Romantique

Vraisemblablement issu du latin moderne romanticus (XVe siècle) ou forgé directement sur l’ancien français romant, romaunt (roman), cet adjectif apparaît dans la langue française au XVIIe siècle, via un emprunt à l’anglais romantic, comme synonyme de romanesque.

Les occurrences de l’adjectif « romantique » sont limitées dans l’œuvre de Rétif : on en dénombre une dizaine, toutes postérieures à 1784-1785 et, donc, à la parution des Rêveries du promeneur solitaire (1782) de Rousseau, qui avait remis le terme à l’honneur avec sa description des rives du lac de Bienne, « plus sauvages et romantiques que celles du lac de Genève, parce que les rochers et les bois y bordent l’eau de plus près » (« Cinquième promenade », Œuvres complètes, Pléiade, 1959, t. I, p. 1041). Rétif, pour sa part, n’utilise pas le terme dans cette acception paysagère, déjà définie par le marquis de Girardin dans De la Composition des paysages (1777) comme l’expression d’un pittoresque qui plaît aux yeux et à l’âme. Dans un tout autre contexte, la compréhension rétivienne du terme renvoie néanmoins à cet imaginaire chevaleresque qui le dispute à la référence arcadienne dans la réhabilitation du terme, comme le rappelle Mercier dans sa Néologie (1801) :

La Suisse abonde en points de vue Romantiques : je les ai bien savourés. Une forêt Romantique (celle de Fontainebleau) ; un vieux château Romantique (celui de Marcoussis). Je salue tout ce qui est Romantique avec une sorte d’enthousiasme. (« Romantique », Néologie, Belin, 2009, p. 388-389)

La connotation très positive donnée à cette référence chevaleresque idéalisée annonce le sens que Schlegel attribuera en 1804 à l’adjectif (romantisch) comme « propre aux œuvres littéraires inspirées de la chevalerie et du christianisme médiéval » (Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française) sens qui sera popularisé en France par Madame de Staël puis Victor Hugo (préface des Odes et Ballades) avec le succès que l’on sait.

L’adjectif romantique exprime une aspiration très profonde chez Rétif : l’affirmation d’une distinction qui passe par le refus de la vulgarité du quotidien au profit d’une réalité sublimée par un imaginaire littéraire chevaleresque. Est pour lui romantique l’épanchement de la rêverie littéraire – celle qui a marqué ses années de jeunesse – dans la réalité ; épanchement qui féconde cette réalité banale et la rend inspirante pour l’écrivain. L’auteur de Monsieur Nicolas évoque ainsi, dans la « Neuvième époque », devant la comtesse d’Argenson, ses « intrigues romantiques » (Monsieur Nicolas (1797), Pléiade, 1989, t. II, p. 417) telles qu’il les dévoilera dans « Mon Calendrier » avec leur cohorte d’amours impossibles, de filles retrouvées, d’effusions sentimentales et de moments délicieux.

Mais c’est la « Quatrième époque » de Monsieur Nicolas, celle des idylles auxerroises, qui s’avère la plus romantique, parce que Nicolas y découvre simultanément la littérature héroïque et l’amour. Ce thème propice à la dérision, traité avec brio par Marivaux, Rétif l’aborde avec délicatesse, tant la qualité romantique de ces premières amours lui est chère. Il se dépeint ainsi jeune homme, vantant à Manon Prudhot le « charme romantique » de ses lectures pour préserver le plaisir d’une conversation qui dérive dangereusement vers les marais du réalisme bourgeois (Monsieur Nicolas, t. I, p. 386-387) et, surtout, entrant de plain pied dans l’absolu à la faveur de sa première passion. Au matin du 8 décembre 1752, il gèle et Nicolas, qui est resté lire Le Cid au coin du feu, est surpris par Madame Parangon, qui rentre de vêpres particulièrement élégante mais transie. L’apprenti l’installe dans un fauteuil, tombe à ses genoux, la déchausse pour lui permettre de réchauffer ses pieds et engage avec elle une conversation où, tout en parlant de Rodrigue et Chimène, il lui avoue son amour. « Ce jour, écrit Rétif, fut un des plus beaux de ma vie, le plus heureux, le plus romantique peut-être » (Monsieur Nicolas, t. I, p. 485). Cette entrevue privilégiée avec Madame Parangon, en effet, s’inscrit dans la parfaite continuité de la rêverie chevaleresque suscitée par la pièce de Corneille ; elle contribue à une forme de révélation de soi qui permet à Nicolas d’actualiser, au cœur même de la maison bourgeoise de son maître, l’imaginaire héroïque et galant du Grand Siècle. Cet imaginaire romantique, qu’entretiennent également les romans de Madame de Villedieu et Les Illustres Françaises (1713) de Robert Challe (Monsieur Nicolas, t. II, p. 66), possède un pouvoir d’enchantement que confirment le goût de Rétif pour l’expression « charme romantique » (Monsieur Nicolas, t. II, p. 66 et p. 188 ; Les Nuits de Paris, t. 5, 209e) ainsi que l’association des termes « romantique », « plaisir » (Monsieur Nicolas, t. I, p. 387), « délicieu[x] » (Monsieur Nicolas, t. II, p. 188 ) et « regretté […] » (Monsieur Nicolas, t. II, p. 328).

Dans Les Posthumes (1802), Rétif inverse le processus : la « Merveilleuse histoire de Jean-Jacob, duc Multipliandre » laisse libre cours aux fantasmes et aux souvenirs magnifiés de l’auteur, qui se déploient dans un univers de fantaisie enchantée jugée « plus extraordinaire, quoique plus dans la vraisemblance romantique, que les Mille et une Nuits » (« éclaircissements », Les Posthumes, Duchêne, 1802, t. I, p. 6). Cette vraisemblance romantique désigne de manière fugace le singulier romanesque (voir ce mot) d’une œuvre qui, tout en se délectant de l’affabulation et du merveilleux, affirme son origine personnelle, gage d’intérêt et de moralité puisque « la vraie morale consiste à travailler au bonheur des Hommes » (« Préface », Les Posthumes, t. I, np). Cet ancrage passionnel du récit, qui le rend susceptible d’éveiller l’émotion et la réflexion du lecteur, fait ainsi converger romantique et romanesque.

Françoise Le Borgne et Pierre Testud

Bibliographie

– Louis-Sébastien Mercier, « Romantique », Néologie (1801), Paris, Belin, 2009, p. 388-389.

– Marcel Raymond, Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire (1782), dans Œuvres complètes, Paris, 1959, t. I, note 3 de la p. 1040, p. 1793-1795.

– Alain Rey, « Romantique », Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Dictionnaires Le Robert, 1995, t. II, p. 1827-1828.

– Pierre Testud, Nicolas Rétif de La Bretonne, Monsieur Nicolas (1797), Paris, Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 1989, t. I, note 3 de la p. 387.

Romanesque

Attesté une fois au XVIe siècle, cet adjectif devient à la mode au siècle suivant sous l’influence de l’italien romanesco. « Il qualifie ce qui est merveilleux comme les aventures de roman, une personne exaltée et le genre de sentiments qu’elle a (1628) » (Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française). Ce romanesque, caractéristique des grands romans héroïques et galants du XVIIe siècle, se voit progressivement disqualifié comme en atteste, en 1690, le Dictionnaire universel de Furetière, qui le présente péjorativement comme « extraordinaire et peu vraisemblable ».

