-obscur, des Juvénales aux Nuits de Paris »

Lecture : « Les bulles de savons » (Le Paysan et la Paysanne pervertis, LPPP), « L’Olympiade » (La Découverte australe), « Les Billets d’Avis » (Les Françaises), « La Mort » (LPPP)

14h50 : Morgane Muscat (Sorbonne Université), « De la “Ire juvénale” à la “Ire nuit” et de la rue Saint-Honoré à l’île Saint-Louis : mise à distance du regard satirique »

            Lecture : « Début du Spectateur nocturne. Ire Juvénale » (Le Paysan et de la Paysanne pervertis), « Première Nuit » (Les Nuits de Paris)

15h40 : pause

Railler ou espérer ?

Présidence de séance : Nicole Masson (Société Rétif)

16h : Yuki Ishida (Université de Tohoku, Japon), « La quête du bonheur et la lecture dans les Juvénales et Les Nuits de Paris »

            Lecture : « Le Bonheur » (Le Paysan et la Paysanne pervertis)

16h50 : Henri Portal (Sorbonne université), « Le Hibou persifleur. Railleries et sarcasmes dans les juvénales du Paysan et de la Paysanne pervertis de Rétif de la Bretonne »

            Lecture : « Le Tragique et le Comique », « Les Tapageurs », « La Satire », « La Sauterelle »

17h40 : David Coward (University of Leeds, Royaume-Uni), « Au-delà de l’utopisme : les Juvénales de Rétif »

            Lecture : « Début du Spectateur nocturne. Ire Juvénale » (Le Paysan et de la Paysanne pervertis), Immoralité de la génération présente (1789-98) (dans La Philosophie de Monsieur Nicolas)

Samedi 26 septembre 2020

L’insertion des Juvénales dans une œuvre

Présidente de séance : Laurence Macé (Université de Rouen)

11h : Claude Klein (Université de Strasbourg), « De l’Éros à l’ethos, l’insertion des Juvénales comme signature de l’auteur »

            Lecture : « Les Femmes » (Le Paysan et la Paysanne pervertis), « Immoralité de notre mariage et manière de la corriger » (La Philosophie de Monsieur Nicolas)

­12h40 : Laurent Loty (CNRS), « Les juvénales d’un Homme-singe et d’un Homme-de-nuit à l’origine d’un roman transformiste et progressiste »

            Lecture : La Lettre d’un Singe et La Séance chez une Amatrice (dans La Découverte australe)

13h-14h : pause repas

Des Juvénales aux Gilets jaunes, ou l’indignation de Rétif à nos jours

14h : Table ronde animée par Laurent Loty, avec les intervenants du colloque, Yana Grinshpun et Anne Régent-Susini (Sorbonne nouvelle, organisatrices du colloque international « L’indignation entre polémique et controverse », février 2019) et l’ensemble des présents au colloque

15h40 : pause

Le colloque sera suivi de l’Assemblée générale de la Société Rétif de la Bretonne

16h-18h : Assemblée générale de la Société Rétif de la Bretonne

De la satire à la Juvénale : formes et enjeux de l’indignation chez Rétif de la Bretonne – 25 et 26 septembre 2020

Ce colloque aura lieu en visio-conférence : le programme et le lien permettant l’accès direct au colloque seront accessibles depuis le site de la Société Rétif de la Bretonne, dans la rubrique « Colloques » (http://retifdelabretonne.net/category/colloques/).

Comité d’organisation : Hélène Boons, Claude Klein, Sophie Lefay (1965-2020), Laurent Loty, Sylvie Valet.

Avec le soutien de la Société Rétif de la Bretonne, de l’Université Paris-Est Créteil, de Sorbonne Université et de l’Université d’Orléans.

Contact : heleneboons@gmail.com

Casanova et Rétif de La Bretonne : lectures croisées

Faculté des Lettres de Sorbonne Université – 1er et 2 avril 2021

Colloque organisé par Séverine Denieul, Jean-Christophe Igalens et Françoise Le Borgne avec le soutien du CELLF (UMR 8599 du CNRS et de Sorbonne Université), du CELIS (EA 4280) de l’Université Clermont-Auvergne et de la Société Rétif de La Bretonne.