Les nombreuses occurrences du mot dans l’œuvre de Rétif, témoignent du rapport ambivalent que celui-ci entretient avec cette tradition romanesque « baroque », discréditée au siècle des Lumières pour son invraisemblance alors même qu’elle se pérennise à travers de grandes sommes telles que Cleveland (1731-1739) de l’abbé Prévost ou Le Paysan et la paysanne pervertis (1787) de Rétif lui-même.

Sur le terrain esthétique, le romanesque est condamné par Rétif comme incompatible avec son projet de peindre la réalité des mœurs contemporaines et de dévoiler le cœur humain dans son intégralité. Dans les commentaires des Contemporaines (1780-1785) insérés dans les Nuits de Paris (1788-1794), l’auteur loue ainsi à plusieurs reprises la véracité de ses nouvelles, source d’un intérêt bien supérieur à celui de fictions romanesques (t. 7, 350e et 357e Nuits) et l’on connaît sa fameuse adresse au lecteur, reprise dans Monsieur Nicolas (1797) :

Je suis un livre vivant, ô mon lecteur, lisez-moi, souffrez mes longueurs, mes calmes, mes journaux, mes inégalités ; songez, pour vous y encourager, que vous voyez la nature, la vérité destituée de tous les ornements romanesques du mensonge ! (La Dernière Aventure d’un homme de quarante-cinq ans [1783], Champion, 2007, p. 65).

Mais le romanesque, officiellement méprisé, est remis à l’honneur dans la caractérisation des héros rétiviens car l’exaltation ainsi désignée est l’apanage de la passion amoureuse et de la jeunesse comme le montre l’exemple de Dorfeuil, qui, dans « l’âge romanesque » (Les Nuits de Paris, t. 3, 84e Nuit), « était parti d’Europe dans le double dessein de s’enrichir et de trouver un asile, dans un coin du globe, où il pût vivre heureux avec sa vertueuse amante. Ses vues étaient alors absolument romanesques, et telles que les ont toujours les amants, lorsqu’ils quittent une maîtresse adorée au plus fort de l’ivresse » (Les Nuits de Paris, t. 2, 82e Nuit). Cet état d’esprit est celui que Rétif qualifie par ailleurs de « romantique » (voir ce mot) et qui donne le ton de sa propre jeunesse. Or ce « cœur romanesque » (t. 7, 380e Nuit) et cette « imagination romanesque », entretenue par la lecture des romans de Madame Villedieu (Monsieur Nicolas, Pléiade, 1989, t. I, p. 322), s’avèrent étroitement liés à sa vocation d’écrivain. L’auteur des Nuits de Paris rapporte ainsi une prédiction de Madame Parangon, proférée le 12 mars 1753, le lendemain de la mort de Madelon Baron : « Si votre esprit, avec sa tournure romanesque et la sensibilité de votre cœur, était jamais assez cultivé pour que vous écrivissiez, vous auriez des lecteurs enthousiastes ! » (t. 4, 139e Nuit).

Condamné pour son caractère artificiel et gratuit, le romanesque apparaît donc malgré tout comme une source d’inspiration féconde parce qu’il mobilise les ressorts les plus puissants du cœur et de l’imagination et anoblit les événements du quotidien, comme le souligne l’enchaînement des propositions que se formule le jeune auteur Ducotore après sa rencontre avec Célimène Grandval, fille d’un grand acteur de province, au Café du Parnasse dans « La Femme d’Auteur » :

Voilà une singulière rencontre !… Oui, elle est romanesque !… Très romanesque, c’est-à-dire intéressante ! (Les Contemporaines, vol. 39, 246e).

En dépit de ses dénégations, Rétif met abondamment à profit cette formule, non seulement dans ses romans mais dans l’ensemble de son œuvre, y compris autobiographique puisque le romanesque est le prisme à travers lequel il vit et décrit du même geste les péripéties de son existence.

Françoise Le Borgne et Pierre Testud

Bibliographie

– Henri Coulet, Le Roman jusqu’à la Révolution (1967), Paris, Armand Colin, 2000, 523 p.

– Françoise Le Borgne, Rétif de La Bretonne et la crise des genres littéraires (1767-1797), Paris, Champion, 2011, 553 p.

– Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Le Robert, 1992, éd. enrichie, 1995, 1998, nouvelle éd. 2010, éd. augmentée, 2016.

– Pierre Testud, introduction, chronologie, note bibliographique, notes, notices, index et tables de Nicolas Rétif de La Bretonne, Monsieur Nicolas (1797), Paris, Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 1989, 2 vol.

– Pierre Testud, Rétif de La Bretonne et la Création littéraire, Genève, Droz, 1977, 729 p.

Sot

(Une personne qui a peu de jugement, peu d’intelligence, attesté depuis le XIIe siècle.) Faisant partie du vocabulaire à la mode depuis Molière, le substantif, comme l’adjectif, sont assez présents dans l’œuvre rétivienne. Cependant, c’est dans Le Ménage parisien (1773), étiqueté « roman-farce » par son auteur, que le mot acquiert une dimension plurielle. Cette désignation bricolée présente l’avantage de souligner l’aspect « transgénérique » de cette œuvre à part dans la production rétivienne. Si Le Ménage tient du roman grâce au « récit », il rappelle la farce par son esprit loufoque, le rire qu’il suscite et surtout par son personnage : Sotentout, le sot. Le Ménage parisien est en effet placé, dès l’épître dédicatoire, sous le patronage du fameux vers de Boileau : « Un Sot trouve toujours un plus Sot qui l’admire »

Parmi les dérivés employés par Rétif selon son orthographe personnalisée, on trouve : sotise, sotissime, Sotentout (nom propre). On note également des néologismes : sotentout/sotentoute, sotivache/sotiveau, sotificatif. Parmi les synonymes de « sot », toujours dans le texte, on relève : benêt, bonace, balourd, beaunois, imbécile, niais, nigaud, balourd, fol, cocu, pédant, etc.

Comme le laisse deviner le nom propre dérivé « Sotentout », le mot « sot » est fortement polysémique dans Le Ménage parisien. Dans un contexte érotique, il désigne un « puceau » et, par extension, un jeune homme sans expérience, farouche, incapable de répondre aux sollicitations plus ou moins directes des dames. Selon les mœurs parisiennes, il est l’antonyme de « galant ». Nous retrouvons le même emploi du mot dans Monsieur Nicolas : « N’allez pas faire le sot, préconise une femme de petites mœurs à Monsieur Nicolas, son mari est usé, et elle a bon appétit », parlant de son amie Brûlée à qui elle s’apprête à envoyer le jeune homme.

Dans un contexte matrimonial, « sot » est synonyme de « cocu ». Rétif reprend dans ce sens le concept genré : un mari sot est un mari cocu là où une épouse cocue n’est qu’une femme « avisée », « apprise ». Rusée (par essence), l’épouse trompée laisse faire pour le bien de sa famille ou pour mieux s’occuper de ses amants, souvent garants de la prospérité du ménage.

Dans un contexte littéraire, « sot » est synonyme de « pédant », de « fat », antonyme du non moins fantaisiste « esprité », « filosofe ». Un « sot » est donc un mauvais auteur, un « écrivailleur », un « littérateur ». Selon le chapitre « Suppléments » consacré à la généalogie de Sotentout, la « sotise » serait, nous dit-on, l’attribut de tous les auteurs qui ont collaboré avec la famille Sotentout depuis Zoïle jusqu’à Nougaret. En dehors de quelques noms comme Racine, Rousseau ou Mme Riccoboni, tous les auteurs anciens ou modernes ont pu, à des degrés différents, se mêler à la famille des sots et bénéficier d’appuis « sotificatifs ».

Cependant, en dehors de ces acceptions ponctuelles, Rétif joue sur l’ambivalence du « sot », véhicule d’une vision du monde complètement biaisée. Le personnage du « sot » avait déjà une histoire et un rôle consacrés par la littérature européenne du Moyen Âge. La farce lui a assigné une fonction relativement précise : représenter le monde à l’envers en renversant les hiérarchies de tous genres. Aussi est-il défini par sa nature ambivalente : sa sottise n’est que son armure pour affronter le monde.

Il n’en va pas de même dans Le Ménage parisien dans le sens où Sotentout, le sot, ne représente pas l’envers du monde, mais simplement, sa caricature. Aussi, en quelque sorte, Sotentout est loin d’être un anti-modèle, le modèle étant simplement inexistant. Rétif expliquera plus tard qu’il était trop aveuglé par le désir de se venger d’Agnès Lebègue, son ex-épouse (Déliée dans le récit) pour mener à terme un projet aussi ambitieux : « j’avais sous les yeux une catin, modèle de mon héroïne », écrit-il. Le couple représenté par Déliée et Sotentout ne serait qu’une caricature à peine amplifiée du couple qu’il formait avec Agnès Lebègue si l’on croit les pages de Monsieur Nicolas consacrées aux premières années de leur vie de couple.

Du reste, Sotentout a tous les attributs du personnage du sot de la farce. Il est aussi laid que grotesque, « bancal », infirme et informe. Futur auteur, il est né rue des Singes. Partout dans le texte, sa physionomie bestiale est génératrice de fou rire. Des scènes majeures d’intronisation/détrônement le consacrent même comme le « roi des sots » : son union avec Mlle Déliée est scellée lors d’une fête aux composantes carnavalesques, célébrée sur fond de charivari et officialisée par un contrat de mariage loufoque. Parallèlement, son ascension littéraire accomplie, il est affublé d’une « couronne de feuilles d’artichaut » sous les applaudissements.

Davantage qu’un anti-modèle, Sotentou serait ainsi un repoussoir, une figure monstrueuse, dépositaire des frustrations et des angoisses du mari trompé et malmené et de l’homme de lettres rejeté par ses confrères.

Sotentout n’est cependant pas le seul sot du Ménage. Le narrateur, qui se présente comme l’auteur du récit, revendique : « j’ai […] raison de dédier mon Livre aux SOTS, & de me ranger dans la classe de ceux qui le sont le plus, par leur Productions et par leurs Femmes ». Mais ici, au delà de la constante vindicative et autoflagellatoire, il faut saisir toute l’ambiguïté de cette identification et lui restituer un sens et une logique constamment déconstruits. Avec Le Ménage parisien, nous sommes témoins pour la première et l’unique fois dans l’œuvre rétivienne, de toute la complexité qui régit le rapport de Rétif aux mots et à la littérature. Par certains de ses aspects, ce récit est un exercice de style, une sorte d’entraînement sur le verbe et sur « l’élasticité » des mots. L’auteur semble y éprouver son pouvoir sur les faits, à travers son rôle de « modérateur du fil » et son pouvoir sur les mots, à travers sa nouvelle orthographe d’abord (système exposé dès l’épître dédicatoire), mais surtout à travers cette logorrhée jubilatoire à l’origine du rire franc du Ménage. Jeu « Gratuit » ou mise au point d’un exutoire d’une extrême urgence ? Ce sont là les termes de l’ambivalence du « sot ».

Asma Guezmir

Bibliographie

– Mikhaïl Bakhtine, Esthétique et théorie du roman, Paris, Gallimard, 1975.

– Asma Guezmir, « Le mariage dans Le Ménage parisien : une relation parodique ? », Études rétiviennes, 44, Actes du Colloque de Clermont-Ferrand (7-8 juin 2012), « Le drame conjugal dans l’œuvre de Rétif de la Bretonne : désastre intime et enjeux politiques », décembre 2012, p. 97-107.

 

Pornographe

(Substantif masculin, emprunt, 1769, au grec tardif pornographos, « auteur d’écrits sur la prostitution et les prostituées », composé de –graphos, « graphe, écriture », et de pornê, « prostituée », dérivé de pernênai, « vendre des marchandises, des esclaves » et signifiant donc initialement « femme vendue », « femme-marchandise »). Le mot est attesté pour la première fois dans le titre d’une œuvre de Rétif de La Bretonne, Le Pornographe (1769), avec son sens étymologique, lit-on dans Le Dictionnaire historique d’Alain Rey (1992). Ce sens premier est sorti d’usage et pornographe se dit d’un auteur spécialiste d’écrits obscènes (1842) et s’emploie aussi comme adjectif d’après le Dictionnaire de l’Académie Française (8e édition, 1932-35).

Rétif se vante dans Monsieur Nicolas d’avoir introduit ce nouveau mot dans la langue française qu’il espérait alors réformer.

Dans Le Pornographe, ou Idées d’un honnête homme sur un projet de règlement pour les prostituées, propre à prévenir les malheurs qu’occasionne le publicisme des femmes avec des notes historiques et justificatives, d’Alzan qualifie lui-même ce mot de demi barbare : « Je te vois sourire ; le nom demi barbare de PORNOGRAPHE erre sur tes lèvres » (Le Pornographe, Monaco, éd. Rondeau, 1979, p. 21). Rétif était conscient que ce mot était contraire au goût et à l’usage de l’époque bien qu’il soit le premier à l’avoir introduit en langue française, c’est pour cette raison qu’il a ajouté le deuxième titre qui vient expliquer le premier pour éviter les malentendus et les fausses explications. Cependant, Jacques Cellard pense que « pornographe » de Rétif désigne un auteur dont les écrits présentent avec réalisme les choses du sexe dans le seul but de provoquer le désir. Il ajoute qu’en ce sens, le XVIIIe siècle n’utilise que les termes de libertin et de libertinage et que nous aurions tort de voir un artifice publicitaire dans le titre choisi par Rétif.

Toutefois, les différentes utilisations de Rétif du mot « pornographe » que nous avons pu relever dans quelques-unes de ses œuvres renvoient toutes au projet de réforme pour les prostituées et non à l’auteur qui traite de la prostitution pour exciter ou parler des choses obscènes. Ainsi dans La Paysanne pervertie, Gaudet écrit : « ce ne serait que demi-mal, si on réalisait le projet que m’a montré l’autre jour un bonhomme, qu’au premier aspect je pris pour un sot. Mais la lecture de son manuscrit me détrompa. Il est intitulé Le Pornographe, ou La prostitution réformée, il y donne des moyens de rendre les prostituées moins pernicieuses pour les mœurs, sans danger pour la santé » (La Paysanne pervertie, Paris, Garnier-Flammarion, p. 347). Dans Monsieur Nicolas, on lit encore : « Je faisais alors la seconde édition de mon Pornographe, et je voyais beaucoup de filles pour connaître à fond cet état vil » (Monsieur Nicolas, t. II, p. 759) et « Si les princes veulent mettre la moitié de leurs sujets sous les armes et les forcer au célibat, ils le peuvent, pourvu qu’ils aient la plus grande attention à conserver les femmes, à empêcher la prostitution, ou à la régler comme le propose le Pornographe. » (Monsieur Nicolas, t. I, p. 932). Dans Le Thesmographe, Rétif ajoute « Jetez un coup d’œil sur ce projet, et surtout faites exécuter celui du Pornographe plus nécessaire que jamais, depuis l’ouverture du Bazard du Palais-royal » (Le Thesmographe, seconde partie, 1789, p. 586). L’utilisation de ce mot par Louis-Sébastien Mercier, va dans ce même sens. En effet, le considérant comme projet, il appelle les administrateurs à le lire : « Administrateurs, lisez sérieusement Le Pornographe de Restif de La Bretonne » (Le Tableau de Paris, édition présentée par Michel Delon, Paris le jour, Paris la nuit, Paris, Robert Laffont, Bouquin, 1990, p. 223).