Comité scientifique : Jean-Christophe Abramovici, Michel Delon, Erik Leborgne, Florence Lotterie, Pierre Testud.

Dans La Nuit de Varennes (1982), Ettore Scola met en scène Casanova et Rétif de La Bretonne sous l’aspect de deux vieillards complices, regrettant les plaisirs de leur jeunesse et témoins de la fin d’un monde, celui de l’Ancien Régime. Bien que cette rencontre n’ait pas eu lieu dans la réalité, elle fait sens à plus d’un titre. Casanova et Rétif ont beaucoup de choses en commun : tous deux polygraphes, ils ont transfiguré par le récit de soi leur trajectoire sociale et leurs aventures amoureuses tout en portant une attention originale à la peinture de certains milieux.

Comment ces deux œuvres contemporaines, toutes deux écrites dans le sillage des Confessions, s’éclairent-elles mutuellement ? L’ampleur des deux œuvres défie la comparaison, mais, à l’image de la démarche proposée par les journées « Casanova-Rousseau : lectures croisées » (juin 2016, Jean-Christophe Igalens et Erik Leborgne dir.), dont les actes viennent de paraître aux Presses Sorbonne Nouvelle, leur mise en regard permettra de faire émerger plusieurs enjeux qui intéressent l’étude socio-poétique et anthropologique des récits de soi, l’histoire des idées et des formes, la réflexion sur le tournant des Lumières. Ce colloque sera l’occasion de rassembler des spécialistes des deux auteurs dans le cadre de lectures croisées qui pourront interroger les points de jonction entre leurs pratiques littéraires et leurs stratégies respectives (polygraphie, opportunisme et/ou rapport conflictuel aux normes esthétiques et morales, valeur polémique et/ou compensatoire de la fiction, prise de positions par rapport aux Lumières…). Dans cette perspective, la comparaison de La Découverte australe (1781) de Rétif de La Bretonne et de l’Icosameron (1788) de Casanova, par exemple, serait tout à fait intéressante. Révélatrice du positionnement et des trajectoire de chacun des deux écrivains dans la République des lettres au tournant des Lumières, la pratique autobiographique dont témoignent Monsieur Nicolas (1797) et l’Histoire de ma vie (à laquelle Casanova travaille jusqu’à sa mort en 1798), appelle un questionnement spécifique portant notamment sur la construction d’un éthos auctorial, la légitimation de l’écriture de soi, l’articulation de l’ambition morale et de la confidence licencieuse, la composition du récit autobiographique et – au-delà du rapport au grand modèle que constitue Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau – les références qui permettent de penser et d’écrire l’histoire de sa vie au tournant des Lumières. Quelle relation Casanova et Rétif entretiennent-ils avec la vérité et comment la comprennent-il ? Qu’est-ce qui se joue, pour chacun d’eux, dans la recréation de soi et le rapport au lecteur ? 

Les propositions de communications sont à adresser avant le 4 septembre 2020 à Séverine Denieul (severine.denieul@univ-poitiers.fr), Jean-Christophe Igalens (jean-christophe.igalens@sorbonne-universite.fr) ou Françoise Le Borgne (francoise.le_borgne@uca.fr).

Quelles conditions pour la recherche à venir ?

Le monde de la recherche se mobilise actuellement contre la loi de programmation pluriannuelle de la recherche. Un grand nombre d’universités, de laboratoires et de revues sont en grève pour protester contre ce projet de loi qui, sous couvert de redonner à la recherche française de la visibilité, de la liberté et des moyens inquiète vivement la communauté universitaire.

En effet les rapports sur lesquels s’appuie le projet préconisent de renforcer le pilotage de la recherche et de concentrer le pouvoir et les moyens distribués sur appels à projets, justifiant l’orientation assumée par le PDG du CNRS qui prône une loi « inégalitaire » et « darwinienne ». Or le renforcement de la concurrence entre les structures de recherche, la généralisation de la précarité des personnels (en particulier des jeunes chercheurs) par le recours aux CDD et la remise en cause du statut d’enseignant-chercheur par la suppression du plafonnement des heures d’enseignement statutaires apparaissent comme autant d’atteintes aux conditions d’une recherche diverse et pérenne.

Le conseil d’administration de la Société Rétif de la Bretonne partage ces inquiétudes et tient à en informer les membres de l’association.

Publications 2015-2020

  • Bellemare, Alex, Mundus est fabula. L’imaginaire géographique dans la fiction utopique (XVIIe et XVIIIe siècles), thèse sous la direction de Jean-Pierre Sermain et Hugo Dionne, Université de la Sorbonne nouvelle (Sorbonne Paris Cité) et Université de Montréal, soutenue le 14 décembre 2017, 572 p. (sur Rétif, Restif ou Découverte australe : p. 13, 89, 104, 537, 544).
  • Boons, Hélène, « L’actualité retardée : poétique de l’après-coup chez Rétif de la Bretonne », Cahiers Sens public, n° 21-22, 2018/1, p. 153 à 174. 
  • Brucker, Nicolas, « Rédemption, régénération, révolution dans le cycle Paysan-paysanne pervertis de Rétif de la Bretonne », dans Daniel Attala et Violaine Rosiau (dir.), Chute et rédemption dans la littérature, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017, p. 179-195.
  • Corsi, Pietro, « Systèmes de la nature and Theories of Life : Bridging the Eighteenth and Nineteenth Centuries », Republics of letters. A journal for the Study of Knowledge, Politics, and the Arts, vol. 6, issue 1, 2018.
  • Halleux, Chanel de, Fanny de Beauharnais (1737-1813). Une hôtesse mondaine en quête de renommée littéraire, thèse dirigée par Valérie André et soutenue à l’Université Libre de Bruxelles le 19 décembre 2017, 284 p.
  • Imbroscio, Carmelina, « L’être dans le paraître. Morale libertine et séduction par la parure dans La Paysanne pervertie (1784) de Rétif de La Bretonne », dans « La Grâce de montrer son âme dans le vêtement ». Scrivere di tessuti, abiti, accessori. Studi in onore di Liana Nissim, tome I, Dal Quattrocento al Stettecento, a cura di Marco Modenesi, Maria Benedetta Collini, Francesca Paraboschi, Milano, Ledizioni, 2015, p. 229-238.
  • Kontogiani, Vassiliki, « Rhigas et Rétif. Quelques éléments complémentaires sur un rapport connu », Athènes, Revue O Eranistis, vol. 29, 2016, p. 133-172.
  • Laurence Mall, « Rétif de la Bretonne Nicolas Edme (1732-1806) », dans Michèle Gally (dir.), Le bonheur. Dictionnaire historique et critique, Paris, CNRS Éditions, 2019, p. 209-211.
  • Mall, Laurence, « Toutes pour la galerie : la série de portraits de femmes dans « Mon Calendrier » de Rétif », dans Marc Hersant et Catherine Ramond (dir.), Les portraits dans les récits factuels et fictionnels de l’époque classique, Leiden/Boston, Brill-Rodopi, 2019, p. 285-296.
  • Neumann, Martin, « Der Niedergang eines zivilisatorischen Modells ? Großstädtisches Leben in Paris bei Restif de la Bretonne », dans Gallotropismus und Zivilisationsmodelle im deutschsprachigen Raum (1660-1789)/Gallotropisme et modèles civilisationnels dans l’espace germanophone (1660-1789), hrsg. von Wolfgang Adam, Ruth Florack, Jean Mondot, Heidelberg, Winter, 2016, p. 71-91.
  • Pelckmans, Paul, « Bible », dans Bronislaw Baczko, Michel Porret, François Rosset (dir.), Dictionnaire critique de l’utopie des Lumières, Chêne-Bourg, Georg éditeur, 2016, p. 191-210 (sur Rétif, Un lapsus de Rétif », p. 208-209).
  • Pelckmans, Paul, « Les Secrets d’État des utopies », dans Françoise Gevrey, Alexis Lévrier et Bernard Teyssandier (dir.), Éthique, poétique et esthétique du secret de l’Ancien Régime à l’époque contemporaine, Leuven, Peeters, 2016, p. 65-79 (sur La Découverte australe, p. 75-79).
  • Rakotobe d’Alberto, Noro, « La diffusion des Lumières dans la littérature utopique du XVIIIe siècle à travers The Life and adventures of Peter Wilkins de Robert Paltock et La Découverte australe par un Homme volant de Restif de la Bretonne », dans Daniel Leuwers et Céline Malnoë (dir.), Les Eaux vives – Bulletin de l’AICL, 2015, p.15-33. 
  • Samzun, Patrick, Sexe, cosmos et utopie : Diderot, Rétif de La Bretonne et Fourier, Vincennes, Presses universitaires de Vincennes, 2018, 292 p.
  • Schapira, Nicolas, « Politique et littérature au village. Rétif de la Bretonne » dans Noro, Yasushi (dir.), GRIHL Dialogue entre Français et japonais autour de l’usage de la littérature, Tokyo, Yoshida publishing, 2017, p. 331-347.
  • Sert, Hugo, « Des talons entraperçus. Démarche féminine et pulsion scopique de Rétif à Hugo », Orages, n° 16, 2017, p. 197-214.
  • Wall-Romana, Christophe, « Arthur Rimbaud’s poem «H». A new exegesis through Restif de la Bretonne », dans French Studies Bulletin, XXXVIII, 143 (Summer ’17), p. 30-33.
  • Wyngaard, Amy S, « Rewriting the «Whorte’s Story» in Rétif’s «Palais-royal» », dans French Forum, XLI, 2016, p. 163-176.
  • Zagamé, Antonia, « L’essai-promenade, entre vagabondage de la pensée et disponibilité aux suggestions. L’exemple des Nuits de Paris de Rétif de La Bretonne (1788) », dans Promenade et flânerie. Vers une poétique de l’essai entre XVIIIe et XIXe siècle, études réunies et présentées par Guilhelm Farrugia, Pierre Loubier, Marie Parmentier, La Licorne, n° 124, 2017, p. 99-117.