De la même racine, nous relevons aussi chez Rétif le mot grec « pornognomonie » qui signifie « la règle des lieux de débauche ». D’Alzan recourt à ce mot dans son Pornographe pour parler de la maladie vénérienne causée par la prostitution et la nécessité d’instaurer des lieux pour la pratique de ce métier, en l’occurrence les Parthénions qui par leurs nouveaux règlements seront « le chef-d’œuvre de la sagesse humaine ».

Son dérivé « pornographie » (n. f. 1842) se dit d’une représentation (par écrits, dessins, photos…) de choses obscènes (1842, d’une peinture). Par extension, il désigne la représentation directe et concrète de la sexualité, de manière délibérée, en littérature, dans les spectacles. Le mot conserve, malgré la chute des tabous et les autorisations administratives, un caractère de transgression qui l’oppose à érotisme, érotique, licencieux et le rapproche d’obscène.

Dans ses différents ouvrages et plus particulièrement dans ses Idées Singulières, une série de projets de réforme dont Le Pornographe constitue le premier volume, Rétif apparaît comme un hardi néologue. L’invention de la néologie (nous optons pour néologie plutôt que néologisme qui a une connotation péjorative signalée dans le Dictionnaire de 1762 de l’Académie : « la néologie est un art, le néologisme est un abus ») prend un tour systématique dans cette série d’ouvrages porteurs de nouvelles idées. La néologie est le corps des projets des Idées Singulières : toute nouvelle articulation, tout nouveau mot donne une nouvelle idée forcément réformatrice. Ainsi et contrairement à quelques romanciers de la dernière décennie du XVIIIe siècle amateurs de néologismes évoquant le plaisir et l’excitation sexuelle, dont le chevalier Andréa de Nerciat est l’auteur exemplaire (voir Les Aphrodites, 1793, et Le Diable au corps, 1802), Rétif, en vrai écrivain des Lumières, et alors même que son œuvre romanesque témoigne de tant d’attirance pour le désir et la sexualité, a choisi ici la perspective réformatrice plutôt que le libertinage linguistique. Son emploi du mot pornographe, mentionné ci-dessus, illustre bien cette idée.

Bibliographie

– Jacques Cellard, Un génie dévergondé : Nicolas-Edme Rétif, dit « de La Bretonne », Paris, Plon, 2000.

– Hédia Khadhar, « Le Pornographe devant la critique : de la narration à la législation », Études rétiviennes, 4-5, décembre 1986, p. 73-80.

– Ann Lewis, « Une Tâche ineffaçable ? Rétif’s representation of the prostitute in Le Pornographe and La Paysanne pervertie », Le corps et ses images dans l’Europe du dix-huitième siècle, édité par Sabine Arnaud et Helge Jordheim, Paris, Honoré Champion, 2012, p. 49-71.

Irene Aguilà Solana, « Le Pornographe de Rétif de la Bretonne et l’Arte de las putas de Moratin. Les avis de Monsieur Nicolas », Études rétiviennes, 42, décembre 2010, p. 215-234.

– Amy S., Wyngaard, Bad books. Rétif de la Bretonne, sexuality and pornography, Newark, University of Delaware Press, 2013.

Ilhem Belkahla

Classe

(Nom féminin, du latin classis, « division du peuple romain », « groupe », « contingent militaire », Alain Rey dir., Dictionnaire Historique de la Langue Française, 1998.) Il faut attendre 1832 pour que le Dictionnaire de l’Académie française définisse le mot classe selon un critère social : « Se dit aussi des ordres, des rangs, que la diversité, l’inégalité des conditions établit parmi les hommes réunis en société. Les diverses classes de la société. Les hautes classes. Les classes élevées. La classe moyenne. Les classes inférieures. Les basses classes. »

Jusqu’à cette date, le mot classe est défini ainsi : « 1°. Ordre, suivant lequel on range diverses personnes, ou l’on distribue diverses choses. Grand d’Espagne de la première Classe. – Figurément, Peintre, poète, théologien, Prédicateur de la première Classe. – 2°. Les différentes salles d’un Collège où s’assemblent les Écoliers. Ils étudient en même Classe. – On le dit quelquefois des écoliers eux-mêmes : Le Régent y est allé avec toute sa Classe ; Et aussi du temps que les écoliers sont assemblés pour prendre la leçon : au commencement ou à la fin de la Classe » (Dictionnaire critique de la langue française, J.-F. Féraud, 1787-1788). Cette définition diffère peu de celle enregistrée par le Dictionnaire de Trévoux ou par l’Académie Française en 1762.

Le XVIIIe siècle a enrichi le terme du côté des sciences naturelles, alors qu’il était auparavant cantonné au vocabulaire scolaire, ou à l’histoire de la Rome antique (afin de décrire les divisions du peuple romain). Classe est très employé par les naturalistes, tandis qu’ordre, son quasi synonyme alors, est plutôt réservé à ceux qui se consacrent à l’histoire de la monarchie. Ce sont Quesnay et les Physiocrates qui ont transféré le terme des sciences naturelles à la description de la société d’ordres. Quesnay est en effet le premier à entendre par classe « un ensemble de personnes qui occupent une place identique dans la circulation du revenu et sa production » (Marie-France Piguet, 1996, p. 46) : « La Nation est réduite à trois classes de citoyens : la classe productive, la classe des propriétaires, et la classe stérile » (François Quesnay, Analyse de la formule arithmétique du Tableau économique, 1758, Paris, éd. E. Daire, 1846, t. 2, p. 58).

Au XVIIIe siècle, le mot connait une diffusion de plus en plus large, pour caractériser les groupes sociaux, sans atteindre la précision de l’analyse menée par Quesnay. Se développe à sa suite l’emploi d’un adjectif qualifiant le mot classe, alors que jusqu’ici, on trouvait pour ce faire un complément déterminatif. Ce passage est symptomatique d’une prise en compte du groupe désigné par la classe comme entité en soi. Est alors aussi très présente la synonymie avec ordre. Elle va parfois jusqu’à l’abandon d’ordre au profit de classe : ordre est perçu comme trop contraignant et suranné tandis que classe est plus propre à l’expression de projets de réforme. Classe permet de multiplier les critères permettant l’analyse des groupes sociaux, tandis qu’ordre contraint d’en rester à la trinité constitutive de l’Ancien Régime.

Rétif participe de la diffusion du terme au xviiie siècle. On trouve chez lui des constructions syntaxiques de classe traditionnelles : « la classe des marchands et même des artisans », Les Nuits de Paris, Nuit 122, éd. Slatkine Reprints, p. 1310 ; « les plus basses classes », Les Nuits de Paris, Nuit 142, p. 1487 ; « la dernière classe », Les Nuits de Paris, Nuit 185, p. 1805. Mais il emploie aussi le termes dans ses constructions nouvelles : « Classe infortunée » (relevé par Marie-France Piguet ; l’expression se trouve dans Le Nouvel Abeilard, p. 81) ; « les classes travaillantes » (Les Nuits de Paris, Nuit 162, p. 1634).