Fictions mettant en scène Rétif de La Bretonne

  • Savy, Jacques, Qui a tué le hibou ?, Saint-Denis, Édilivre, 2016, 162 p.
  • Talagrand, Chantal, Mémoires d’oubli. Restif & Casanova. 1789-1798, Genève, Éditions Furor, 2018, 344 p.

Original

Employé comme adjectif, le mot est, dans les dictionnaires, défini par la négative : « Qui n’est d’après aucun modèle. On appelle pensée originale, une pensée neuve, et qui n’a été prise d’aucun auteur » (Dictionnaire de l’Académie, 1762). Nouveau Pygmalion, Gaudet entend façonner Ursule pour en faire la femme la plus en vue de Paris. Il lui commande de « suivre les modes, quelque extravagantes qu’elles paraissent », mais en les adaptant. « C’est par ce moyen que vous serez toujours neuve, toujours piquante, toujours originale, c’est-à-dire jamais imitatrice servile » (La Paysanne pervertie, lettre 98, p. 327). Le conseil du libertin s’applique aussi à la création littéraire rétivienne. À l’affut des modes littéraires, mais soucieux de se distinguer par l’innovation formelle, Rétif revendique, dans un discours péritextuel ostensiblement racoleur, la radicale nouveauté de ses ouvrages. Ainsi des « tableaux nocturnes » de Paris, présentés par l’éditeur comme « les plus curieux qui aient jamais existé ». (Les Nuits de Paris, préface, p. 619).

Un « morceau original » (Les Françaises, I, Les Filles, « La Fille d’esprit », p. 201) se distingue de la copie, toujours suspecte d’erreur ou de falsification. Il porte la marque de l’authenticité. Dans La Vie de mon Père, le grand-père Pierre Rétif se joue de ses voisins gentilshommes en fabriquant de faux parchemins attestant ses nobles origines. Le narrateur transcrit « ce morceau vraiment original » (La Vie de mon père, p. 136). L’adjectif, employé dans le sens d’authentique, doit se comprendre dans un sens ironique. Le narrateur se moque de la valeur unanimement accordée aux titres d’inféodation, d’ailleurs à l’époque souvent contrefaits, et raille la naïveté du public en la matière. Il donne a posteriori au lecteur une précieuse clé : le récit qu’on vient de lire n’est pas à prendre au pied de la lettre. C’est, ni plus ni moins que la « Généalogie des Restifs », un « morceau vraiment original ». L’adjectif problématise la question de la fiction littéraire jusque dans son expression autobiographique.

Employé comme substantif, original désigne la forme première d’un acte juridique, d’un tableau, d’un texte. Rétif recourt fréquemment à la tournure l’original de …, par exemple dans Les Contemporaines, où il est question de « l’original du tableau » (Les Contemporaines, 188e nouvelle, « La Gouverneuse »). Dans La Paysanne pervertie, Laure envoie à Ursule la copie d’une lettre de Lagouache. « Je garde l’original, pour le montrer à M. Gaudet » (La Paysanne pervertie, lettre 91, p. 298). La leçon se veut formellement exacte : elle conserve la « belle orthographe » de Lagouache, de type phonétique. C’est une copie d’après ou sur l’original. L’expression s’emploie de même pour la traduction. À propos de la traduction du Fin Matois, ou Histoire du Grand Taquin (d’après Quevedo), publiée en 1776, Rétif écrit : « Cette traduction fut faite en société avec M. d’Hermilly, censeur royal ; je corrigeai la traduction d’après l’original […] » (Mes Ouvrages, dans Monsieur Nicolas, II, p. 911) ; et dans la VIe Époque : « je consentis à l’imprimer à condition qu’il [d’Hermilly] me prêterait l’original et qu’il m’aiderait à rectifier tout ce que je n’entendais pas. Je puis dire que je refis toute cette traduction sur l’original » (Monsieur Nicolas, II, p. 247-248).

Le substantif, quand il désigne une personne, s’emploie en mauvaise part. « On dit par raillerie d’un homme qui est singulier en quelque chose de ridicule, que c’est un original, un vrai original, un franc original » (Dictionnaire de l’Académie, 1762). Rétif partage parfois cette acception négative. Dans La Mimographe, on lit, en écho à une critique formulée par Rousseau dans la Lettre à D’Alembert sur les spectacles, que dans la comédie « le jeu de l’acteur n’est propre qu’à rendre charmant un original vicieux » (p. 92). Mais en règle générale l’original prend sous la plume de Rétif un sens positif. Dans Les Nuits de Paris, il sert à désigner Du Hameauneuf, dont le modèle serait un certain « M. de Vllnv [Villeneuve] » (Monsieur Nicolas, IXe Epoque, II, p. 369), un avocat au Parlement que Rétif aurait rencontré chez Butel-Dumont ou chez La Reynière, et qui hante les cafés. Comment ne pas songer au Neveu de Rameau ?

Du Hameauneuf accompagne le Spectateur nocturne, surtout à partir du volume X des Nuits. Le narrateur évoque « la singularité de son caractère » (Les Nuits de Paris, 243e nuit, « La mendiante à l’enfant », p. 1259). « Un original se présente à ma vue, un vieux manteau rouge, un petit chapeau sur une frisure touffue ». (Les Nuits de Paris, 56e nuit, « Suite. L’escalier », p. 346). Il prêche la morale naturelle, invoque le modèle des Othomacos, tribu des rives de l’Orénoque, et défend l’idée du mariage. Il imagine un règlement pour conduire les jeunes gens et s’assurer de la régularité de leurs mœurs. La singularité du personnage se reflète dans la singularité de ses idées, et qu’illustrent les –graphes de Rétif.