Dans ce cadre global de succès croissant du substantif dans l’analyse sociale, Rétif est un des premiers utilisateurs de l’expression « classe moyenne » appliquée à la société française, qui était alors rare. On la trouve d’abord chez des économistes préoccupés par la répartition de l’impôt (« Moyenne classe », Henri de Boulainvilliers, Histoire des anciens parlements de France, Paris, Lambert, 1737, p. 549). Rétif semble être un des premiers à utiliser l’expression dans un sens plus complexe que celui de la prise en compte des revenus : « J’ai pris mes héroïnes dans toutes les conditions. […] Toutes les autres Nouvelles, sont prises ou dans les conditions élevées, ou dans la classe moyenne des citoyens […] » (Les Contemporaines, 1781, vol. 1, p. 8) ; « Une Duchesse, même depuis que le bel-usage s’est étendu jusqu’aux classes moyennes, conserve naturellement un air de supériorité sur les femmes d’un ordre inférieur […] » (Les Contemporaines par gradation, éd. de Jean Assézat, Paris, Alphonse Lemerre, 1875, t. 3, p. 3) ; « Mais si quelque jour ce théâtre venait à mettre plus de goût et de propreté dans ses représentations ; à se donner des actrices jeunes et jolies : des acteurs passables pour le talent, la figure et l’habit, il serait un foyer de corruption pour la classe moyenne » (Les Nuits de Paris, 1788, Nuit 122, p. 1310).

Cette classe est aussi qualifiée de « classe du milieu » (Les Nuits de Paris, Nuit 264, p. 2017), ou d’ « état du milieu » (Le Nouvel Abeilard, p. 62). Selon Abeilard, c’est l’endroit où l’on rencontre « l’homme par excellence » (on retrouve l’expression dans l’ « Avis » du 1er volume des Contemporaines, p. 8). Dans les Nuits de Paris, p. 1310, on apprend que la « classe moyenne » est composée de marchands et d’artisans, et qu’elle est « la plus nombreuse, et celle dont les mœurs importent le plus à l’État ». L’utilisation de cette expression est symptomatique de la propension de Rétif à répartir en catégories, et à imaginer des projets de réforme de grande ampleur. Par son origine comme par ses convictions politiques, il favorise cette « classe moyenne » au dépens des autres groupes, que ce soit la « populace » – trop sujette au vice – ou l’aristocratie – engluée dans ses préjugés et sa méconnaissance de la réalité sociale.

Classe est aussi employé de façon flottante. Ordre, état, condition, profession, corps : nombreux sont les mots au XVIIIe siècle qui discriminent les groupes composant la société. Rétif les utilise parfois de façon interchangeable : « classe commune », « conditions communes », « professions communes » (Les Contemporaines, « Avis » du t. 18, p. 4). Le terme devient aussi un simple synonyme de catégorie (« la classe des polissons », Les Nuits de Paris, Nuit 111, p. 1223), de corps (Les Nuits de Paris, Nuit 146, p. 1517 : les bourgeois sont à la fois « classe générale » et « corps ») ou d’état (L’Andrographe, « classe du milieu » p. 11 ; « état du milieu » p. 12).

Toutefois, il est possible de mettre au jour un usage spécifiquement rétivien du mot. Quand le Hibou évoque son activité d’observateur et les connaissances qu’il en tire, il emploie le terme de classe. Ce dernier semble plus propre à évoquer son rôle de pourfendeur de l’injustice : « Qu’on s’en rapporte à moi qui connais mieux que personne la classe des ouvriers. » (XX Nuits de Paris, p. 465) ; « Je veux le peindre ; je veux être la sentinelle du bon ordre. Je suis descendu dans les plus basses classes, afin d’y voir tous les abus » (Nuit 142, p. 1487). Le terme condition n’est presque jamais employé dans les Nuits : la distinction des hommes selon leur naissance est peut-être obsolète, et insuffisamment nuancée. En effet, selon Féraud la condition est l’« état d’un homme considéré par rapport à sa naissance ». Féraud rajoute en citant l’abbé Girard qu’elle « a plus de rapport au rang qu’on tient dans les différents ordres, qui forment l’économie de la République » ; tandis qu’état « en a davantage à l’occupation ou au genre de vie dont on fait profession ».

Classe permet d’aborder la question des caractères communs aux groupes sociaux, comme dans les lettres 6 à 12 du Nouvel Abeilard, où Abeilard décrit les différentes « classes » composant la société urbaine. Chacune a son caractère et ses défauts. Classe a une connotation morale très forte chez Rétif : les conditions de vie créent un caractère similaire chez les individus. Classe est donc plus précis qu’ordre – dans le sens que lui donne l’Ancien Régime à la suite d’Adalbéron de Laon – mais moins spécifique qu’état : il est beaucoup plus plastique et favorise l’invention de nouvelles catégories sociales. Le terme permet d’élaborer des critères communs regroupant des hommes exerçant des professions pourtant différentes : la pénibilité du travail, la qualification, les revenus obtenus, et les mœurs.

À propos de la « dernière de toutes les classes des villes », Abeilard écrit : « représentez-vous des malheureux, vivant au jour la journée, au sein de la misère, dans la mal propreté, la crapuleuse débauche ; sans idée des mœurs, incapables de la moindre vertu ; ne connaissant ni pudeur ni justice ; ne se doutant pas de la générosité ; en un mot, au niveau des brutes. Telle est en général, la classe des herbières, des poissardes, des crieurs des rues, et d’états pareils. Moins ces états sont lucratifs, et moins aussi l’on y trouve de sentiments d’honneur, et même d’honnêteté » (Le Nouvel Abeilard, p. 81).

Ces caractères propres à chaque classe engendrent une multitude d’intérêts contradictoires, rendant impossible le progrès dans L’Andrographe, car ils sont les causes « d’une inertie historique » (Laurent Loty, 1988). Ce progrès est néanmoins souhaité. Aussi Rétif utilise-t-il classe pour évoquer l’égalité des conditions : « Toutes les classes vont être confondues, et tous les hommes citoyens, toutes leurs femmes, vont marcher les égales les unes des autres, dans un pays libre : voilà ce que vous me paraissez annoncer » (Semaine Nocturne, p. 104).

Quand classe ne sert pas à évoquer la possibilité de la suppression des distinctions sociales, il est employé par Rétif pour élaborer ses projets de société, et répartir la population en groupes distincts. La classification sert alors la mise au jour de catégories à ses yeux fondées car naturelles, comme l’âge et le sexe. Le terme est omniprésent dans Le Pornographe : il permet de discriminer les « filles » selon leur âge. On le trouve aussi fréquemment dans L’Andrographe. Il a alors le sens de catégorie sociale qui distingue les hommes selon leur âge et leur mérite. Le terme est d’une plasticité qui accueille à merveille la démarche politique et les perspectives réformatrices de Rétif.

Bibliographie

– Laurent Loty, « Le peuple et la populace chez les philosophes des Lumières et chez Restif de la Bretonne », Études rétiviennes, n° 8, juin 1988, p. 33-42.

– Marie-France Piguet, Classe, histoire du mot et genèse du concept, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1996.

– Pierre Testud, Rétif de la Bretonne et la création littéraire, Paris, Droz, 1977.

Les références des œuvres rétiviennes sont celles des éditions Slatkine Reprints.