Dans la 12e partie, il est à nouveau introduit sous la dénomination d’original. « On sait que c’était un original : il lui était passé par la tête de se survivre à lui-même, et de savoir comment tout s’arrangerait, après sa mort » (Les Nuits de Paris, 316e nuit, « Résurrection de… Le mort supposé », p. 1511). En se faisant passer pour mort, Du Hameauneuf se ménage un poste d’observation privilégié sur le monde qui l’entoure. L’attitude, symétriquement inverse de celle de Fonlhète dans Les Posthumes, fait écho au fantasme rétivien d’ubiquité, et à l’aspiration à se survivre par son œuvre, que la fiction éditoriale anticipe en présentant l’auteur comme déjà mort (dans Les Contemporaines notamment). Dans la suite du passage, il est désigné par l’appellatif « l’Original » : le déterminant défini et la majuscule font de la qualité une essence. La singularité n’est plus accidentelle : elle est essentielle. Elle perd alors toute connotation péjorative.

On ne devient original que par le jugement d’autrui. Le Spectateur nocturne est ainsi vu comme un original. « Vous me paraissez original ! », lui lâche le « polygyne », que le Hibou s’attachait à observer (Les Nuits de Paris, 82e nuit, p. 537). Ce même jugement atteint Rétif dès son vivant. On parle communément de « l’original Rétif », pour signifier non le génie créateur, mais l’extravagance et le mauvais goût (Le Borgne, p. 350). Cette mise au banc du monde des lettres affranchit Rétif de toute obligation à se conformer aux normes esthétiques et aux usages rhétoriques de son temps. Il gagne en indépendance ce qu’il perd en légitimité. Il en vient à revendiquer son statut d’auteur original, soucieux de vérité et d’authenticité, et assumant pleinement la part de fantaisie et l’inspiration populaire de sa création.

Nicolas Brucker

Bibliographie

Œuvres de Rétif

La Mimographe, ou Idées d’une honnête femme pour la réformation du théâtre national, 1770.

La Paysanne pervertie, ou les dangers de la ville, éd. B. Didier, Paris, GF-Flammarion, 1972.

La Vie de mon père, éd. D. Baruch, Paris, Robert Laffont, Bouquins, 2002.

Les Contemporaines, éd. P. Testud, Paris, Honoré Champion, 2014-2018.

Les Françaises, ou XXXIV exemples choisis dans les mœurs actuelles, 1786.

Les Nuits de Paris, éd. P. Testud, Paris, Honoré Champion, 2019.

Monsieur Nicolas, éd. P. Testud, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1989.

Études

Françoise Le Borgne, Rétif de la Bretonne et la crise des genres littéraires (1767-1797), Paris, Honoré Champion, 2011.

Roland Mortier, L’Originalité. Une nouvelle catégorie esthétique au siècle des Lumières, Genève, Droz, 1982.

Pierre Testud, Rétif de la Bretonne et la Création littéraire, Genève, Droz, 1977.

Parangon

« PARANGON n. m. emprunté (XIIIe s.) à l’italien paragone, antérieurement paragono (fin XIIIe s.) « pierre de touche », « modèle » (1516) et « comparaison » (déb. XVIe s.) » (Dictionnaire historique de la langue française, 1993). Le terme PARANGON est qualifié par Furetière, en 1681, de « vieux mot qui désignait autrefois une chose excellente et hors de comparaison », mais en tant que « terme d’imprimerie. C’est la seconde grosseur des caractères d’imprimerie après le gros canon et le petit canon. » Le premier sens est encore attesté dans le Dictionnaire de l’Académie de 1762, mais sous une forme plus générique de « Modèle, patron, Parangon de beauté, de Chevalerie, il est vieux. », tandis que le second sens subsiste et se précise : « Terme d’imprimerie. Caractère d’imprimerie qui est entre la Palestine & le petit canon. Il y a le gros Parangon et le petit Parangon. »

L’usage du substantif pris au premier sens tend à s’affaiblir au XVIIIe siècle, puisqu’on lit en 1788 dans le Dictionnaire critique de J.-F. Féraud, qu’« on ne le dit plus que dans le burlesque, ou le satirique ». La notion d’excellence subsiste toutefois, jusque dans les éditions récentes du Dictionnaire de l’Académie, avec, souvent, cette nuance d’ironie, comme dans l’expression « parangon de vertu ». La particularité de la démarche de Rétif a été de transférer la première signification au sens 2, en attribuant, à un caractère typographique particulier, les vertus esthétiques et morales du premier sens, pour caractériser un personnage.

Le substantif devient en effet chez Rétif un nom propre attribué par l’auteur, dès 1775, au maître d’apprentissage du jeune Edmond dans le Paysan perverti. C’est dans ce roman que Madame Parangon apparaît dans l’œuvre de Rétif, en tant qu’épouse du peintre chez lequel le jeune Edmond va entrer en apprentissage. Là d’autre personnages (Manon Palestine, Mme Canon, M. Trismégiste) portent aussi des noms de caractères d’imprimerie. Alors que M. Parangon apparaît comme un personnage odieux et brutal, Mme Parangon est décrite comme un être sensible. Dans La Paysanne pervertie (1785) elle est aussi l’un des personnages principaux, en tant que confidente et correspondante d’Ursule, la sœur d’Edmond. Opposée au moine libertin Gaudet d’Arras, elle s’élève contre ses thèses. L’apparition de Colette Parangon dans ces romans nous mène sur la trace du développement de l’intime chez notre écrivain. Cette figure connaît en effet une amplification exceptionnelle dans Monsieur Nicolas, puisque Rétif situe alors la rencontre avec cette bonne fée dès son enfance, à Sacy, et qu’il s’attribue une bonne partie des relations d’Edmond avec elle.

Dans Monsieur Nicolas (1796) la biographie du personnage de fiction est en effet élargie, de sorte que la rencontre se fait dès l’enfance, dans le village de Sacy, sous le signe de l’innocence. Le premier trait de son amour pour cette femme résulte effectivement de sa pureté ; vierge, bien qu’elle soit mère de plusieurs enfants, mais victime d’une tentative de viol supposée de la part du narrateur, elle devient une référence morale qui joue un rôle déterminant dans sa vie. Le rapport du patronyme avec l’imprimerie s’éclaircit, puisque Rétif décrit son apprentissage de typographe à Auxerre (1751-1755) en gardant les noms issus du roman d’Edmond. La veine autobiographique est particulièrement développée dans Le Drame de la Vie, contenant un homme tout entier (1792). Cette « véritable autobiographie dramatique » (Jean Goldzink, 1991) est constituée de dix drames et confère à cette femme une place constitutive pour l’identité du héros, puisqu’elle apparaît dans le premier « Acte des Ombres » et que la « Première pièce régulière » qui suit, est intitulée « Madame Parangon ou le pouvoir de la vertu. »

Etant donné sa beauté, sa sensibilité et sa situation sociale plus élevée, Mme Parangon incarne une image idéale de la femme et personnifie ce qu’exprime son patronyme dans Le Paysan perverti, à savoir d’être le modèle, l’archétype de toute projection amoureuse. Le lien avec l’intime résulte des particularités de l‘imagination rétivienne ; pour Pierre Testud ce personnage est même « Le premier exemple qui s’impose » (p. 134), si l’on veut observer comment la réalité devient chez Rétif « la source de plusieurs développements imaginaires » (p. 134). Ceci résulte du fait que « La donnée initiale est ici une donnée autobiographique, douée d’une forte valeur émotionnelle » (Ibid.). Mme Parangon incarne les rêves issus de l’adolescence de l’auteur, lorsqu’il était apprenti typographe chez l’imprimeur Fournier à Auxerre. Elle apparaît aussi de façon plus ou moins masquée dans d’autres romans dont Le Quadragénaire (1777) et La Malédiction paternelle (1780), mais elle inspire surtout de multiples variations, sous différentes identités dans les nouvelles, notamment dans Les Contemporaines (1779-1785 ; la 107e « La femme tardive ou la dernière aventure d’une femme de quarante ans ») et dans Les Provinciales (1795) la 99e « Dijonaise violée pour son amie, enfin reconnue » (vol. III, p. 725 à 730). Elle inspire plus furtivement d’autres épisodes faisant allusion à la biographie de l’auteur, comme dans Les Contemporaines par gradation (1785) « La Belle Imprimeuse ou la femme longtemps désirée », une nouvelle dans laquelle tous les personnages portent des noms de caractères typographiques, le vocabulaire de l’imprimerie étant détourné, sous une forme ludique, vers une fête des mots.   