Hélène Boons

Antisocial

(Adjectif obtenu par dérivation préfixale à partir de l’adjectif social, emprunté au latin socialis, « relatif aux alliés » et, à l’époque impériale, « accordé à la société », dérivé de socius, « compagnon, associé, allié », Trésor de la Langue Française, 1994). Le Dictionnaire de l’Académie Française de 1762 signale la grande liberté de création d’adjectifs préfixés par anti : « On trouve dans le Dictionnaire ceux de ces mots composés qui sont le plus en usage ; car il serait inutile de rapporter tous ceux que le besoin ou le caprice peuvent faire imaginer ». Rétif, par caprice ou par besoin, participe donc de cette tendance. Selon le Trésor de la langue française, l’adjectif antisocial apparaît en 1784 sous la plume de Brissot : « J’écris pour dégager le commerce et la politique des principes iniques, exclusifs, anti-sociaux, qui les dirigent dans cette contrée […] » (Journal du lycée, Prospectus, 1784, p. 13). Pourtant, il apparaît plus tôt, chez Jacob Vernet (« […] je pense que M. d’Al. […] qualifiera volontiers ce système grégorien d’anti-philosophique, d’anti-social », Lettres critiques d’un voyageur anglais sur l’article Genève du Dictionnaire encyclopédique, 1766, vol. 2, p. 103) et chez notre auteur. Son orthographe varie alors entre anti-social et antisocial.

Une de ses premières occurrences se trouve dans Le Nouvel Abeilard en 1778. Au sein d’une lettre, Dionis narre à Phyllis un « conte bleu », dans lequel il assiste à une pièce de théâtre dans le royaume fantaisiste de « Mêhêhê ». Il s’agit du Misomélon ou L’ennemi des moutons rouges : « c’est comme qui dirait en français le Misanthrope ». « Le sujet de cette pièce est un Mouton rouge, qui est révolté de tous les abus qu’il voit, et qui les reprend avec trop d’aigreur ; ce qui est réellement un vice anti-social ». Antisocial qualifie ici le caractère d’un avatar d’Alceste. Dionis lui oppose un autre personnage de la pièce, « un autre honnête Mouton rouge, qui est le véritable Mouton social, qu’on doit prendre pour modèle » (t. 3, p. 204). Le Misomélon-Misanthrope, qui rappelle le portrait de Rousseau tel qu’il a été construit par ses détracteurs, a le tort de l’aigreur. Est antisocial celui qui, par des paroles piquantes, une propension à offenser, et un caractère agressif, contrevient aux exigences de l’idéal de l’honnête homme. Il a le mérite de constater les abus, mais son aigreur l’isole de façon contre-productive, ce qui est un défaut premier pour Rétif.

On retrouve le terme en 1784, dans Le paysan et la paysanne pervertis ou les dangers de la ville, au détour d’une « Juvénale » insérée par un avatar de Rétif lui-même, G. D’Arras, et mettant en scène un dialogue entre un père et son fils au sujet du genre théâtral : « Mais j’ai bien un autre reproche à faire au comique ! C’est qu’il est le fils et le père de la méchanceté. Il est dans l’auteur l’effet de la causticité, le moins social des vices ; et il tourne le goût des spectateurs vers la raillerie, vice qui a coûté souvent si cher à ses imprudents sectateurs. Ce vice antisocial, est quelquefois plus insupportable que le larcin et les autres crimes punis par la loi » (vol. 4, Lettre 365, p. 89). Après l’aigreur, c’est ici la « causticité » qui est visée : de façon similaire, est antisocial ce qui raille. C’est le rire méchant. Il représente un mal dangereux pour la cohésion sociale, puisque le père du dialogue l’assimile à un « crime ». Se pose la question du statut du rire et de l’humour chez notre auteur. Seraient-ils par essence antisociaux ?

Enfin, le terme apparaît dans La Semaine nocturne (1790) : « Et vous, Districts ! N’opprimez pas la liberté individuelle ! N’arrêtez que les brigands, les fuyards ! Respectez l’écrivain, quoi qu’il écrive : S’il est antisocial, le mépris public vous en vengera, Que la presse soit libre ! que l’état d’imprimeur puisse être exercé par tout le monde, en faisant une déclaration au District, qui la portera au comité de police, lequel recevra le serment du nouvel imprimeur » (Les Nuits révolutionnaires, LGF, 1978, 5e nuit, p. 79). Antisocial devient ici plus spécifique. C’est ce qui est contraire non seulement à l’intérêt public, mais aussi à la Révolution, puisque désormais l’un ne va plus sans l’autre. Rétif se met en scène dans Les Nuits révolutionnaires comme un écrivain social, c’est-à-dire travaillant pour le bien commun, et la réforme des abus.

Ce changement de sens dû aux événements politiques repose sur une fine démarcation : est antisocial celui qui s’oppose aux abus de façon trop aigre ; mais est aussi antisocial celui qui accepte ces mêmes abus et en tire son bien-être. Il s’agirait de ne pas manifester cette acrimonie contraire à l’amélioration des mœurs et du genre humain. Notons qu’antisocial est attaché systématiquement à un vice. Pour Rétif de la Bretonne, la structure sociale et la vie organisée autour de la collectivité sont à la source de la réforme des mœurs (voir le projet de L’Andrographe, qui repose sur le dévouement de l’individu à la société). L’individu antisocial, qui est par essence opposé au bien commun, est un électron libre peu fréquentable. Antisocial a donc chez Rétif le sens qui sera le sien au xixe siècle : « Contraire à la société, qui tend à la dissolution de la société. Doctrine antisociale. Principes antisociaux » (Dictionnaire de l’Académie Française, 1835).

Bibliographie

– Jan Miernowski, « Rousseau ou le misanthrope manqué », dans Jacques Berchtold et Michel Porret (éd.), Annales de la société Jean-Jacques Rousseau, t. 48, Paris, Droz, 2008, p. 277-315.

– Annie Richardot, Le Rire des Lumières, Paris, Champion, 2002.

Les références des œuvres rétiviennes sont celles des éditions Slatkine Reprints.

Hélène Boons

SEL

(Du latin sal, vers 1150, sel ou substance salée, et vers 1560, tout corps soluble dans l’eau ; chez Rétif, néologisme de sens, entre physique et métaphysique). Fils d’un « pays de grande gabelle », la Bourgogne, où le prix du sel était très élevé, Rétif savait quelque chose de la valeur du sel comme condiment ou conservateur. Mais en écrivain autodidacte, fils de ses lectures encyclopédiques, Rétif fait un usage très original de ce que nous nommons le chlorure de sodium. Il s’appuie sur un savoir syncrétique pré-moderne (précédant la chimie moderne de la Méthode de nomenclature chimique de Guyton de Morveau, Lavoisier, Bertholet, et de Fourcroy, Paris, Cuchet, 1787) afin de présenter le sel comme une substance minérale soluble dans l’eau, « crystallisable », comme on écrivait à l’époque, et surtout savoureuse. C’est ainsi qu’il s’adresse en nouveau Rousseau à son nouvel Émile, dans son essai pédagogique des années 1770 : le sel est présenté comme une propriété de la « deuxième substance » de la nature, l’électricité (Nouvel Émile ou Éducation pratique, Paris, J.P. Costard, 1771, t. 2, p. 473). Celle-ci est en effet inhérente au feu ; et l’on pense à l’époque que le sel en est un composant actif. Rétif bricole ainsi un savoir moderne, celui de l’électricité, qu’il puise chez l’Abbé Nollet (Leçons de physique expérimentale, publiées à partir de 1743) avec des savoirs pré-modernes qui mêlent physique, philosophie et mystique, comme c’était le cas chez le physicien William Davisson (1593-1669), dont les Éléments de la philosophie de l’art du feu (1644) ont très durablement fasciné Rétif. C’est à l’intersection instable de ces savoirs que s’élabore sa théorie du sel. La consubstantialité du sel avec le feu — Rétif parle de « feu terrifié » (p. 474) — sa nature subtile et active sont des traits qui persisteront à travers toutes ses œuvres. Enfin, il faut noter qu’en 1771, le sel occupe encore une place subordonnée dans la théorie rétivienne des éléments, car l’électricité est seconde par rapport à la substance dont tout découle ou « s’écoule » (Davisson), l’intellectualité. La cosmogonie rétivienne se caractérise par son animisme ou son intellectualité : c’est une propriété essentielle de « l’Être-principe » ou Dieu. Mais elle ne maintiendra pas toujours une stricte séparation entre intellectualité et matière (qu’elle soit électrique, ignée ou salée).