L’importance intime de Mme Parangon est liée au fait que son patronyme fictif s’inscrit dans le contexte de l’imprimerie. Ceci nous renvoie à la fois à la formation de Rétif et au dispositif langagier qu’il met en œuvre pour assigner une place particulière aux signes, en tant que traces de l’origine. En effet, l’autobiographie nous révèle la rivalité entre l’auteur et l’imprimeur Fournier. Or le substantif Parangon désigne des gros caractères d’imprimerie et c’est par un processus métonymique qu’il applique ce patronyme à l’imprimeur. Ce mouvement d’attribution est d’autant plus justifié que, durant cette période d’expansion du livre, l’un des frères de l’imprimeur d’Auxerre, Pierre-Simon Fournier, a contribué à Paris, à la rénovation de la typographie par son grand ouvrage, le Manuel typographique utile aux gens de lettres et à ceux qui exercent les différentes parties de l’imprimerie (1764-1766). Le contexte de l’imprimerie produit une surdétermination de la rencontre et, d’un point de vue psychanalytique, un phénomène de condensation à partir du vocabulaire typographique, puisque Marguerite Collet, épouse de l’imprimeur François Fournier, devient Colette Parangon.

Si pour Rétif « l’histoire réelle de Mme Parangon est un fonds inépuisable pour son imagination » (P. Testud, p. 140) c’est notamment à cause du lien intime qu’il établit au moyen de ce patronyme. Comme l’écrit Gisèle Berkman « tout se joue ici dans un transfert de traces, support d’une archéologie fabuleuse de soi. De la trace de pas au pied, du pied à la chaussure. » (G. Berkman, p. 406) car, « le « fétiche » rétivien est ce qui fait écrire, mais aussi ce qui, érigé en monument, acquiert une valeur de relique. » (p. 407) Ainsi s’explique que le scripteur de l’autobiographie trace, dans la chaussure de Mme Parangon, une déclaration d’amour qui s’imprimera sous ses pieds, mais aussi que cette femme reste un flambeau qui lui indique la voie. Les multiples variations, dans les récits où elle apparaît, permettent ainsi de vivifier sa mémoire, parce qu’elle a inspiré l’écrivain et a validé sa vocation, de sorte que ces épisodes fonctionnent, à la fois comme un gage de fidélité et comme un retour vers cette source. Ce sont même les caractères d’imprimerie qui donnent corps aux fictions qu’elle a insufflées. Ceci nous fournit une idée de la vertigineuse recherche imagée née de cette rencontre.

Claude Klein

Bibliographie :

Rétif de la Bretonne, Le Paysan et la Paysanne pervertis, éd. établie par Pierre Testud, Paris, Éditions Honoré coll.  « L’Âge des Lumières », Champion 2016, deux vol. de 1462 pages continues.

Rétif de la Bretonne, Monsieur Nicolas ou le cœur humain dévoilé, éd. établie par Pierre Testud, Paris, Gallimard, coll. « Pléiade », 1989, deux vol.

Rétif de la Bretonne, Le Drame de la vie, contenant Un homme tout entier, Préface de Jean Goldzink, Paris, Imprimerie nationale, coll. « Le spectateur français », 1991, p. 7-34.

Rétif de la Bretonne, Les Contemporaines, ou aventures de plus jolies femmes de l’âge présent, éd. critique établie par Pierre Testud, Honoré Champion, coll. « L’âge des Lumières », Paris 2014-2017, dix vol.

Gisèle Berkman, Filiation, origine, fantasme. Les voies de l’individuation dans Monsieur Nicolas ou le cœur humain dévoilé de Rétif de la Bretonne, Paris, H. Champion, 2006.

Claude Klein, « Madame Parangon, un modèle pour l’inscription de la lettre », Études rétiviennes, n°47, 2015, p. 77-80.

Pierre Testud, Rétif de la Bretonne et la création littéraire, Genève-Paris, Droz, 1977.

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