En 1779, dans le Nouvel Abeilard ([Suisse,] Aux Libraires associés, 1779, vol. 2, p. 153), Rétif explicite cette parenté du sel avec le feu, en développant une analogie entre l’action « phlogistique » des sels sur notre planète et « le feu du soleil » : il s’agit d’un processus physico-chimique universel. Bizarrement, selon la pente auto-didactique de son « intellectualité », Rétif trouve dans une lettre du critique La Harpe une confirmation bien peu autorisée de ses spéculations : cette démarche, épistémologiquement anarchiste, est typique de l’engagement de Rétif contre les Académies – qui sauront le lui faire payer de leur cinglant mépris. Il faut aussi concevoir le sel comme un outil de résistance contre la professionnalisation du savoir scientifique.

C’est en 1788, au moment de la publication des Nuits de Paris, que Rétif donne la première formulation complète de sa théorie métaphysique du sel. Substance universelle, il est défini comme un « fluide vital » (Nuits de Paris, t. 1, « XXXIIe Nuit », Londres-Paris, 1788, p. 283) chaud, volatil et infiniment divers. Combiné avec l’éther, il donne la lumière ; avec l’air, la chaleur. Notons que Rétif délègue la présentation de cette théorie à des prêtres égyptiens, affirmant par là la continuité, si caractéristique chez lui, entre théorie physique, métaphysique et religion païenne de la vie et de la nature. L’influence du spinozisme des Lumières est patente dans l’équation entre Dieu (ici Thot), Vie et Nature. Mais il faut souligner que Rétif tient à se démarquer de « l’immoralité folle des athées » (« XIe Juvénale », 1797, dans Monsieur Nicolas, Paris, Gallimard, 1989, t. 2, p. 1049), et défend l’existence d’un Être-principe et même une forme de religiosité solaire ou cosmique, analogue à celle des Egyptiens.

Dans la Philosophie de Monsieur Nicolas, sous-titrée Ma Physique (1796), Rétif reprend sa comparaison du sel avec le feu (Philosophie de Monsieur Nicolas, t. 1, Genève-Paris, Slatkine Reprints, 1988, p. 205), et finit même par les assimiler dans la production de la lumière et de la chaleur : « c’est par le feu-sel ou le sel-feu que la nature opère » (1, p. 206). Le sel et le processus de cristallisation jouent un rôle dans son hypothèse de l’émergence successive des espèces vivantes à partir de germes préexistants, hypothèse parallèle à la première théorie d’un transformisme généralisé, qu’il formule au même moment, au croisement de la chimie, de la biologie, de la géologie et des « cosmogénies ». Composant des soleils, le feu-sel anime aussi « l’atmosphère de Dieu » (1, p. 207). Petit à petit s’opère un discret processus de divinisation du sel, qui conduit Rétif dans le tome 2 de sa Physique à saliniser Dieu. Ce n’est encore qu’une énumération composite, et même un bric-à-brac métaphysique, qui agrège « sel, mouvement, force, intelligence et vie » (2, p. 241-242) dans la substance primitive, mais tel est bien semble-t-il le conatus spéculatif de Rétif.

Enfin libéré de toute contrainte épistémologique et porté par la dynamique merveilleuse de son roman, Rétif s’en donne à cœur joie dans Les Posthumes (1802). Il s’amuse à recomposer sur Vénus (Les Posthumes, t. III, Genève-Paris, Slatkine Reprints, 1988, p. 293) puis Argus un « système entier de la Nature » (IV, p. 7) qui porte à son terme le processus de divinisation entamé dans sa « Physique ». Défiant les moqueries qui avaient accompagné la publication de cet ouvrage, Rétif assume pleinement son paganisme mystique et salé : l’Être-principe devient lui-même « tout le sel volatil, actif par essence » (III, p. 293). On pourra bien accuser Rétif de raconter des « sornettes » : il s’agit des théories défendues par les Sors, les habitants de Vénus rencontrés par le héros du roman, Multipliandre. Plus loin, Rétif, en spinoziste gastronome, assaisonne la « Nature-Dieu » (IV, p. 13) de « sel volatil-actif-infini ». Les propriétés de Dieu, l’activité infinie en particulier, infusent désormais la matière sensible, tandis que la substance de Dieu combine intimement vie, intellectualité et matérialité. C’est ce qui rend si difficile la juste caractérisation de son ontologie, ni pleinement matérialiste comme chez Lucrèce ou Diderot, ni spiritualiste — mais irréductiblement originale en son bricolage. Cela explique sans doute la nécessité d’inventer des mots-valises : pas d’ontologie neuve sans néo-logie. « Sel volatil-actif-infini », « substance activo-volatile », Dieu est l’âme savoureuse de l’univers, la source de nos intelligences, la saveur de nos mets et de nos mots.

Bibliographie

– Bernadette Bensaude-Vincent, Isabelle Stengers, Histoire de la chimie, Paris, La Découverte, 2001.

– Joël Castonguay-Bélanger, Les écarts de l’imagination : pratiques et représentations de la science dans le roman au tournant des Lumières, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2008.

– Laurent Loty, « L’invention d’un transformisme généralisé (1781-1796) : l’imagination d’une temporalité naturelle entre « perfectionnement » et « révolution » », dans Temps, durée dans la littérature des Lumières et ses marges, études réunies par Jean M. Goulemot, Paris, Éditions Le Manuscrit, 2010, p. 33-72.

Patrick Samzun

Frontispices de Binet pour Crébillon

Trois mystérieux frontispices : Binet a-t-il illustré le Sylphe et le Sopha de Crébillon fils ?

Par Caroline Vernisse

 hypothétique frontispice du Sylphe

Si l’on en croit certaines sources bibliographiques, Crébillon fils aurait vu deux de ses œuvres être illustrées par Louis Binet [1]. Le Dictionnaire des œuvres érotiques [2] reproduit une planche, qu’il attribue à Binet [voir illustration ci-contre], figurant, selon lui, dans une édition du Sylphe, ou songe de Madame de R*** écrit par elle-même à Madame de S***, parue à Leipzig, en 1781. H.J. Reynaud nous apprend, quant à lui, dans ses Notes supplémentaires sur les livres à gravures du XVIIIè siècle [3], qu’une édition du Sopha, conte moral, parue à Londres en 1781, comporte deux frontispices non signés. Il affirme que ces deux illustrations ont été dessinées par Binet et gravées par Bovinet [4].

Cependant, plusieurs problèmes émergent rapidement si l’on se penche attentivement sur ces références. Le Dictionnaire des œuvres érotiques, que ce soit dans son édition originale ou dans ses rééditions postérieures [5], comporte un certain nombre d’erreurs, que nous avons pu remarquer dans les légendes des illustrations qu’il donne. En outre, la planche qu’il reproduit n’est pas signée. On peut donc mettre en doute, même si la gravure semble spécifique à l’œuvre de Crébillon, que ce soit bien une illustration du Sylphe et qu’elle soit de Binet. D’autant que Jean-Pierre Dubost, dans sa « Notice sur les gravures libertines » [6], la mentionne également et écrit qu’on y « reconnaît le style très caractéristique des gravures de Binet ». Il semble ainsi supposer plus qu’affirmer que Binet est l’auteur de cette vignette. Si l’on peut donc tout de même admettre que ce soit une illustration spécifique au Sylphe, vu qu’elle représente précisément un sylphe flottant dans les airs au-dessus du lit d’une dame, on ne peut être sûr, en revanche, qu’elle soit de Binet ni qu’elle figure dans une édition parue à Leipzig en 1781. Jean-Pierre Dubost, qui reprend cette information, signale qu’il la puise dans le même Dictionnaire des œuvres érotiques ; c’est donc la seule référence connue de cette édition du Sylphe, ce qui ne nous permet aucune vérification complémentaire. Les autres ouvrages bibliographiques consacrés à l’œuvre crébillonienne ne mentionnant pas cette édition, on ne peut en contrôler ni le lieu de parution, ni la date, ni la présence de ce fameux frontispice. Après quelques recherches, nous n’avons pas obtenu plus de succès auprès des bibliothèques publiques, qui ne possèdent pas cet ouvrage. Faisons donc confiance au Dictionnaire des œuvres érotiques et à J.P. Dubost, spécialiste de l’illustration libertine, et admettons que Binet a créé un frontispice pour le Sylphe de Crébillon fils, quelle qu’en soit l’édition. Dans ce cas, nous avons au moins la chance de posséder une image.

Ce n’est pas le cas pour les frontispices du Sopha, dont il est encore plus difficile d’établir l’existence, puisque nous n’avons jamais pu les observer. Aucune bibliothèque publique française ne les possède non plus. Ils sont aujourd’hui introuvables pour qui voudrait vérifier la référence donnée par Reynaud. Les bibliothèques municipales de Dole, Grenoble, Beaune, Rodez, ou encore Rouen, comptent, parmi leurs collections, des exemplaires du Sopha datant de 1781 et édités à Londres, mais aucun ne comporte d’illustration. Les libraires et bouquinistes qui possèdent ou ont possédé des éditions du Sopha n’ont pas connaissance de ces frontispices. Reynaud, seul, semble les avoir observés. La mention de ces deux frontispices étant très précise dans son ouvrage, on peut lui accorder du crédit. Mais un problème se pose tout de même : l’édition date de 1781 et Reynaud atteste que ses frontispices sont gravés par Bovinet ; or, ce dernier, étant né en 1767, n’avait que quatorze ans au moment de cette parution. Il semble donc peu probable qu’il ait gravé les dessins de Binet pour cette édition du Sopha. On sait que les deux hommes ont collaboré pour plusieurs ouvrages illustrés, mais plutôt entre 1798 et 1801 [7]. Cependant, ne pouvant aujourd’hui prendre connaissance des estampes de Binet, réalisées pour illustrer le Sopha, on peut supposer qu’elles existent. Mais on ne peut affirmer que Bovinet les a gravées, pas plus qu’on ne peut affirmer qu’elles sont présentes dans un volume édité à Londres en 1781. Le manque d’informations bibliographiques opacifie ce mystère, qui demeure entier.

Ces quelques remarques sur les illustrations de l’œuvre de Crébillon fils par Binet laissent donc bien des questions en suspens, mais nous ne désespérons pas de retrouver des volumes illustrés, qui, seuls, nous permettront d’y répondre. Peut-être la clé se trouve-t-elle dans une bibliothèque particulière. Avis aux collectionneurs…

________________________________

[1] Louis Binet, né en 1744, mort aux environs de 1800, fut le dessinateur le plus connu de Rétif de la Bretonne ; il commença à travailler pour lui en 1779, et réalisa les frontispices de La Malédiction paternelle. On trouve des renseignements sur sa relation avec le romancier chez Pierre Testud, « Rétif et Binet, ou la plume et le crayon dans Les Contemporaines du commun », Actes du colloque « Rétif et l’image », Études rétiviennes, Société Rétif de la Bretonne, n°31, décembre 1999, pp. 49-64.

[2] Dictionnaire des œuvres érotiques, éd. Mercure de France, 1971, p. 470.

[3] REYNAUD, H.J. Notes supplémentaires sur les livres à gravures du XVIIIè siècle, Genève, Bibliothèque des érudits ; Lyon, Presses académiques, 1955.

[4] Edme Bovinet naquit à Chaumont en 1767, il mourut vers 1832. Il participa aux salons de 1804, 1808, 1812 et 1831. Il était spécialisé dans la gravure au burin et il produisit de nombreuses œuvres inspirées de tableaux (Murillo, Horace Vernet, Lejeune, Grenier, Langlois, Poussin, Van Ostade). Pour le Musée Filhol, il termina au burin les 62 gravures commencées à l’eau-forte par divers artistes d’après Raphaël, Le Corrège, Le Caravage, Rembrandt, etc.

[5] Dictionnaire des œuvres érotiques, préface de Pascal Pia, éd. Robert Laffont, 2001.

[6] DUBOST, Jean-Pierre. « Notice sur les gravures libertines ». Romanciers libertins du XVIIIè siècle, sous la direction de P. Wald Lasowski, bibliothèque de la Pléiade, éd. Gallimard, 2000.

[7] Ils ont collaboré pour illustrer, par exemple, les Œuvres badines d’Alexis Piron, parues en l’an VI (1798/1799) à Paris sans mention d’éditeur, Le Buffon de la jeunesse, ou Abrégé d’histoire naturelle, ouvrage élémentaire à l’usage des Jeunes Gens de l’un et l’autre sexe, et des personnes qui veulent prendre des notions d’Histoire Naturelle. Cosmographie et quadrupèdes. Tome premier de Pierre Blanchard, paru en 1801, Le tableau comique ou l’intérieur d’une troupe de comédiens formant la suite à L’optique du jour, par Joseph Rosny, publié à Paris chez Marchand, en l’an VII (1799), ou encore Les Enfans de l’Abbaye de Regina-Maria Roche, paru chez Le Prieur, en l’an VI (1798).

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La société Rétif de la Bretonne.

Le drame conjugal dans l’œuvre de Rétif de La Bretonne : désastre intime, enjeux politiques / Clermont-Ferrand – juin 2012

moyen_affiche_version__pdf_logos_25_05_2012_colloque_drame_conjugal_chez_retif_definitif_2Dans l’expérience douloureuse de son mariage conflictuel avec Agnès Lebègue et des déboires matrimoniaux de sa fille aînée, Rétif a puisé la conviction de l’importance de la question matrimoniale et de l’urgence d’une réforme permettant d’éviter les abus et le malheur des conjoints. Cette question, importante dans la pensée des Lumières, est particulièrement brûlante et sensible chez Rétif, dont l’œuvre nous incite à mettre en perspective substrat anthropologique et autobiographique, topiques narratives ou dramatiques et élaboration théorique et réformatrice. La problématique conjugale constitue ainsi un biais privilégié pour interroger dans sa globalité l’œuvre du célèbre polygraphe tout en attirant l’attention sur des ouvrages moins étudiés jusqu’ici tels Les Gynographes, un projets de réforme publié en 1777, La Femme infidèle (1786) et Ingénue Saxancour (1789), deux récits d’inspiration autobiographique, des recueils de nouvelles comme Les Contemporaines (1780-1785) ou la section du Palais-Royal intitulée « Les Converseuses » et des drames comme Le Libertin fixé (1790)…

Les actes de ce colloque organisé conjointement par l’équipe « Lumières et romantismes » du CELIS et par la Société Rétif de La Bretonne ont été publiés dans le numéro 44 des Etudes rétiviennes.